21.01.2007

Interview de Nicolas SARKOZY paru dans le Monde de l'Industrie...

medium_Nsarkozy-a.2.jpgLe Monde de l’Industrie : Pour les investisseurs, l’image de la France à l’étranger est pénalisée par la loi sur les 35 heures. Par ailleurs, nombreux sont les Français qui ne demandent qu’à travailler davantage pour gagner plus. Comment est-il possible de pallier cette situation contradictoire ? Peut-on donner à nos compatriotes qui souhaitent améliorer leur niveau de vie et progresser dans l’échelle sociale en consacrant plus de temps à leur travail, la possibilité de le faire ?

Le contresens absolu des 35 heures, c’est de n’avoir pas compris que le travail crée le travail et que l’activité appelle l’activité. Avec les 35 heures, nous avons freiné la création de richesses et renchéri incroyablement les coûts de production en France, au moment même où la compétition internationale est la plus vive. Il n’est pas étonnant, dans ce contexte, que le pouvoir d’achat progresse aussi peu. Au final, les 35 heures ont été payées par les salariés français au prix d’une rigueur salariale, dont nous ne sommes pas encore sortis.

Depuis 2002, les 35 heures ont été assouplies deux fois. Pour ma part, je crois qu’il nous faut vraiment en sortir. Mais, cela ne signifie pas qu’il faille revenir à 39 ou 40 heures pour tous. Ce serait faire la même erreur que le Parti socialiste, dont la candidate persévère puisqu’elle défend la « généralisation des 35 heures ». Notre réponse à la RTT, c’est la liberté, la liberté de travailler, la liberté de gagner plus, en travaillant plus.


Que certains salariés soient heureux à 35 heures et souhaitent y demeurer est parfaitement respectable. Mais effectivement, d’autres, des jeunes, des pères et des mères de famille, veulent pouvoir gagner plus en travaillant plus longtemps. Au nom de quoi devrait-on le leur interdire ?


Pour sortir des 35 heures, nous voulons une solution gagnant-gagnant : pour le salarié et pour l’entreprise. Nous proposons tout d’abord d’assouplir fortement le recours aux heures supplémentaires, tout en conservant les majorations de 25 et 50%. Surtout, nous proposons d’exonérer les heures supplémentaires de charges sociales et d’impôts, pour le patron comme pour le salarié. Concrètement, cela signifie une baisse de 25% du coût salarial horaire, ce qui incitera les entreprises à multiplier les heures supplémentaires. Pour le salarié au SMIC qui effectue 4 heures de plus par semaine, cela signifie un gain de 17% sur sa feuille de paye. J’ajoute que le même mécanisme doit s’appliquer au rachat de journées de RTT.


Le Monde de l’Industrie : Comme vous le rappelez dans votre livre « Témoignage », la délocalisation des capitaux est un autre point qui pénalise l’industrie française à la grande satisfaction de nos voisins étrangers et aussi européens. Comment peut-on attirer à nouveau les investisseurs nationaux dans notre pays et leur redonner confiance ?


Lorsque je constate que tous les sportifs, les artistes, les créateurs, les entrepreneurs partent, en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, à Monaco, ma réaction personnelle n’est pas de me dire que ce sont eux qui ont tort, ni qu’ils sont de mauvais Français. Ma réaction est de me demander pourquoi notre pays met tant d’application à faire fuir tous ceux qui réussissent et créent des richesses dont toute la collectivité profite. Dans ces conditions, il n’y a rien d’étonnant, hélas, à ce qu’il n’existe pas en France assez d’investisseurs providentiels, pour stimuler la création d’entreprises nouvelles.


Pour redonner confiance aux investisseurs, comme vous le dites, il faut d’abord réconcilier la France avec la réussite. Or, au-delà de notre culture collective, nous savons que l’une des difficultés concrètes est fiscale, bien entendu. C’est pour cela que j’ai, par exemple, toujours défendu, l’idée d’un bouclier fiscal qui limite à un pourcentage donné les prélèvements qui peuvent s’accumuler, une année donnée, sur le revenu d’un même contribuable.


Le Monde de l’Industrie : Dans votre livre, vous évoquez également les problèmes de trésorerie du Groupe Alsthom pour lequel vous êtes intervenu avec succès. A côté d’une multinationale comme Alsthom qui, il est vrai, représente plusieurs dizaines de milliers d’emplois, il existe une multitude de PME/PMI parfaitement viables qui ont aussi à faire face à des problèmes de trésorerie. Comment résoudre ce problème ? N’y a-t-il pas moyen d’inciter les banques à assurer leur travail sans faire appel à votre intervention ?


J’ai décidé que l’Etat soutiendrait temporairement Alstom car cette grande entreprise française, très implantée dans certaines régions industrielles françaises, riche de savoir-faire absolument stratégiques dans le ferroviaire ou dans les turbines, était très sérieusement menacée de démantèlement. Malgré les accusations d’interventionnisme, l’entreprise, ses salariés et ses technologies ont finalement été sauvés et l’Etat a même réalisé une belle plus-value au passage. Au-delà des spécificités de ce dossier, ce que démontre Alstom a mes yeux c’est qu’il n’y a jamais de fatalité en matière économique. Ce qui compte pour un pragmatique comme moi, c’est que notre pays se dote d’une politique économique efficace, c’est à-dire qui permet la plus large création de richesses pour tous.


Aujourd’hui, le cadre économique général qui est offert aux PME/PMI françaises ne leur permet pas de connaître un développement optimal. La profitabilité de ces petites entreprises françaises est 30% inférieure à celle de leurs concurrentes allemandes, anglaises ou américaines. J’y vois, pour ma part, la double conséquence de l’« impôt réglementaire » et des prélèvements obligatoires très élevés qui pèsent en France, sur le travail et sur la production.


Mais, au-delà de la rentabilité, vous avez raison, les relations économiques actuelles entre entreprises font peser un poids très lourd sur la trésorerie des PME. Cela passe principalement au travers de délais de paiement excessifs, en comparaison de ce qui se pratique à l’étranger. De mon point de vue, la solution est moins d’amener les banques à accompagner l’explosion des besoins en fonds de roulement que de revenir à la raison sur les délais de règlement. Dans cette perspective, il appartient, d’une part, au secteur public de montrer l’exemple en réduisant fortement ses propres délais et, d’autre part, de faire respecter, par des contrôles adaptés de la DGCCRF, les dispositions légales existantes qui prévoient l’application d’intérêts de retard.


Le Monde de l’Industrie : Pour connaître les difficultés et les aspirations des « gazelles », ces PME/PMI qui génèrent de la croissance dans notre pays, le ministère des PME, du Commerce, de l’Artisanat et des Professions Libérales a récemment interrogé directement ces entrepreneurs. Plus de 600 « gazelles » ont répondu à cette enquête. Lorsqu’on leur pose la question : « quelle principale difficulté rencontrez-vous ? », elles répondent en premier pour 36 % d’entre elles : « trouver des collaborateurs efficaces ». Comment rapprocher nos filières de formation des véritables besoins de nos industriels ?


