12.03.2007
Discours de Nicolas SARKOZY lors de la journée UMP sur la Défense...
Mesdames, messieurs,
Mes chers amis,
Vous me permettrez tout d’abord de vous faire part de ma satisfaction que cette journée, consacrée par notre famille politique aux questions de défense, -journée, je le sais, très attendue- ait pu se tenir. Satisfaction de vous voir réunis si nombreux pour participer aux débats. Satisfaction devant la qualité et la densité des travaux sur une matière qui mérite mieux qu’une pensée convenue. Il n’y avait aucune raison qu’en ce domaine nous ne fassions pas preuve d’un aussi important travail de réflexion que dans les autres domaines.
Qu’il me soit permis à cette occasion de rendre un hommage plus particulier à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, pour la part qu’elle prend à cette réflexion et à la campagne présidentielle, à François Fillon, à Pierre Lellouche, qui a fait un travail tout à fait remarquable, à Guy Teissier, le président de la Commission et à Gérard Longuet.
À ces remerciements, je voudrais associer tout particulièrement les personnalités qui nous ont fait l’honneur et l’amitié d’être parmi nous aujourd’hui, avec un clin d’œil affectueux à Dora.
Votre présence montre, s’il en était besoin, que la défense est un sujet passionnant qui doit faire débat, tout simplement pour informer les Français. C’est un sujet qui doit faire débat parce que l’essentiel est en jeu. C’est un sujet qui engage l’avenir de la France et avec lui, sans doute, celui de l’Europe.
Le Général de Gaulle à Bayeux disait : « La défense ! C’est la première raison d’être de l’Etat. Il n’y peut manquer sans se détruire lui-même ».
Autant dire que nous sommes là au cœur des missions régaliennes de l’Etat. J’ajouterai que cette défense devra de plus en plus s’affirmer demain comme une des premières missions de l’Europe. Chacun voit bien combien il serait étrange de vouloir construire une puissance économique dont on ne se préoccuperait pas de sa sécurité.
Trois raisons placent la défense au premier rang des préoccupations de cette élection présidentielle, décisive entre toutes.
D'abord le chef de l'Etat est le chef des Armées. Et cette fonction régalienne constitue une part éminente de ses responsabilités.
Ensuite la France, au-delà de l'impératif d'assurer comme tous les pays sa propre sécurité, doit assumer les obligations qui découlent de son statut de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU. Et qu’il me soit permis de dire à tous les pays à travers le monde qui souhaiteraient avoir le même statut que la France, qu’ils en voient généralement les droits, peut-être les avantages, mais qu’ils n’en perçoivent pas toujours les devoirs et les obligations, au premier rang desquelles celui d’être prêt à payer le prix du sang au service de la paix dans le monde ! Que ceux qui demandent les mêmes droits que la France soient prêts à en assumer les mêmes devoirs.
Enfin, ce début de XXIème siècle est placé sous le signe d'une multiplication des menaces et des risques, André Glucksmann l’a dit avec beaucoup de brio ce matin. Qui peut concevoir que du consensus de l’analyse qui voit se multiplier risques et menaces, nous devrions en tirer la conclusion qu’il faille baisser la garde ? Cela n’aurait pas de sens.
Voilà pourquoi la défense doit faire l’objet d’un engagement fort de la part d’un candidat à la Présidence de la République. Voilà pourquoi ma présence parmi vous atteste de mon engagement à faire de la modernisation de la doctrine et de l'outil de défense un axe majeur, fondamental, du quinquennat qui s’annonce.
J’appartiens à une génération, et je n’ai nullement envie de le cacher, qui n’a pas été directement confrontée à la guerre. Cela, je le dois à nos aînés qui ont combattu, parfois jusqu’au sacrifice ultime, pour notre liberté, celle de la France et de chacun d’entre nous. Je sais la dette que nous avons à leur égard. Mais, la génération qui n’a pas connu la guerre n’a pas moins de responsabilités que celle qui l’a connue, elle en a davantage.
Je n’oublie pas non plus les quelque 12.000 soldats français actuellement engagés dans des opérations extérieures pour défendre nos valeurs, préserver une paix fragile et garantir des engagements internationaux. Certains d’entre eux l’ont récemment payé de leur vie. Je veux bien sûr, en votre nom à tous, leur rendre hommage, en assurant leur famille et leurs frères d’armes de notre admiration, de notre gratitude et de notre solidarité. Les soldats morts en faisant leur devoir ont fait honneur à la République française et à la France.
Grosso modo, depuis deux générations, c’est-à-dire depuis la fin des conflits de la décolonisation, notre pays connaît pour l'essentiel la paix. Elle a permis la liberté politique, le développement économique et le progrès social. Et, pour la première fois de son histoire, la France ne semble plus exposée à des menaces militaires directes venant d'Etats ou d'empires hostiles.
La guerre n’a pourtant jamais disparu de notre horizon. Elle a toujours été en arrière-plan durant la guerre froide, avec la menace soviétique. La chute du mur de Berlin a brutalement mis un terme à ce monde qui offrait une fragile stabilité en contrepartie de l'oppression et du sous-développement d'une majorité des peuples et des nations.