Ce que vous indiquez là constitue l’un des échecs les plus choquants de notre système scolaire. D’un côté, plus de 150 000 jeunes sortent chaque année de nos établissements d’enseignement sans la moindre formation à valoriser sur le marché du travail. On pourrait aussi ajouter tous ceux qui, quoique entrés à l’université, soit la quittent sans aucun diplôme du supérieur, soit se retrouvent dans des filières sans débouché professionnel. Et d’un autre côté, le manque de compétences et de collaborateurs bride totalement le développement de certains secteurs : c’est vrai du BTP, c’est vrai d’une partie de l’industrie et de plus en plus d’activités très pointues et innovantes. Cette situation est absolument inacceptable. Les solutions me semblent relever d’une meilleure orientation, mais aussi d’une offre de formation plus complète.


L’orientation des élèves devra être renforcée à tous les niveaux du cursus scolaire, par la création d’un véritable service public de l’orientation. Il devra contribuer notamment à valoriser l’entreprise et les métiers auprès des élèves, afin de poursuivre le développement de l’enseignement professionnel et technique, mais aussi des cursus fondés sur l’alternance. Ces filières ont fait la preuve de leur capacité à former des jeunes adaptés au besoin des entreprises et qui trouvent donc rapidement leur place sur le marché du travail.


Parallèlement, nous créerons des universités des métiers, c’est-à-dire des établissements d’excellence dans des secteurs plus manuels ou plus techniques, mais qui jouent aussi un rôle déterminant dans notre économie : par exemple, le jeu vidéo, les métiers d’art, la gastronomie, la construction navale, le film d’animation et beaucoup d’autres domaines encore. Parce qu’il n’y a pas de raison que certaines filières professionnelles ou technologiques n’aient pas, elles aussi, des « grandes écoles » dans leur domaine.


Le Monde de l’Industrie : Toujours dans la même enquête, la gestion des formalités administratives est également perçue comme une réelle difficulté. Quels moyens peut-on envisager pour simplifier ces formalités ?


J’évoquais tout à l’heure l’« impôt réglementaire » que constituent les contraintes et les normes de toute nature pesant sur nos entreprises. Cette charge pénalise effectivement toutes nos entreprises, mais touche plus durement encore les plus petites d’entre elles. Je suis convaincu que le chantier de la simplification administrative doit réellement changer de dimension. Il nous faut nous fixer dorénavant des objectifs extrêmement concrets. Cela passe par la limitation très stricte du temps nécessaire au renseignement des formulaires, par la simplification effective de la feuille de paye des salariés français, et par la réorganisation de l’ensemble des relations entre l’Etat et les entreprises dans une logique de « guichet unique ».


Je veux que nos grandes administrations deviennent de véritables partenaires de la réussite des entreprises. Il faut mettre un terme à la logique de défiance qui existe à l’égard des PME. Je le dis franchement : il est injuste que l’Administration traite à la même enseigne la grande majorité des entreprises de bonne foi et l’infime minorité de celles qui trichent sciemment. L’Administration ne peut plus se cantonner dans un pur rôle de contrôle et de sanction vis à vis d’entreprises toutes supposées fraudeuses. Pour opérer ce bouleversement dans nos habitudes, il est nécessaire que ces administrations, et leurs agents, soient demain évaluées sur leur capacité à rendre à tous un service de qualité, sur la rapidité des réponses données aux entreprises, et non plus sur le seul montant des redressements opérés ou sur les procès-verbaux dressés.


Le Monde de l’Industrie : Beaucoup de voix se sont élevées cette année pour fustiger le manque de grands projets nationaux de recherche. Pouvez-vous développer votre programme sur la politique future de la recherche dans notre pays ? Envisagez-vous, par exemple, de soutenir certains projets comme ceux exposés dans le « Livre Blanc » proposé par les industriels de l’électronique et susceptibles de relancer cette filière stratégique particulièrement éprouvée par les récentes délocalisations ?


L’effort de recherche français total est aujourd’hui tout à fait insuffisant pour maintenir notre Nation à l’avant-garde de la science et des technologies. Il en va de l’excellence de la France dans les grands domaines scientifiques mais aussi de notre capacité de recherche appliquée et d’innovation industrielle. Dans les cinq années à venir, nous souhaitons renforcer cet engagement national en faveur de la recherche, en accroissant de 40% les moyens financiers mis à disposition.


Mais avant tout, c’est de rendre la dépense en matière de recherche plus efficace qu’il s’agit, ce qui passe par le développement d’un financement de la recherche par projets et non plus dans une logique de structures. Demain, les moyens publics et privés doivent être mobilisés sur des projets précis et évalués de manière indépendante. Il y a donc pour nous une place essentielle à réserver à de grands projets de recherche scientifique et technologique, tant au niveau national qu’au niveau européen, où il est possible de mutualiser une masse encore plus importante de moyens, à l’instar de ce qui est fait aujourd’hui avec Galileo. Les champs des nouvelles technologies de l’information, mais aussi de l’énergie sont, à cet égard, tout à fait prioritaires.


Sur le terrain de l’innovation industrielle, c’est aussi la démarche d’un financement par projets qui prévaut déjà dans les pôles de compétitivité que j’ai mis en place à travers l’ensemble de notre pays. Dans ces pôles, il s’agit, je le rappelle, de rapprocher les industriels et les chercheurs, afin de favoriser une R&D gagnante. Cela commence à marcher et si le succès se confirme, la France prendra là un tournant décisif pour son avenir industriel.


Le Monde de l’Industrie : La France est depuis longtemps une nation leader dans le domaine du nucléaire. Quelle est votre position concernant la construction des nouveaux ERP (European Pressurized Reactor) et, à plus long terme, des réacteurs nucléaires de quatrième génération ?


L’énergie nucléaire confère un véritable avantage comparatif incontestable à notre pays. C’est tout d’abord une filière industrielle d’excellence qui emploie des dizaines de milliers de salariés français. De plus, depuis des décennies, le parc nucléaire français nous garantit une très grande sécurité dans nos approvisionnements énergétiques. Alors que l’énergie devient rare, il s’agit d’un atout majeur pour la France et ses partenaires européens.


Enfin, même si le stockage des déchets nucléaires ultimes est contraignant, c’est grâce à l’énergie nucléaire que la France émet par habitant 21% de gaz à effet de serre de moins que la moyenne mondiale. Pour toutes ces raisons, nous devons maintenir et renouveler notre parc nucléaire. C’est tout l’enjeu de la nouvelle génération de centrales EPR (dits de 3ème génération) qui devront être développées et implantées dans notre pays. Cet engagement est capital pour nous, mais il ne nous empêche pas d’être très exigeants quant au droit à l’information des Français sur les risques nucléaires et sur les politiques destinées à les prévenir.


Confiante dans la place incontournable que tient l’énergie nucléaire dans notre production électrique, la France entend s’engager fortement, dès à présent, dans la recherche sur les réacteurs nucléaires de 4ème génération, avec pour objectif de toujours mieux concilier demain cette énergie avec les exigences du développement durable.


Le Monde de l’Industrie : A l’heure où l’industrie mondiale est en pleine mutation, le modèle français connaît une grave crise. Si vous êtes élu, quelle sera concrètement votre action pour relancer l’activité industrielle de notre pays ?


Le 18 décembre dernier, je me suis rendu dans les Ardennes, un territoire industriel depuis des siècles qui a vécu toutes les mutations de notre industrie, pour délivrer aux Français un message très simple : l’industrie en France n’est pas finie. Car l’industrie a partie liée avec la puissance économique de notre pays. Le choix est donc très simple.