C’est la raison pour laquelle je ne me reconnais pas dans l’objectif d’une politique étrangère qui n’aurait pour seul objectif que la stabilité. Jeune, j’ai trop entendu qu’il fallait garantir la stabilité issue de Yalta. C’était la stabilité de la cruauté et de l’injustice et nos frères européens ont payé à cause d’elle. Ce n’est pas ma conception de la politique étrangère consistant à garder les dictatures pour ne rien changer.
L’Europe centrale et orientale s'est libérée sans violence : ce fut une période magnifique et extrêmement émouvante. Des hommes de paix et de foi ont joué un rôle considérable. Notamment un grand Polonais que personne n’a oublié, je ne parle pas simplement de Lech Walesa, mais aussi de l’autre… Ils se sont libérés par eux-mêmes et vingt plus tard, force est de reconnaître que certaines illusions apparues alors, depuis les « dividendes de la paix » de M. Fabius, jusqu’à « la fin de l’histoire » de M. Fukuyama, se sont complètement dissipées. Je demande à Monsieur Fukuyama de ne pas m’en vouloir de cette association qui n’est pas de la même importance, j’en conviens. Car, en termes d’illusion, il y a une hiérarchie…
À la fin de l’histoire, l’on aperçoit que rien n’est fini. Si l’étau qui enserrait l’Europe a disparu, d’autres menaces et d’autres tensions ont surgi. Depuis la fin de la guerre froide d’ailleurs, nos interventions n’ont cessé de se multiplier. Nos forces sont toujours présentes en Afrique, au nom du maintien de la paix, même s’il faut s’interroger sur ces accords, naturellement. Mais elles ont aussi été engagées dans la première guerre du Golfe, dans des actions de force contre certains belligérants de l'ex-Yougoslavie et même en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001.
1 - Nous vivons donc désormais, c’est un truisme, dans un monde instable et incertain, caractérisé par la multiplication des risques et surtout la dissémination de la violence.
Depuis 1989, innombrables sont les crises qui ont dégénéré en conflits armés, en majorité asymétriques et de basse ou moyenne intensité. Mais l’on y meurt aussi. La rupture avec la période de la confrontation Est-Ouest, qui reposait sur la permanence d’un adversaire bien identifié et la préparation à une guerre totale qui ne s’est jamais produite, est donc totale. La menace d'une confrontation de haute intensité s'est fortement réduite sans disparaître totalement. D'autres sont apparues, certaines à nos portes, avec les guerres accompagnant la dislocation de l’ex-Yougoslavie. Elles ont montré tragiquement que l’Europe n’était pas à l’abri d’un déchaînement de violence et d'un retour en force de la barbarie.
Quand j’entends dire que nous n’aurions plus besoin de l’Union européenne, je demande que l’on regarde tranquillement ce qui se passe à nos portes, dans les pays d’ex-Yougoslavie, pour voir combien, au contraire, nous en avons besoin.
Par ailleurs, et encore plus préoccupant, la prolifération balistique et nucléaire est en passe de franchir un seuil particulièrement inquiétant, avec la Corée du Nord et surtout l’Iran ; la dissémination des armes bactériologiques et chimiques n'a jamais cessé ; l’hyper terrorisme, qui a frappé notamment New-York, Madrid et Londres, excusez du peu, peut sévir à nouveau dans n’importe quel pays, y compris le nôtre.
Et les facteurs de crises continuent de s’accumuler.
Certains proviennent des Etats. États forts animés d’une volonté de puissance qui met à l’épreuve les règles de la communauté internationale. D’autres viennent d’Etats affaiblis ou effondrés qui font le lit des organisations criminelles et terroristes. Certains découlent de la compétition pour le contrôle des ressources énergétiques, des matières premières, voire l'accès à l'eau dans certaines régions. Certains naissent des déséquilibres écologiques, démographiques et économiques qui exacerbent les pressions migratoires. À ceux-là s’ajoutent les antagonismes religieux ou culturels que certains fanatiques rêvent de transformer en choc des civilisations. Et la liste n’est pas close. Voilà le scénario…
Si elles ne font pas l’objet d’un traitement adapté par la communauté des nations, ces lignes de fracture peuvent déboucher sur des conflits de grande ampleur. Il faut d'autant plus les craindre que la suprématie technologique de l’Occident est contournée par des techniques de guérilla efficaces notamment en milieu urbain. Je voudrais dire combien sont préoccupants les succès militaires du Hezbollah face à l’armée israélienne, acteur pourtant non étatique, et les difficultés de l’armée américaine en Irak. Deux exemples particulièrement révélateurs de la nécessité de relativiser notre supériorité technologique.
La France n’est pas à l’abri de ces menaces qui peuvent se concrétiser sur son sol comme porter atteinte à ses intérêts au-delà de ses frontières. Qu’il s’agisse de la protection de nos ressortissants, de la sécurisation de nos approvisionnements énergétiques ou du respect des engagements internationaux.
2 - Dans ces conditions, je veux affirmer que sont irresponsables tous ceux qui proposent ou proposeraient de réduire notre effort de défense.
Si le mort irresponsable a un sens, c’est bien celui-ci. Si je suis élu Président de la République, je m’engage à maintenir notre effort de défense au moins à son niveau actuel, soit de l’ordre de 2% du PIB. Ce n’est pas une lubie mais un seuil incompressible pour disposer de forces armées bien entraînées, bien équipées, aptes à assurer la protection de notre territoire et la sécurité des Français. J’ajoute qu’il est quand même curieux de dire aux Français « choisissez : soit l’éducation, soit lé sécurité ». C’est un raisonnement étrange qui doit certainement correspondre à une logique, peut-être même à une cohérence, mais je ne les ai pas encore trouvées…
Les Français ont le droit à la sécurité et à l’éducation, elles sont même liées.
Le budget de la Défense ne constituera pas la variable d’ajustement des finances publiques dans les années à venir. J’ai d’ailleurs le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire. De 1997 à 2002, le gouvernement Jospin a supprimé une annuité complète d’équipement, 15 milliards d’euros, dilapidée dans le financement de réformes dont la France aurait été bien inspirée de se passer, comme les 35 heures. Voilà leur cohérence, je l’ai trouvée ! C’était les 35 heures ou la sécurité de la France. Maintenant, c’est l’éducation ou la sécurité. Rien n’a donc changé !
Cette imprévoyance contraste avec le redressement opéré en 2002 sous l’impulsion personnelle de Jacques Chirac, avec le concours de Michèle Alliot-Marie.
L’incurie des gouvernements socialistes a consisté à financer en cours d’année des dépenses civiles non budgétées par des redéploiements de crédits prélevés sur la Défense. Je le dis clairement : ce ne sera pas ma ligne de conduite car elle aboutit à une impasse.
Je ne financerai pas les universités ou les lycées en annulant des programmes militaires indispensables à notre sécurité. Il est absurde d’opposer des politiques tout aussi essentielles pour la Nation que la Défense, la Recherche ou l’Education.
Parmi les préjugés les plus tenaces figure celui qui voudrait que la dépense de défense fut par nature improductive. C'est faux, car elle irrigue un secteur industriel qui compte plus de 180 000 emplois. Elle apporte une contribution déterminante à l’effort de recherche et participe à nos exportations, avec plus de 5 milliards d'euros de commandes en 2006.
Moi qui suis si souvent accusé d’être intéressé par le modèle américain, s’il y a bien un domaine où il ne faut pas hésiter à s’en inspirer, c’est leur effort de recherche en défense mis au service de l’économie américaine.
De surcroît, cela permet face à l’OMC, qui regarde de très près ce qui se passe en Europe et d’un peu moins près ce qui se passe outre-atlantique, de lui dire que nous pouvons le faire puisque les Américains le font. Ce qui après tout est une règle assez loyale.
Le projet qui est le mien pour la Défense n’est donc pas dissociable du projet d’ensemble que je propose aux Français. Je le dis d’autant plus volontiers qu’à mes yeux, les militaires, les civils, les industriels qui travaillent dans le secteur de la défense sont d’abord des citoyens comme les autres. Leurs attentes dépassent largement leur seul secteur d’activité professionnelle. Ce serait se tromper et leur manquer de respect que de croire que les militaires se prononcent uniquement en fonction du niveau des budgets de défense annoncés par les candidats. Remarquez, si vous voulez le faire, ne vous gênez pas, nous ne craignons pas la comparaison… Mais c’est manquer de respect à des gens qui ont l’habitude de réfléchir et qui sont des citoyens comme les autres, en tout cas dans leur réflexion.
3 – Notre politique de défense ne saurait se limiter à la seule question des moyens. Nous devons nous interroger plus régulièrement sur ses finalités, son adéquation avec nos besoins de sécurité et l’efficacité de sa mise en oeuvre.
Dans ce domaine, comme dans d’autres, je voudrais que nous procédions avec ordre et méthode. Décliner la vision en orientations, en objectifs, en priorités et dans un agenda tendu vers l'action.
Quelles conclusions doit-on tirer des évolutions de notre environnement international et stratégique ? Quels sont les objectifs prioritaires qui en découlent ? Que veut-on et que doit-on assumer seuls ? Que veut-on et que doit-on partager avec nos alliés ? Quelles missions et quels contrats opérationnels assigne-t-on à nos armées ?
Autant de questions qu’il est de notre devoir de poser et dont les réponses permettront de hiérarchiser nos choix capacitaires et de rendre des arbitrages cohérents.
Cet exercice de réévaluation devra être engagé dès le lendemain de l’élection présidentielle et sans doute intervenir à intervalles réguliers. Le dernier Livre Blanc remonte à 1994 et bien des événements ont considérablement modifié l’environnement géopolitique dans lequel nous nous inscrivons désormais.
Sans être exhaustif, je citerais les attentats du 11 septembre 2001 et la stupéfaction du monde devant cette barbarie ; l’intervention américaine en Irak ; la crise nucléaire iranienne ; la déstabilisation du Liban et de certaines régions d’Afrique centrale et de l’Ouest ; ou encore la montée en puissance de la question énergétique dans les impératifs de sécurité.