Soit, nous refusons le combat pour l’innovation car nous ne sommes pas capables de réformer nos centres de recherche ou de faire fonctionner nos pôles de compétitivité, soit nous sommes incapables de réduire les prélèvements pesant sur la production, soit nous refusons d’engager notre système scolaire dans une démarche de performance et d’accorder la moindre souplesse à nos entreprises, alors le très grand nombre de nos industries et même de nos services, ouverts à la concurrence internationale, risquent de disparaître et c’est à une croissance molle et durablement atone qu’il faut se préparer.


Soit nous parvenons à refaire de notre pays un des espaces les plus propices à la création de richesses, soit nous relançons l’innovation, soit nous enrichissons le capital humain que constituent les salariés de notre pays, soit nous permettons ainsi aux activités industrielles de monter en gamme, de se moderniser et de reconquérir des parts de marché, et nous avons alors la perspective de susciter une croissance forte, durable et riche en emplois.


Face à la mondialisation, je l’ai toujours dit, notre destin est entre nos mains. J’ajoute, cependant, que nous aurons besoin de l’Europe pour remporter ce combat, mais d’une Europe qui tienne aussi ses promesses de prospérité collective et de protection. Il serait illusoire d’imaginer que nos efforts porteront leurs fruits si nous continuons à nous battre dans un monde où les blocs économiques ne jouent pas avec les mêmes règles. Je refuse le protectionnisme mais je ne veux pas être naïf et j’attends un minimum de réciprocité dans l’application de règles sociales ou environnementales. J’entends que l’Europe soit demain un véritable espace commun de développement économique.

26.10.2006

Lu pour Vous : Interview Le Parisien...

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Interview de Nicolas Sarkozy
Ministre d’Etat, de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire
Président de l’UMP
Le Parisien

20 octobre 2006

Rose DJOB. Pourquoi la police n'est-elle plus respectée aujourd'hui en France? Autrefois, quand je retournais au Cameroun, la police française, c'était une référence. On nous disait «Bonjour Monsieur, bonjour Madame» avant de nous demander nos papiers, et on ne nous tutoyait pas...

Nicolas Sarkozy.
Je m'inscris en faux: notre police républicaine fait l'admiration du monde entier pour son savoir-faire et sa maîtrise. Nous avons connu en novembre 2005 des émeutes d'une violence inouïe. Certaines nuits, j'ai eu jusqu'à 14 000 policiers dehors. Une nuit, aux Tarterêts, dans l'Essonne, on a tiré à onze reprises sur les policiers: aucun n'a sorti son arme pour répliquer. Il n'y a eu, au total, aucune victime parmi les émeutiers, aucune victime parmi les policiers. Ce matin (NDLR: hier matin), on a été chercher les huit coupables de l'opération d'Epinay où un groupe a brisé la mâchoire d'un fonctionnaire: c'était un vrai guet-apens. Aucun policier n'a tiré. Aux Tarterêts, le CRS frappé à la tête pendant quatre minutes d'affilée avec des barres de fer et des battes de base-ball avait une arme: il n'en a pas fait usage. La police est républicaine et, dans son immense majorité, elle est impeccable.
Certes, il peut y avoir quelques personnes qui dérapent et je suis, dans ce cas, d'une sévérité absolue.

Et le tutoiement systématique?
Je déteste la familiarité. J'ai interdit le tutoiement, qui est insupportable. Je déteste le bras qui pend à la fenêtre de la voiture: les policiers au travail ne sont pas "en goguette". Cela dit, il y a moins de comportements discutables qu'autrefois. Pour deux raisons: la présence de femmes, qui jouent le rôle de modératrices. Quand une femme est présente dans une équipe, la tentation du relâchement recule. Le second élément qui a fait bouger les choses, c'est que le visage de votre police _je dis bien votre police_ a changé: il ressemble au vôtre. Il n'y a pas assez de policiers de couleur ou d'origine étrangère au niveau des commissaires, des directeurs et des préfets. Mais, sur le terrain, on trouve nombre de nos compatriotes de la France multiple. Cela dit, pourquoi y a-t-il plus de policiers blessés? Depuis le début de l'année, 2890. On va se parler franchement: jusqu'en 2002, on leur demandait de ne pas entrer dans les cités sensibles. S'il y a eu plus de blessés, c'est parce qu'ils vont davantage au contact et qu'ils interpellent. Tout manque de respect, je le condamne. Mais être policier, c'est un sacré boulot difficile.

Aïssata TOUNKARA. Qu'avons-nous, nous qui vivons dans ces quartiers-là, comme moyens d'expression pour qu'on nous entende et qu'on puisse demander justice? Il y a eu des phrases qui ont blessé et quand on est blessé, on est tenté de riposter...
J'ai été souvent à Argenteuil, notamment sur la dalle, qui est le lieu le plus criminogène d'Ile de France, où les gens ont peur de se promener dès que la nuit tombe. Vous n'allez quand même pas me dire que le trafic de drogue en banlieue, la violence en banlieue, la peur dans les transports en commun, la détestation de vivre dans certains quartiers, ça a commencé lorsque je me suis rendu à Argenteuil, où j'étais attendu par 200 voyous? Le ministre de l'Intérieur de la République a le droit d'aller où il veut et quand il veut, que cela plaise ou non aux voyous.

Aïssata TOUNKARA. Mais pourquoi la nuit, et pas à 10 heures du matin?
Je suis désolé: à 10 heures du matin, ça ne sert à rien car _les voyous_ dont je m'occupe, ne sont pas levés à cette heure-là. Tant que je serai ministre de l'Intérieur, chaque centimètre carré de la République française sera un lieu ouvert. A Argenteuil, une femme d'origine maghrébine a ouvert sa fenêtre à mon arrivée et a crié: M. Sarkozy, on n'en peut plus. Débarrassez-nous de cette racaille! Et c'est parce que j'ai répondu à cette femme qu'il y aurait eu des émeutes? Vous êtes trop intelligente pour vous laisser aller à penser cela. Et pourquoi n'y suis-je pas revenu depuis? C'est simple: si je me déplace, on dit que je fais de la provocation; si je n'y vais pas, on dit que j'oublie. Les victimes, ce sont les gens qui habitent là, qui demandent à bosser et qui en ont marre. Du trafic de drogue, de la brutalité, de la violence faite aux filles, de la loi du silence et de la terreur que fait régner une petite bande.

Omar DAWSON. Beaucoup critiquent votre politique sécuritaire. Moi qui habite Grigny, je pense qu'il serait possible de vous soutenir mais à une condition: êtes-vous prêt à nettoyer le milieu politique et financier des voyous, de la racaille en col blanc, au risque de «karchériser» certains de vos collègues au risque de vous éclabousser vous-même?
Oui. Dans un discours à Agen, j'ai employé une expression qui m'a été reprochée par certains de mes amis. J'ai dénoncé les «patrons voyous» et je continuerai à le faire. La faiblesse à l'égard des délits économiques et financiers, je ne l'accepte pas. Mais, jusqu'à plus ample informé _cela fait 25 ans que je fais de la politique et j'ai été examiné sous toutes les coutures et on ne m'a jamais rien reproché sur le plan de l'honnêteté _ J'ai plutôt l'impression que le scandale Clearstream, on l'a fait contre moi. Cela dit, laissez-moi reparler de l'insécurité. Je pense que porter atteinte à l'intégrité physique d'une personne ou ne pas y porter atteinte, c'est différent. Je propose donc que toute personne portant atteinte à l'intégrité physique d'une victime fasse de la prison préventive. Et que, dans l'autre cas, la prison provisoire soit exclue. Vous volez le sac à main d'une dame posé sur un banc: pas de prison préventive. A moto, vous lui arrachez le sac et vous lui cassez le bras: prison préventive.