Les Livres Blancs, pour être pertinents, doivent être régulièrement actualisés comme le font nos grands alliés, sauf à figer la pensée et l’action, alors même que nous devons être plus réactifs, dans un environnement dont la seule constante, pour au moins les deux ou trois décennies à venir, sera l’instabilité.
On ne peut pas dire que le monde est instable, avoir fait un livre en 1994 et dire « circulez, y a rien à voir »… Il est normal de s’interroger, quelle que soit la qualité du livre blanc en question.
Dans le cadre des travaux préparatoires de la prochaine loi de programmation militaire, car il en faut une, cette réflexion devra aller de pair avec le réexamen et l’audit systématique des principaux programmes d’armement en cours ou en projet.
Cette démarche conduira fatalement à une révision du modèle d’armée 2015.
Parce que, construit autour des conclusions du Livre Blanc de 1994, ce modèle d’armée n’a été que partiellement financé par les lois de programmation exécutées depuis, notamment en raison du retard pris pendant la législature socialiste. Ce n’est pas remettre en cause ce modèle, mais tout le monde sait, y compris en respectant les lois de programmation à la lettre, comme Michèle l’a fait depuis 2002, qu’il n’est pas financé.
Nous ne pouvons donc pas ériger un livre blanc de 1994 et un projet non financé en référence intangible des lois de programmation.
D’ores et déjà, qu’il me soit permis de vous faire part d’un certain nombre de convictions et de grandes orientations qui touchent aux institutions et à la doctrine de défense.
Les institutions
Je propose une idée qui peut faire débat, mais je vais essayer de m’en expliquer. La politique de défense est une chose trop sérieuse pour continuer à être enfermée dans un domaine réservé, au sens où l’on ne pourrait en parler. C’est un mauvais service à rendre aux militaires et au lien terrorisme que de considérer que le débat sur la défense ne doit pas avoir lieu.
J'entends renforcer les pouvoirs du Parlement en matière de contrôle des services de renseignement ; d’approbation de la présence et des modalités d’intervention de nos forces armées à l’étranger, au bout d’un certain délai à discuter ; de lancement des grands programmes d’armement ou encore de ratification des accords de défense.
Après ce que j’ai dit sur les impératifs de sécurité, je voudrais rappeler que nous sommes une démocratie. Et dans une démocratie, les choses essentielles doivent être débattues. Bien sûr, il y a la responsabilité de l’exécutif, du président de la République et du ministre de la Défense, mais il y a aussi l’expression de la souveraineté nationale au Parlement.
Je souhaite d’ailleurs que le président de la République puisse venir devant la représentation nationale pour présenter et expliquer ses grandes orientations de défense. Dans une démocratie moderne, il ne peut pas y avoir de domaines dont nous ne puissions pas parler.
Nous devons également tirer toutes les conséquences des interactions croissantes entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure, illustrées notamment par l’exportation de la menace terroriste sur notre territoire. Plus que jamais, nous devons avoir une approche globale des enjeux de notre sécurité et des réponses que nous y apportons. Sécurité intérieure, politique extérieure, défense militaire et civile ; toutes ces dimensions sont de plus en plus imbriquées et interagissent entre elles.
C’est pourquoi je souhaite la création, auprès du président de la République, d’un Conseil de sécurité nationale qui deviendra l’instance centrale d’analyse, de débat et de réflexion en matière de sécurité et de défense, en période normale comme en période de crise.
Cette instance aura vocation à se substituer, dans des configurations adaptées, selon les sujets et les circonstances, aux actuels Conseil de sécurité intérieure et Conseil de défense. Ce Conseil sera adossé à un secrétariat permanent qui en préparera les réunions et sera chargé du suivi des décisions prises.
Pour avoir participé pendant de nombreuses années à ces deux Conseils, en tant que ministre du Budget, des Finances ou de l’Intérieur, je veux qu’il s’agisse d’un lieu d’échanges entre responsables gouvernementaux, grands subordonnés et experts, et non pas d’une chambre d’enregistrement d’arbitrages préparés, avant la réunion, par un cercle restreint.
Cela me paraît essentiel pour que le président de la République soit assuré de disposer des différents éléments d’expertise et de contre-expertise indispensables à la préparation de la décision.
Il nous faudra également porter une attention accrue à la défense civile. Cela implique que nous mobilisions davantage nos concitoyens, renforcions nos capacités à prévenir et, le cas échéant, à surmonter des crises liées à la réalisation sur notre territoire de la menace terroriste.
Je propose la création d’une agence de défense civile chargée d’animer l’esprit de défense et de coordonner l’action des diverses composantes de notre société ainsi que des pouvoirs publics. Cette agence pourrait être rattachée au ministre de l’Intérieur, voire au Premier ministre, et s’appuyer sur le service civique pour étoffer les moyens d’intervention mobilisables en cas de besoin.
Les grandes fonctions de notre outil de défense : dissuasion, prévention, projection et protection
La dissuasion reste un impératif absolu. C’est l’assurance-vie de la Nation, la garantie qu’un autre Etat devra réfléchir avant de s’en prendre à la France sauf à s’exposer à une sanction immédiate et hors de proportion avec les avantages recherchés.
Cette garantie pourra bénéficier à nos voisins européens, dans des conditions qui, s’ils le souhaitent, pourraient être définies avec eux. Il ne s’agit en aucun cas d’imposer quoi que ce soit. Il s’agit simplement de réfléchir au fait que les intérêts vitaux de la France ne se réduisent pas à la seule dimension de l’hexagone. C’est un sujet important, nous en débattrons et nous verrons. Mais je crois qu’il faut être capable d’ouvrir les bras et de dire que la France, puissance nucléaire, qui fait un tel effort pour sa défense, est également le cœur de la défense européenne.
Si je suis élu président de la République, je prends l’engagement de garantir la crédibilité politique et technique de nos systèmes d’armes, dans le respect du principe de stricte suffisance des moyens déployés. Les programmes de modernisation qui se révèleront nécessaires seront poursuivis et soumis aux mêmes exigences d’optimisation.
Un accent particulier doit être mis cependant sur la prévention, grâce à une meilleure coordination des activités des services de renseignement, mais aussi à travers le renforcement des moyens d’acquisition de l’information, tant humains que technologiques. Chacun doit mesurer que le spatial joue aujourd'hui en matière stratégique le même rôle clé qui revint au nucléaire durant la seconde moitié du XXème siècle.
Les efforts entrepris depuis dix ans pour développer nos moyens de projection de forces et de frappe dans la profondeur doivent être accélérés. L'objectif consiste à parachever l'évolution vers une armée d'emploi, apte à assurer une défense de l'avant. À l’heure de la mondialisation et de la prolifération, la sécurité de notre territoire et de notre population peut se jouer loin de notre territoire.
La réalisation du second porte-avions se situe pour moi dans cette perspective. Là encore, c’est une question de cohérence. Soit nous ne construisons pas de porte-avions, et c’est un choix, soit nous en faisons deux. Parce qu’il est curieux de faire un porte-avions, sans se poser la question de la permanence à la mer de notre groupe aéronaval, compte tenu des impératifs sur notre premier porte-avions. Il semble curieux de dire qu’il est capital d’avoir un porte-avions, mais peu importe de n’en avoir aucun pendant dix-huit mois…
C’est la raison pour laquelle pour moi c’est soit zéro, soit deux. J’ai pris le second choix parce que c’est la condition de la permanence en mer.
Il serait d’ailleurs parfaitement incohérent de plaider comme je le fais pour que la France assume sa responsabilité de puissance méditerranéenne, où tout se joue, le meilleur comme le pire, et d’en tirer la conséquence que nous n’avons pas besoin d’un porte-avions en Méditerranée pour garantir sa stabilité et sa stabilité.
La production de ce grand équipement s’inscrit dans une dimension européenne puisqu’elle donne lieu à une coopération industrielle avec les Britanniques. Il ne m’apparaît pas en revanche réaliste, du moins à moyen terme, de miser sur l’européanisation de l’emploi d’un tel équipement.
Après avoir été accusée de tous les maux, l’Europe devient la solution à tous les faux-fuyants, disant qu’elle va s’en occuper. Je voudrais rappeler que les caractéristiques de l’aviation embarquée varient d’un pays à l’autre, malheureusement. Ce qui est quand même ennuyeux pour un porte-avions.
Ensuite, je n’ai pas vraiment saisi si la Grande-Bretagne était d’ores et déjà une puissance méditerranéenne… Je ne suis pas persuadé qu’elle ait absolument et tout de suite les mêmes priorités que nous.
Enfin, il n’y a pas et il n’y aura pas avant longtemps d’entité politique européenne légitime pour décider et répondre de l’engagement d’un tel équipement. Nous avons déjà vu les problèmes occasionnés en commençant avec la monnaie avant le gouvernement économique, il me paraîtrait curieux d’européaniser l’utilisation du second porte-avions sans se poser la question de l’autorité politique et de sa légitimité qui pourrait en décider.
Dans le même ordre d’idées, une attention spécifique sera accordée aux autres programmes de projection de puissance. Je pense par exemple au SCALP naval mais aussi au renforcement des capacités de frappe de précision existantes, aux sous-marins nucléaires d’attaque de la génération « Barracuda », au renouvellement de nos frégates ou au transport stratégique aérien et maritime.
La protection de notre territoire continuera à s’appuyer sur des moyens militaires et civils qui seront mieux intégrés dans une approche globale de notre sécurité. La protection de la population est depuis trop longtemps un angle mort de notre politique de défense. Et ce reproche vaut aussi au plan européen, alors même qu'il existe une demande très forte des citoyens en la matière, qu'il s'agisse de la protection des infrastructures essentielles, de la surveillance des frontières, de la stabilisation de la périphérie de l'Union.