Omar DAWSON. Pourtant, on dit que les effectifs des brigades financières ont diminué !
Il n'y a pas les voyous des banlieues et les voyous des beaux quartiers. C'est la même chose. A Périgueux, j'ai même dénoncé à la tribune ceux qui remettent en cause le pacte social en fraudant les Assedic, la Sécurité sociale, le fisc.

Mohamed RAGOUBI. Quand un maire décide de raser un immeuble en présentant ses occupants comme des délinquants, sans savoir où ils pourraient ensuite être relogés, ne peut-on pas parler d'épuration sociale ?
On ne peut pas nous en vouloir d'essayer de reconstruire des quartiers à dimension humaine. On sait bien que toutes ces tours et toutes ces barres, ce n'est pas formidable pour créer de la convivialité.
Si on veut reconstruire, il faut bien commencer par démolir.
Deuxièmement, faute de regarder la vérité en face, on a créé de véritables ghettos. L'immigration, c'est positif, et j'ai été l'un des premiers hommes de droite à dire cela. Mais on ne peut plus continuer à recevoir tout le monde. Prétendre régulariser tout le monde, c est une folie.
Troisièmement: on doit changer de politique de la ville. Refaire un immeuble, c'est bien mais, si vous ne donnez pas une formation, un boulot, une perspective à celui qui va s'installer dans l'immeuble, permettez-moi de dire que, très vite, l'immeuble sera à nouveau dégradé. A chaque jeune, on doit mettre un marché en main en lui donnant la chance d'une formation rémunérée. Mais, en échange, on doit leur dire: «Tu te lèves tôt, tu suis tes cours, tu mérites la chance qu'on te donne.»

Dawari HORSFALL. Les opérations de rénovation des immeubles permettent-elles réellement de faire diminuer la délinquance ?
Je vais vous citer un exemple: la délinquance dans les Hauts-de-Seine entre 1998 et 2002 avait augmenté de 18,49%. Depuis 2002, elle a baissé de 9,11%. Je ne sais pas si j'ai bien fait mais en 2002, on a eu Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle. Pour la première fois dans l'histoire de la République française, on a dépassé cette année-là les 4 millions de crimes et délits. Les gens n'en peuvent plus. Prenez les transports en commun: entre 2000 et 2002 dans le métro et le RER en région parisienne, la délinquance avait augmenté de 30%. Je mets en place une police régionale des transports: la délinquance diminue de 8%. Cela ne veut pas dire que la violence endémique de notre société a été extirpée. Cela ne veut pas dire que, dans tous les quartiers, ça va mieux, mais on a avancé.

Dawari HORSFALL. Et vous voulez aller jusqu'où ?
Qu'est-ce qui a fait des ravages à Antony, à Massy comme presque partout ailleurs? Le sentiment d'impunité d'un certain nombre d'individus qui se croient tout permis. Je propose donc deux choses. Je pense à un cas qui s'est produit au tribunal de Bobigny. Un individu avait à son actif 50 vols à la portière. On le met sous contrôle judiciaire, pas en prison. Il sort du tribunal, il fait le 51ème vol. A un certain niveau de récidive _cinq ou dix condamnations, par exemple _ on ne doit plus condamner au titre de la dernière infraction commise mais en tenant compte de l'accumulation des délits. Pour que, enfin, ça s'arrête. Ma deuxième proposition concerne la création de peines plancher. A quoi ça sert de voter des lois plus sévères si tel ou tel magistrat ne les applique pas? Je propose qu'un multirécidiviste soit certain de la peine minimale qu'il va encourir. Dernier point, le plus important, les mineurs. Je propose qu'un mineur récidiviste âgé de 16 à 18 ans soit considéré comme majeur. Dans certains quartiers, les mineurs sont utilisés par les majeurs parce que ceux qu'on appelle les "grands frères" _tu parles, il faudrait plutôt parler de «caïds»_ les mettent en avant: ils savent que, dans le système actuel conformément à l'ordonnance de 1945, c'est pour eux le régime de l'impunité.

Saïd REZEG. Vous avez été le premier à militer pour la discrimination positive mais rien ne bouge vraiment...
C'est bien beau de dire qu'on est tous égaux, qu'on a tous les mêmes droits. Mais quand ce n'est pas vrai, on finit par douter de la République. Quand il y a une injustice, on ne peut pas prétendre la combattre sans être volontariste. Les femmes en politique, s'il n'y avait pas eu la loi sur la parité, dans 40 ans on en serait resté toujours au même point. Les administrations sont obligées par la loi d'avoir 6% de leurs collaborateurs avec un handicap. Qu'est-ce que c'est, sinon un quota? J'aimerais qu'on me dise pourquoi il serait normal de faire de la discrimination positive pour les femmes ou les handicapés, et pourquoi ce serait anormal pour les compatriotes de couleur.
Dernière chose: les quotas ne sont acceptables pour moi que dans la mesure où ils sont limités dans le temps. L'objectif est de débloquer une situation, de résoudre une injustice.

Saïd REZEG. La discrimination est aussi économique. Beaucoup de jeunes de moins de 26 ans n'ont aucune possibilité d'avoir accès à certaines formations...
La discrimination positive, c'est quoi? Un certain nombre d'enfants de votre entourage sont en retard scolaire et ils n'ont aucune chance de réussir aujourd'hui le concours de gardien de la paix. J'ai donc créé les Cadets de la République, des jeunes qu'on va préparer à ce concours pendant deux ans parce qu'ils ont au départ des handicaps. Cela dit, le jour venu, ce sera le même concours pour tous. C'est cela l'égalité républicaine. Les fils de bonne famille n'ont-ils pas droit, eux, à des cours particuliers?

Jérôme HANARTE. La violence contre les policiers est de plus en plus fréquente e leurs agresseurs sont souvent laissés en liberté. Quelles sont vos solutions ?
Début novembre, je défendrai à l'Assemblée nationale le texte sur la prévention de la délinquance et je vais déposer un amendement très important. Je demanderai aux députés de voter un texte qui stipule que toute personne qui s'en prendra à un policier, à un gendarme ou à un pompier ne sera plus passible du tribunal correctionnel mais de la Cour d'assises. Parce que je considère que, quand on porte atteinte à un fonctionnaire qui porte l'uniforme de la République, c'est à la République que l'on porte atteinte. Qu'est-ce que ça veut dire? En cour d'assises, on se trouve devant un jury populaire. J'ai été très heureux de la déclaration du président de la République au dernier conseil des ministres : il a jugé intolérable qu'un homme ou une femme, payé pour faire son devoir, soit violenté ou brutalisé. Deuxième proposition: je veux que, dans les tribunaux correctionnels, il y ait des jurés populaires. Si chaque adulte pouvait, deux jours dans l'année, siéger au tribunal correctionnel, ce serait du civisme. Cela permettrait de voir la "vraie vie". On économiserait du temps de magistrats. Et on rapprocherait la justice de nos concitoyens.
Voilà mes propositions. Elles sont discutables, mais je m'étonne d'être le seul à en faire. Moi, au moins, j'essaie de faire bouger les lignes.

Mohamed RAGOUBI. Des jurés populaires, même s'ils sont d'origine étrangère ?
Vous plaisantez? Quelles que soient la couleur de la peau ou l'origine, on est français ou on ne l'est pas. C'est naturellement un jury populaire de citoyens français dont je parle. Quand vous regardez les magistrats, il n'y a pas beaucoup de diversité. Avec le jury populaire, vous faites entrer la diversité dans le tribunal.