La protection doit naturellement couvrir nos soldats déployés en opérations extérieures. Cela intéresse plus particulièrement les forces terrestres projetées sur des théâtres sensibles, souvent en milieu urbain, au contact direct de populations hostiles. La protection de nos armées sera donc systématiquement renforcée, notamment contre les risques nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique. Les programmes portant sur la défense anti-missile de théâtre seront soutenus et développés. Tout sera mis en œuvre pour garantir l'efficacité et la protection des troupes déployées au sol : numérisation du champ de bataille, équipements individuels, blindage des véhicules, médecine de l’avant, aéromobilité…
À cet égard, je considère le programme d’hélicoptères NH90 comme un programme qui devrait être remis en tête des équipements prioritaires pour l’armée de terre. Les hélicoptères actuels, Superpumas et Frelons, ont rendu de grands services, ce n’est pas leur faire injure de dire qu’ils ont quelque peu vieilli.
Nous devrons aussi réfléchir à une meilleure prise en compte du facteur humain. La sollicitation excessive des troupes, la polyvalence des hommes et l’espacement des périodes de remise en condition et d'entraînement épuisent les unités, parfois au détriment de leur sécurité. Cela renvoie directement à la réflexion que nous devrons avoir sur le dimensionnement de notre présence militaire en France et à l’étranger, et sur l’étendue, dans l’espace et dans le temps, des missions confiées à nos militaires en opérations extérieures.
Sans doute faudra-t-il un jour se demander s’il ne faut pas hiérarchiser nos interventions et considérer que certaines sont prioritaires et plus légitimes que d’autres. À force, on finit par prendre tous les risques sans en avoir tous les avantages.
4 – La réalisation de ces différents objectifs devra s’inscrire dans une volonté constante d’amélioration de la réactivité et de l’efficacité de notre outil de défense.
L’effort remarquable mené depuis 2002 pour redresser la disponibilité opérationnelle des équipements sera poursuivi et amplifié, tant sur le plan financier que sur le plan opérationnel.
Les budgets d’équipement ne sont toutefois pas suffisamment maîtrisés, comme le montrent des dépassements calendaires et financiers encore trop fréquents et trop importants. La gestion des fonctions de base et de soutien n’a pas été suffisamment modernisée même si l’interarmisation a fait des progrès substantiels.
L’externalisation de certaines fonctions de soutien, sans lien direct avec l’activité opérationnelle des forces, devra être recherchée, dans la continuité de certaines réalisations récentes, comme l’externalisation de la gestion des véhicules de la gamme commerciale ou de la formation des pilotes d’aéronefs. De même, il conviendra de confier davantage de tâches administratives aux civils car le statut de militaire doit être réservé au cœur de métier, sous peine de confusion des genres et de mauvaise affectation des ressources. Réciproquement, les militaires n’ont pas vocation pour moi à être mobilisés pour des missions qui ne sont pas les leurs ou pour compenser les lacunes d’autres politiques publiques et d’autres administrations. Les sujétions des militaires sont déjà suffisamment lourdes comme cela, pour qu’on évite de les considérer comme les supplétifs de la République. Aller chercher les militaires quand la République est défaillante n’est pas ma conception de la fonction.
Nous devons certainement amplifier les réformes visant à rationaliser et à dynamiser les procédures d’acquisition et de maintien en condition opérationnelle. Cela passe par la rénovation de la fonction achat, avec une profonde réforme de la DGA ; avec une responsabilisation effective des industriels, comme des pouvoirs publics, sur des objectifs précis de délais et de coûts sur la totalité de la vie des équipements, en particulier les opérations de maintenance dont les coûts ont explosé au cours des dernières années.
Le recours à des modes de financement innovants pourrait être plus systématiquement recherché pour les programmes d’armement. Les partenariats public-privé sont par exemple parfaitement adaptés pour l’acquisition de capacités, comme les satellites de télécommunication, susceptibles de faire l’objet d’un partage avec d’autres utilisateurs, civils ou militaires. Nous restons encore timides dans ce domaine, en comparaison de nos amis britanniques, alors que nombre d'études démontrent que la qualité du service rendu par les PPP est supérieure à celle de la gestion directe.
Dans cette perspective, je crois essentiel, Cher Guy Teissier, que le Parlement soit plus étroitement associé au lancement et au suivi des grands programmes. Une information publique pourrait être assurée sur leur déroulement et sur les causes des éventuels dépassements constatés, à l’instar du rapport annuel du National Audit Office britannique.
Pourquoi en outre ne pas réfléchir à une modification de la présentation des lois de programmation militaire, en mettant en avant les capacités attendues, plutôt que la liste des équipements déjà arrêtées pour les satisfaire ? Cela aurait plus de sens, obligerait à exprimer plus clairement les objectifs capacitaires et offrirait davantage de souplesse tout en obligeant à étudier tout le spectre des solutions industrielles et financières possibles. Le recours à des modes de financement innovants ou à des coopérations européennes pourrait ainsi être plus systématiquement recherché.
5 - Ces nécessaires efforts de rationalisation ne nous permettront pas de tout faire seul, alors que l’Europe doit rester pour la France un horizon central . C’est toute la question de la construction de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD).
L’Europe a des intérêts de sécurité qui lui sont propres et sa politique de défense doit aussi être celle de sa géographie, d’autant plus qu’elle ne semble pas être au centre des préoccupations stratégiques de nos amis américains. Même si l’alliance avec ces derniers reste fondamentale, l’Europe doit s’organiser pour être en mesure de faire prévaloir ses intérêts et ses valeurs, assumer ses responsabilités internationales et garantir de façon plus autonome la protection de son territoire et de ses citoyens.
C’est dans cette optique que se situe le projet d’union de la Méditerranéenne que j’ai proposé.
Le bilan de la politique européenne de sécurité et de défense est loin d’être négligeable : des institutions utiles ont été mises en place, comme l’Agence européenne de défense et l’Etat-major militaire ; une quinzaine d’opérations ont été menées à bien, souvent de basses intensités mais toujours complexes. Le processus a été lancé, il faut le faire vivre et le conforter. Comment faire ?
Avec la mutualisation des équipements lorsque cela est possible. J’ai dit mes réserves sur le second porte-avions, en revanche, a constitution d’un pool d’avions de transport A 400 M, commandés par la plupart des pays européens, constituerait un premier pas intéressant. Et ce d'autant plus que c’est un moyen de soutenir l'activité d'EADS, premier pôle technologique de l'Europe et qui en a bien besoin.
Mais d’autres initiatives sont envisageables. Est-il raisonnable que les membres de l’Union européenne alignent encore ensemble 10 000 chars et 3000 avions de combat sans développer une approche industrielle concertée ? Ne pourrait-on pas par ailleurs accomplir des progrès plus rapides dans la mise en commun de forces et de moyens de sécurité civile, mobilisables en cas de crise grave, dépassant les capacités d’intervention d’un Etat ?
Michel Barnier avait fait des propositions très utiles en la matière.
La défense européenne sera en outre d’autant plus crédible que sa base industrielle sera dynamisée, grâce à des regroupements et des alliances, en particulier dans les domaines terrestre et naval. Combien de programmes de coopération ont subi les contraintes artificielles du partage industriel sur des bases plus diplomatiques que rationnelles, conduisant à agréger compétences et incompétences ?
De ce point de vue, Airbus doit être gérée comme une société industrielle à part entière et non pas comme une organisation diplomatique pour lesquelles j’ai le plus grand respect. Mais, pour construire des avions, il faut les meilleures compétences au meilleur endroit. Ce n’est pas simplement une question de partage entre les uns et les autres.
Je suis convaincu, qu’au-delà de la nécessaire préservation des compétences et des technologies clefs, la constitution de champions industriels européens véritablement intégrés est la condition primordiale d’une meilleure coordination des efforts de défense et d’équipement des armées à l’échelle de notre continent.
L’Europe de la défense se matérialisera aussi dans la conduite de grands projets. Le système de navigation Galileo en est un. Pourquoi ne pas le consolider en travaillant ensemble sur des systèmes de surveillance de l’espace ou d’alerte avancée ?
Il est préoccupant de ne pas réfléchir à un positionnement collectif des Européens vis-à-vis du système de défense anti-missile que les Etats-Unis sont en train de mettre en place. Je ne vois pas comment on peut dire que c’est simplement le problème de la Tchéquie ou de la Pologne et que ce n’est pas du tout celui de l’Europe, sauf à renoncer à toute ambition d’une politique européenne de la défense.
Mais il ne pourra pas y avoir d’Europe de la défense si nous abandonnons le projet d’une Europe politique intégrée. Si je suis favorable à une Europe avec des frontières et chacun connaît mes réserves sur l’entrée de la Turquie au sein de l’Union européenne, c’est parce que je considère qu’à force d’élargir l’Europe à des pays qui n’en sont pas, nous allons finir par tuer le projet de l’Europe politique. Or, nous, ici, sommes attachés à une Europe politique.
J’en profite d’ailleurs pour dire à nos amis polonais que j’ai beaucoup plaidé pour faire le G6 avec la Pologne. La question de leur intégration ne se pose pas, les Polonais sont européens. Mais, c’est tout de même une drôle d’idée d’avoir élargi l’Europe sans en modifier les institutions. J’aimerais maintenant que nous réfléchissions à l’endroit et que nous annoncions la suspension de toute nouvelle adhésion à leur modification. Il n’est pas anormal, avant de continuer à s’élargir, d’essayer de conforter ce qui existe.
Par ailleurs, l’Europe de la défense ne peut pas exister si seulement trois ou quatre membres de l’Union européenne sur vingt-sept consentent à un effort de défense digne de ce nom. La sécurité de l’Europe ne peut pas reposer sur les seules épaules de 3 ou 4 pays.
Je rappelle que le Royaume-Uni et la France représentent à eux seuls plus de 40 % des budgets européens de défense et que le cumul de ces derniers est deux fois et demi moins élevé que le budget du Pentagone. Nous devrons donc faire preuve de pédagogie et de pragmatisme pour convaincre nos partenaires de faire davantage.