Fambis ANDELE. Il n'y a pas que les policiers qui sont des victimes. Moi, quand je suis habillé en racaille, les policiers m'arrêtent tout de suite et me traitent comme de la merde! Nous, on se pose des questions sur l'immigration...
Je ne cesse de répéter que l'immigration est positive, qu'on ne doit pas piller les élites africaines, qu'on doit avoir plus d'étudiants étrangers chez nous, mais que ceux qui viennent, on doit leur trouver un travail et un logement. On aura beaucoup parlé de Cachan mais ça s'est terminé comment? Sans drame. Il fallait prendre en compte ce que vivaient les malheureux dans le gymnase, mais il ne fallait pas que cela conduise à une explosion du racisme, à la montée du Front national. J'ai géré l'affaire à la fois avec humanité et fermeté. Regardez les Espagnols et leurs 500 000 régularisations. Il y a maintenant là-bas un débat terrifiant à ce sujet. Les premières victimes, c'est vous qui êtes en situation régulière et qui êtes pris dans l'amalgame. Vous me dites que le système d'intégration à la française, ça ne marche plus. Mais si je laisse les portes ouvertes, vous croyez que ça va améliorer les choses? Si je m'efforce de faire respecter la règle républicaine de la loi et de l'ordre, c'est pour que vous ne soyez pas menacés. Je me bats pour qu'on vous laisse la paix dans les cités. Mes valeurs sont simples: si vous voulez empoisonner la vie des autres, on vous sanctionne; si vous voulez vous en sortir, on vous aide plus qu'un autre puisque vous avez plus de handicaps au départ. Ma façon de vous respecter, c'est de me conduire avec vous comme avec le président de la République.

Manuel DOS SANTOS. Comment l'Etat peut-il aider les commerçants qui s'installent dans les banlieues sensibles ?
Un quartier où il n'y a plus de commerçants, c'est un quartier où on ne peut plus vivre. Il faut donc donner des avantages à ceux qui créent des entreprises dans ces endroits-là. Je suis pour la pérennisation des zones franches et pour des exonérations fiscales en faveur de ceux qui ont le courage de s'installer dans des quartiers que tout le monde veut quitter.

Aïssata TOUNKARA. Vous parlez d'immigration choisie. Est-ce que cela veut dire qu'il y aurait une immigration jetable ?
On suggère que je ne voudrais prendre que les élites: non. J'ai créé un visa de travail pour les travailleurs saisonniers. Dans le bâtiment ou la restauration, on a besoin de main-d'œuvre. Aujourd'hui, 5% seulement de l'immigration est une immigration du travail. Je veux que demain, toute l'immigration soit une immigration du travail. A quoi ça sert, en effet, de venir en France si on n'a pas d'emploi, pas de logement? On ne va quand même pas m'en vouloir de souhaiter que la France décide qui peut rentrer sur son territoire! Un mot sur l'Education nationale: on lui fait porter trop de responsabilités. Un jeune en situation d'échec total, il n'y a aucune raison de le laisser à l'école. Avoir 19 ans en troisième, ça n'a aucun sens. Je souhaite pour ceux-là, à partir de 16 ans, une filière spécifique, celle de l'apprentissage. Et j'en ai assez de l'absentéisme systématique. Il faut mettre sous tutelle les allocations familiales dans les familles où on ne déclare pas que son enfant ne va pas à l'école. Je veux aussi un changement complet de la médecine scolaire. Elle doit s'intéresser aux troubles du comportement. Avoir tout jeune des troubles du comportement ne signifie nullement qu'on va devenir un délinquant, mais ça veut dire qu'on traverse une période de trouble, de crise, d'angoisse. Quand je dis cela, certains me suspectent de vouloir criminaliser les enfants en maternelle: honte sur eux!

Dawari Horsfall. Allez-vous faire évoluer la loi qui permet à certains maires, au prix d'une amende, de ne pas construire un minimum de logements sociaux ?
A l'impossible nul n'est tenu! Comment imposer 20% de logements sociaux au maire d'une commune dont la plupart des terrains sont déjà bâtis? Il faudrait exproprier des immeubles, puis les démolir? Ce qu'il faut, c'est dire aux communes: maintenant, si vous voulez construire, vous devez prévoir tant de logements sociaux, et peut-être 40% et pas seulement 20%.

Omar DAWSON. J'ai été très surpris de voir à vos côtés Doc Gynéco qui chantait naguère une chanson dont le refrain était Egorgeons les poulets.
Je suis bien placé pour savoir que la politique, c'est aussi des images et des symboles. Je dois me faire comprendre de 62 millions de personnes qui me connaissent très bien et qui, en même temps, ne me connaissent pas du tout. Comme, dans les quartiers, il y a beaucoup de gens de couleur, je ne voulais pour rien au monde qu'on puisse associer mon combat à une sorte de coupure avec nos compatriotes de couleur. Moi, je hais le racisme, je déteste la discrimination. J'ai trouvé que donner la parole à Doc Gynéco _ qui n'est culturellement pas sur la même ligne que moi_ c'était une façon de donner la parole et de respecter un homme de couleur. C'est ma manière de dire que la France est multiple et que vous n'avez pas à craindre la différence. Cela dit, on ne va pas s'en prendre à Doc Gynéco parce qu'il me soutient tandis que Joeystarr, ce serait le «must» parce qu'il me combat.

Omar DAWSON. Vous vous êtes prononcé en faveur du droit de vote des étrangers aux élections municipales. Jusqu'où êtes-vous prêt à aller ?
J'ai défendu trois idées, minoritaires dans ma propre famille: la suppression de la double peine; la discrimination positive; sur le droit de vote des étrangers, j'ai dit que quelqu'un qui payait ses impôts, qui est en France depuis dix ans, ça ne me choque pas qu'il puisse voter aux élections municipales. Pourquoi j'ai dit ça? Pour faire de la pédagogie. Dire cela de la part d'un homme de droite, c'est déjà important. Je voudrais ajouter une chose: je suis l'homme politique qui a le plus affronté Le Pen, qui est le plus attaqué par Le Pen. Quand des gens osent dire que je défends des idées de Le Pen, je suis profondément blessé. Je mets au défi qui que ce soit de trouver une seule idée que j'ai défendue qui soit conforme à ce que pense M. Le Pen, y compris sur l'immigration choisie.

Aïssata TOUNKARA. Et quand vous dites qu'il faut aimer la France?
Aimer la France, ce n'est tout de même pas le monopole de Le Pen! Quand on n'aime pas la France, on n'est pas obligé d'y rester... Si vous m'invitez et que j'accepte votre invitation, je ne vais pas dire du mal de vous! Si je ne vous aime pas, je ne viens pas. Si on n'aime pas la France, on ne vient pas. Mais quand on vient en France, on respecte ses lois, on respecte la France, on respecte les Français. Cela dit, si Le Pen dit que le soleil est jaune, je ne vais pas dire qu'il est bleu? Quand Ségolène Royal dit Mes idées sont les vôtres, c'est exactement ce que Le Pen dit, mais il est vrai que c'est Ségolène...Moi j'aime mon travail. Quand je vois tous les matins les attaques dirigées contre moi, je me dis: mais qu'est-ce que ça va faire avancer, ces attaques? J'ai envie de dire à certains: vous vous êtes fait plaisir? En quoi vous avez changé la vie des gens. Je veux transcender les clivages. On dit que je veux ramener les électeurs du Front national. Oui, c'est sûr. Je ne veux pas les laisser là-bas. Mais je veux aussi ramener les électeurs de la gauche qui ne peuvent se retrouver dans un PS devenu totalement immobile. Je souhaite que les gens se disent, même s'ils ne sont pas d'accord avec tout: on ne peut pas continuer comme ça; lui, au moins, il va faire bouger les choses.

25.10.2006

Nicolas SARKOZY: "La Franchise dans le Débat... la Responsabilité dans l'Action".

medium_NS1.jpgLors de l’élection présidentielle, « on n'élit pas un arbitre » mais « un leader qui doit dire avant les élections ce qu'il fera et doit faire après les élections ce qu'il a dit » a affirmé Nicolas Sarkozy à l’occasion du forum « La Cité de la Réussite » qui s’est tenu à Paris le samedi 21 octobre. Au cours de cette manifestation annuelle où débattent politiques, entrepreneurs et universitaires, il a souhaité que la prochaine campagne présidentielle soit « une forme de référendum démocratique » sur « les grands sujets de préoccupation de la France » : « gauche ou droite, chacun doit dire ce qu'il entend faire sur les grands sujets de préoccupation de la France et que les Français tranchent par leur vote ».

Et d’appeler pendant la période de six mois qui restent avant cette échéance, les forces politiques et les candidats à aller « très loin » dans la « précision des programmes » et dans leur chiffrage. Dans cet objectif, il a prôné « la franchise dans le débat » et « la responsabilité dans l'action » afin de « régénérer » la démocratie française. « Et croyez-moi, il n'y a pas le temps d'attendre, il faut le faire et tout de suite » a-t-il insisté.

Il y a des millions de Français qui peuvent se retrouver dans ce que je dis « Ça fait 25 ans que je fais de la politique (...) Aucun propos, aucun fait de ma part n'a été contraire à l'idée qu'on peut se faire de la démocratie et de la République » a-t-il affirmé en réponse à certaines attaques. « Là où on voit que je divise, moi je crois au contraire que, par les idées que j'amène, par les débats que je suscite, je vais réconcilier une grande partie du pays avec la politique, parce que la politique c'est prendre des risques, c'est le courage d'assumer des convictions » a-t-il lancé. « Il y a des millions de Français qui peuvent se retrouver dans ce que je dis » a-t-il poursuivi. « Si vous attendez de moi que je fasse comme les autres, c'est-à-dire du bruit avec ma bouche et des sons avec les mots, ce n'est pas ce que je veux faire. Je veux changer la France » a ajouté le président de l'UMP (CyberBlog).

02.10.2006

Nicolas Sarkozy: "L'enjeu de 2007 est comparable à 1958 et 1981..."

medium_20060918.WWW000000437_1193_5.jpgLe président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, a estimé lundi que l'enjeu de l'élection présidentielle de 2007 était "comparable" à l'arrivée au pouvoir de De Gaulle en 1958 et à celle de François Mitterrand en 1981, dans un discours prononcé lors de la journée parlementaire de l'UMP.

Le rendez-vous de 2007 "est un choix qui va bien au-delà d'une simple alternative", a déclaré M. Sarkozy. "La présidentielle de 2007 sera comparable au rendez-vous électoral de 1958, où il s'était agi de nouvelles institutions, d'une nouvelle politique sociale, ou du rendez-vous de 1981", a-t-il ajouté.

C'est un enjeu absolument majeur", a-t-il poursuivi, exhortant les élus de l'UMP à faire preuve "d'audace" et "d'ouverture".

"On n'attaque pas les gens, les personnes, mais on n'a pas peur d'affronter des sujets tabous", a dit M. Sarkozy, leur demandant de "mettre à bas la pensée unique".

Le président de l'UMP a demandé le soutien des élus: "Aujourd'hui plus que jamais, j'ai besoin de vous".

M. Sarkozy s'est donné pour ambition de "récupérer une partie de l'électorat de gauche" ainsi que des électeurs du Front National "que nous avions désespérés".

"Il y a une partie de la gauche française dont la tradition n'est pas l'idéologie mais le mouvement, je pourrais même me reconnaître dans ses idées", a-t-il poursuivi. Cette gauche "considère que l'ordre n'est acceptable que si l'ordre est en mouvement".

"Je ne suis pas conservateur", a assuré M. Sarkozy, soulignant qu'il était pour "un ordre acceptable, dès lors qu'il est juste et en mouvement", reprenant un des thèmes avancé par Ségolène Royal. Pour lui "cette gauche là a sa place parmi nous", "c'est ça la rupture".

Le président de l'UMP a justifié le thème de la rupture en appelant à "imaginer une autre alternative, une autre espérance".

Tout en rendant hommage au "bon bilan" des gouvernements Raffarin et Villepin, il a cependant marqué sa différence avec le Premier ministre en assurant que "la continuité ce n'est pas la voie à prendre" et en rappelant que "pas une majorité ne s'est succédée à elle même".

"Le premier à l'avoir compris, c'est Georges Pompidou qui s'est présenté comme un changement par rapport au général de Gaulle", a-t-il affirmé. "Valéry Giscard d'Estaing s'est présenté comme un changement par rapport à la majorité gaulliste et Chirac ne s'est pas inscrit dans la continuité stricte d'Edouard Balladur en 1995", a-t-il observé.

27.09.2006

Financement des lieux de culte.

medium_cimetiere.jpgNicolas Sarkozy commentait dans La Croix, le 21 septembre, les préconisations de la Commision Machelon à laquelle il avait confié mission de réfléchir à une évolution de la loi de 1905 : 

"La commission Machelon propose d'abord une palette de mesures techniques qui permettraient de rendre plus aisé et plus transparent le financement de la construction des lieux de culte : bail emphytéotique avec option d'achat, garanties d'emprunt, avances remboursables.
Et elle suggère d'aller plus loin, en autorisant les communes à subventionner directement la construction de lieux de culte.

Des élus de tous bords y sont favorables. D'autres, je le sais, sont réticents.

Sur ce point essentiel comme sur la question de l'aménagement de « carrés confessionnels » au sein des cimetières communaux, je souhaite qu'un vrai débat ait lieu.

C'est pourquoi, comme ministre des cultes, j'adresse aujourd'hui le rapport Machelon aux responsables des grandes religions de France, ainsi qu'aux présidents des associations d'élus locaux, afin de recueillir leur point de vue.

J'entends, dans les mois qui viennent, les inviter à cet égard à un débat sans tabou."  

Que dit la Commission Machelon ?     

Cette commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics, créée en octobre 2005 à l'initiative de Nicolas Sarkozy, est composée d'experts et de praticiens du droit des cultes.    

Elle aboutit à la conclusion suivante : l'évolution de la loi de 1905 sur la question du financement public des cultes est possible.    "L'interdiction de subventionner les cultes n'est pas un principe fondamental reconnu par les lois de la République". La preuve en étant les nombreuses dérogations qui y ont été apportées au cours du temps.    

Rien n'interdit donc d'autoriser les communes à subventionner les lieux de culte sur leurs territoires.   La commission préconise différentes modalités : une réforme de la loi de 1905, de nouveaux pouvoirs à inscrire dans le code général des collectivités territoriales, etc.    

L'autre point de la réflexion portait sur les carrés confessionnels dans les cimetières : le regroupement des tombes n'est pas interdit, précise le rapport.  Cependant, le droit n'autorise pas ces carrés confessionnels à  être gérés par des autorités religieuses, ni à faire l'objet d'une séparation physique du reste du cimetière. Ce serait, pour les auteurs du rapport,  entériner "l'existence d'un espace réservé d'inspiration communautaire".

 

10.09.2006

Lu pour Vous: Sarkozy:" Je ne suis pas un admirateur aveugle des USA".

medium_2211110_5.2.jpgDans un entretien accordé au Monde daté du 10-11 septembre, le ministre de l'Intérieur plaide pour "une autonomie et une liberté de parole complètes vis-à-vis des Etats-Unis". Il commence dimanche une visite de quatre jours à New York et Washington.

Alors qu'il commence samedi une visite de quatre jours à New York et à Washington, Nicolas Sarkozy se défend d'être un "admirateur aveugle" des Etats-Unis. Dans une longue interview accordée au Monde (daté du 10-11 septembre), le ministre de l'Intérieur plaide pour une "autonomie et une liberté de paroles complètes" à l'égard de Washington. "La France ne doit être le vassal de personne", affirme le président de l'UMP, qui répond à ses détracteurs français qui le voient comme un candidat à la présidentielle "pro-américain". "Nous n'avons aucune raison d'être fâchés avec le peuple américain", assure-t-il.

"Ce pays ne se réduit pas à la personnalité de tel ou tel de ses dirigeants, et il n'est pas anormal, quand on est un responsable politique, de vouloir connaître, comprendre et dialoguer avec des alliés naturels", se défend Nicolas Sarkozy. Evoquant les aspects positifs de la société américaine, il insiste sur "une démocratie qui fonctionne", sur la limitation des mandats qui permet "la fluidité ainsi qu'un renouvellement de la classe politique que l'on aimerait retrouver dans la vie politique française".

"Je n'aime pas cette brutalité"

Il a également mis l'accent sur le Congrès, "devant lequel le président rend des comptes tous les ans, y dispose d'un vrai pouvoir de contrôle et d'enquête". "Il y a à peine quinze ministres pour un pays de 300 millions d'habitants et les ministères ne changent pas d'intitulé à chaque alternance", ajoute-t-il. Le président de l'UMP se prend à rêver d'une France où comme aux Etats-Unis "on peut partir du bas de l'échelle et monter très haut, ou bien le contraire". "J'aime l'énergie et la fluidité de l'Amérique. Ce sentiment que tout est possible", dit-il. A l'inverse, il dit ne pas aimer son "socle social minimum qui ne permet pas à des millions de gens de vivre décemment". "Je n'aime pas cette brutalité".

Dans cet entretien, Nicolas Sarkozy est également revenu sur le dossier irakien qui a vivement opposé Paris et Washington à l'Onu. A ses yeux, la France a pêché sur la forme mais pas sur le fond. "Plus on manifeste un désaccord sur le fond, plus on doit être attentif à la forme". "La crise de 2003 a été, de mon point de vue, la plus importante que la France ait vécue avec les Etats-Unis depuis 1966 et le départ des Américains de leurs bases en France à la demande du général de Gaulle", dit-il. "La crise née de la guerre d'Irak était grave, parce qu'elle était émotionnelle", poursuit Nicolas Sarkozy. Les Américains ont eu "le sentiment d'être abandonnés par une nation dont ils se sentaient proches par l'histoire et par les valeurs".

03.09.2006

Sud-Liban: La France ne pouvait pas se défausser.

Nicolas SARKOZY, président de l’UMP Tribune parue dans Le Figaro du 30 août 2006

Jeudi dernier, le Président de la République Jacques Chirac a annoncé solennellement la décision de la France de prendre pleinement ses responsabilités dans l'établissement de la paix au Sud-Liban.

J'approuve pleinement l'orientation fixée par le Président, et je considère qu'il s'agit là d'un des axes essentiels de la politique étrangère de la France qu'il nous faudra maintenir au-delà des échéances électorales de l'année prochaine.

Quel était en effet l'enjeu de cette décision ?

Chacun le sait, une longue histoire d'amitié et de fraternité unit notre peuple au peuple libanais. La France, qui est à l'origine de la naissance du Liban moderne au lendemain de la 1ère guerre mondiale, garde une responsabilité particulière à son égard. Or ce pays, ami de la France avec lequel nous avons des liens anciens, à la fois culturels, linguistiques, religieux et économiques, a payé dans sa chair depuis quatre décennies les contrecoups des guerres israélo-arabes et du conflit israélo-palestinien. Bombardé par les uns, longtemps occupé par les autres, il vient de subir à nouveau cet été le coût terrible d'une guerre provoquée par des Etats tiers, relayée par des milices radicales.

Pouvions-nous laisser ce pays continuer à subir la destruction de ses infrastructures et les victimes en grand nombre dans sa population civile ? La réponse est bien évidemment non, et la France a joué comme elle le devait un rôle majeur dans l'imposition d'un cessez-le-feu en prenant la tête des pressions exercées par la communauté internationale.

Il n'y a pas de politique étrangère sans morale. Et il est bien que la France ait su porter haut les principes qui sont les siens. Mais pouvions-nous, une fois le cessez-le-feu obtenu, laisser les choses en l'état avec la certitude à plus ou moins court terme, de voir reprendre les hostilités : tirs de missile des milices d'un côté et représailles d'Israël de l'autre. La réponse est évidemment non. Le renoncement et le cynisme ne sauraient être la marque de notre politique étrangère. D'autant qu'au-delà des principes, il y a également les intérêts de la France en tant que puissance majeure à l'échelle du monde, soucieuse de la paix en Europe et dans sa périphérie, c'est-à-dire au Moyen-Orient. La réalité, c'est aussi les conséquences que ne manquerait d'avoir sur la paix en Europe et dans le monde, la persistance d'un affrontement direct entre Israël et l'Iran, lequel s'est désormais invité en première ligne du conflit israélo-arabe.

En somme, la France, en raison de ses liens anciens avec le Liban et Israël, de son rôle de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, mais également aussi en raison du risque encouru pour la paix au Moyen-Orient et dans le monde ne pouvait pas choisir l'inertie ou l'abstention, et simplement renoncer à ses responsabilités de grande puissance. Il fallait donc que nous prenions toute notre place dans le rétablissement de la paix dans cette région. C'est ce que le Président de la République vient d'annoncer et je m'en félicite.

Chacun comprend aujourd'hui que le gouvernement libanais seul ne pourra pas obtenir la démilitarisation des milices, donc le retrait des soldats israéliens, et qu'il appartient dès lors à la communauté internationale d'épauler le peuple libanais pour la reconquête de sa souveraineté au sud du pays.

Mais fallait-il alors annoncer d'entrée de jeu, la participation militaire de la France à une nouvelle action de l'ONU, sans prendre le temps de garantir que les conditions soient réunies pour le succès de cette mission ?

Certains à l'étranger, mais également en France, hélas n'ont pas manqué de critiquer les uns, la "frilosité", les autres, les "atermoiements" de la diplomatie française. Mais comment ne pas voir que la sagesse et la prudence exigeaient, avant d'engager la vie de nos soldats, que nous ayons pleinement obtenu de l'ONU et des principaux acteurs concernés les garanties nécessaires quant à la mission de cette nouvelle force onusienne, quant aux conditions d'engagement des soldats et au fonctionnement de la chaîne de commandement entre le siège des Nations Unies à New-York, les capitales des pays contributeurs, et surtout les forces déployées sur le terrain.

Bien sûr, compte tenu de l'extrême difficulté libanais et du conflit régional, aucune de ces garanties ne sera jamais parfaite. Mais l’essentiel de ces conditions a été réuni à l’insistance de la France, et nous éviterons – du moins je l’espère – de renouveler les erreurs de passé. Parmi celles-ci, je pense notamment à l’intervention, au nom d’un concept humanitaire, généreux mais flou, de nos soldats en Bosnie avant 1995, où quatre-vingt de nos soldats avaient perdu la vie alors que ni la mission, ni les conditions d’engagement n’avaient été préalablement fixées. Je rappelle que c’est le recadrage de cette mission sous l’impulsion de Jacques Chirac et de John Major en juin 1995 qui avait permis de mettre fin au conflit et d’ouvrir la voie aux accords de Dayton. Engager nos armées sous drapeau de l’ONU, de l’Europe, voire de l’Alliance pour des missions de paix ou de reconstruction est digne du rôle que la France doit avoir dans le monde, mais à la double condition de définir pleinement la mission et les modalités d’action de nos soldats sur le terrain.

Pour autant, je mesure toute la difficulté de cette nouvelle mission au Liban, tous les risques aussi qui sont devant nous, et auxquels devront faire face nos soldats et je veux leur rendre hommage. Tout le monde garde en mémoire les attentats perpétrés il y a 23 ans au Liban contre les soldats américains – 250 morts – et les soldats français de Drakkar, 59 victimes. Là encore avec beaucoup de sagesse le Président de la République a fixé une clause de rendez-vous dans six mois pour faire le point du déroulé de l’opération. Il est important que l’ensemble de la classe politique et notre peuple tout entier soient unis en soutien à la mission de paix que la France s’est engagée à entreprendre.

Aider l’armée libanaise à reprendre le contrôle du Sud-Liban, aider le gouvernement libanais à obtenir le désarmement du Hezbollah ne sera pas une mince affaire. Certains diront que nous n’avons rien à faire dans cette entreprise, que mettre le doigt dans l’engrenage nous engagera à être pris dans une guerre qui n’est pas la nôtre.

A ceux là je voudrais dire : quelle est alors l’alternative ? Faut-il que la France abandonne le Liban, qu’elle le laisse se transformer en un avant-poste du chiisme radical, qui à terme déstabilisera l’ensemble du monde arabe ? Fallait-il que nous acceptions l’idée de ne plus peser sur les destinées du Proche-Orient, dont chacun pour autant voit bien qu'elles engagent la sécurité des Européens et de tous les Français.

Parce que je ne me résigne pas, parce que j'ai moi aussi une certaine idée du rayonnement de notre pays, parce que j'ai conscience du poids de la France, non seulement au Liban, mais dans l'ensemble du monde arabe, parce que je veux aussi que la France soit pleinement engagée dans la sécurité d'Israël, je considère que la France ne pouvait pas se défausser devant une telle mission, malgré tous ces risques et toutes ces difficultés.

L'ambition, mais également la morale et la paix sont au cœur du projet qui est le mien pour le rayonnement de la France dans le monde. Il est indispensable que le peuple de France tout entier soutienne la mission de nos soldats au Liban.

30.08.2006

Le Gaullisme, la France et Nous.

Plaidoyer pour le réformisme

Tribune de Nicolas Sarkozy dans le Le Journal du Dimanche
18 juin 2006


" Il y a 66 ans, c'était l'appel du 18 juin 1940. La France était brisée. Alors que tout semblait perdu, alors que les élites ne voyaient d'autre issue que la soumission, le Général de Gaulle provoqua le sursaut. C’est le refus de l’inéluctable qui sera à l’origine de la résistance. Les Français doivent se souvenir des belles pages de leur passé car on ne rassemble pas un peuple en lui répétant, à tort, que son histoire n'est traversée que de vilenies et de hontes.

De l'UDR au RPR, j'ai croisé certains de ces hommes qui avaient fait l'histoire par les armes. Je tire du gaullisme quelques convictions fortes que je veux adapter à notre temps.


D'abord, je crois que l'audace intellectuelle et le volontarisme politique sont des nécessités vitales. Dans toute nation, il y a des énergies contraires, il y a une dispute entre le passé et l'avenir. Le gaullisme, c'est l'art, par la rupture, de concilier la tradition et la révolution. C'est le réformisme qui éternise la France et non l'immobilisme. C'est l'action qui nous élève collectivement et non la résignation qui nous divise. De la décolonisation à la sortie de l'OTAN, de la rénovation de nos institutions à la modernisation de nos outils industriel et militaire, Charles de Gaulle fut l'homme des transformations nationales et non l'homme des rafistolages.


Beaucoup préconisent de faire évoluer la France à petits pas, en répétant les mêmes schémas qu'hier. Or, l'Histoire démontre que c'est plus souvent le trop plein de continuité qui provoque les crises que le mouvement. Moi, je préfère les chemins de traverse, celui des indociles et des inclassables, car notre pays a besoin d'une modernisation profonde et parce que notre démocratie étouffe sous le conformisme. A bien des égards, la situation est comparable à celle de 1958. L'avenir ne patiente pas et le monde ne nous attend plus. Une nouvelle donne politique, économique et sociale est urgente. C'est pourquoi je refuse de "laisser du temps au temps" !


Du gaullisme je tire une autre conviction : celle du rassemblement nécessaire des Français. Les vieilles idéologies sont mortes et les vieux clivages sautent les uns après les autres. Autorité et liberté, solidarité et compétitivité, fermeté et générosité : en chacun d'entre-nous ces valeurs cohabitent et cherchent une synthèse politique moderne. Dans cet esprit, l'électeur du Front National comme l'électeur du parti communiste n'appartiennent à personne ! Rien ne pourra m'interdire d'aller les écouter et les convaincre de nous rejoindre.


L'opposition rêve d'une France socialiste dont le "peuple de gauche" serait le fer de lance. Je suis de droite, mais je ne divise pas le peuple français. Je suis pour la France et je veux que notre projet suscite un espoir chez tous ceux qui sont disposés à tenter autre chose afin que l'épanouissement et la réussite de chacun redeviennent des rêves accessibles.


Enfin, il y a un message que je retiens du gaullisme : je crois que la dignité humaine est indissociable du courage et de la responsabilité. Au cours des dernières décennies, notre société s'est formatée et nivelée comme si la vie était devenue une sorte de kit, avec son prêt à pensée, ses garanties, ses formalités… A vrai dire, notre âme s'est comme asséchée. Sommes-nous condamnés à vivre sans inspiration ou sommes-nous encore portés par des idéaux ? Sommes-nous capables d'inventer une civilisation prometteuse ou sommes-nous les spectateurs d'un monde dont nous ne maîtrisons plus ni le sens ni les finalités ? Bref, vivrons-nous à genoux ou debout? Je crois qu'il existe en chaque Français, un rêve de dépassement, un combat intime, une étoile secrète. Et c'est au responsable politique de leur ouvrir des chemins.


Il faut peu de choses pour relancer la France, mais il faut certaines conditions décisives que ne renierait pas le Général de Gaulle : le goût de la vérité plutôt que celui des illusions, le sens de l'innovation plutôt que celui de la répétition, le choix de la droiture plutôt que celui de l'esquive. C'est de la sorte que nous renouerons avec l'espoir."