Je veux bien que l’on nous dise que nous avons les mêmes impératifs de réduction des déficits que les autres, mais il est très difficile d’être à 3% quand, en plus, vous faites un effort de sécurité et de défense pour tous les autres. Un peu comme si un pays avait un budget en équilibre mais en sortant toutes ses dépenses de sécurité. Ce n’est pas cela l’Europe. L’Europe, c’est que tous ensemble, pour la part qui est la nôtre, naturellement, nous prenions ne charge le coût de la défense. Ou alors, que l’on dise aux pays européens qui paient que ces dépenses ne rentrent pas dans les critères de bonne gestion.
Je ne vois pas comment avoir une Europe de la défense crédible avec 24 pays considérant que la sécurité est une compétence annexe.
Ce serait enfin une erreur d’opposer la politique européenne de défense à l’Alliance Atlantique, alors même que l’Union européenne et l’OTAN sont deux organisations plus complémentaires que concurrentes. En revanche, nous devons veiller avec nos partenaires européens à ce que l’OTAN n’évolue pas, comme sembleraient le souhaiter les Etats-Unis, vers une organisation mondiale effectuant des missions aux confins de l’humanitaire, du militaire et des activités de police internationale. L’OTAN n’a pas vocation à se substituer à l’ONU. Elle doit conserver un ancrage géopolitique clair en Europe et une vocation strictement militaire. Et, dans le prolongement des Accords dits de Berlin Plus, l’Union européenne doit pouvoir, en tant que de besoin, s’appuyer sur les moyens, notamment de commandement et de planification, que l’Alliance met en œuvre. Ce sont à mes yeux trois conditions du maintien à son niveau actuel de la contribution importante de notre pays à l’OTAN.
6 – Dix ans après la professionnalisation de notre armée, il nous faut veiller plus que jamais à conforter le lien terrorisme et la place des militaires dans la société.
La professionnalisation était nécessaire pour des raisons opérationnelles, comme l'a démontré la première guerre du Golfe en 1991. j’ai conscience que cette professionnalisation a considérablement modifié les structures et les habitudes de travail de nos armées. Il n’y a pas un corps de l’Etat qui a su se remettre en cause de cette manière et avec cette rapidité comme l’ont fait nos armées.
On parle beaucoup de la rigidité des armées et parfois des militaires, s’agissant de la professionnalisation, ils ont fait un travail exceptionnel que peu d’administrations, par ailleurs, auraient été capables de faire, avec un tel résultat. Il est juste de le dire et de leur rendre hommage.
Il nous faut maintenant réfléchir pour que la communauté militaire puisse continuer à disposer d’un environnement favorable à l’exercice du métier des armes, dont on mesure les grandeurs, souvent, les servitudes, moins souvent, au sein d’une société qui privilégie les valeurs d’épanouissement personnel et même d’hédonisme plutôt que celles du sacrifice ou de l’abnégation.
Cela vaut aussi bien sûr pour la gendarmerie dont je confirme qu’elle doit à mes yeux conserver son statut militaire.
Je crois à la nécessité en la matière et même à l’obligation de rester vigilants sur la qualité et la diversité du recrutement dans nos armées. On ne soulignera jamais assez la contribution des armées à la cohésion sociale et nationale. Finalement, ce sont les seules administrations à recruter de l’ordre de 30 000 personnes par an, dont beaucoup sont des jeunes peu ou pas diplômés. Leur rôle d’ascenseur social et d’intégration est sans équivalent et doit être absolument préservé, de même que leur politique traditionnelle de promotion interne et de valorisation des acquis de l’expérience, même si j’ai noté ce matin qu’il y avait des progrès à faire.
Je souhaiterais par ailleurs dissiper un malentendu: la proposition que je fais d’expérimenter un service civique obligatoire pour l’ensemble des jeunes gens ne doit pas être interprétée comme le rétablissement du service militaire. Ce dispositif ne sera pas mis à la charge exclusive, ni même principale, des armées. Il y aura simplement un volet militaire et de sécurité qui pourra utilement contribuer à renforcer nos capacités de réaction face à des événements exceptionnels, nécessitant le déclenchement d’opérations importantes de protection et de secours aux populations.
Ce volet faciliterait la constitution d’une réserve pleinement opérationnelle, affectée en priorité à la protection du territoire et de la population.
Nous devons ensuite veiller à ce que les militaires ne décrochent pas du reste de la société. Ce serait un comble.
Ce n’est pas parce que l’abnégation et l’esprit de sacrifice demeurent les valeurs de la communauté militaire que nous ne devrions pas considérer le fait qu’ils décrochent comme un problème. Ce n’est pas parce qu’ils sont les derniers à avoir des valeurs bien utiles à la société française, que nous devrions les en récompenser en leur disant que puisqu’ils ont l’esprit de sacrifice, ce n’est pas grave de décrocher…
Les conditions d’exercice de leur métier, qui sont très contraignantes pour la vie personnelle et familiale, ne doivent pas les isoler, encore moins les marginaliser.
Je soutiendrai toutes les mesures facilitant la conciliation de leur vie professionnelle et de leur vie familiale, comme un meilleur accompagnement de la mobilité géographique tout au long de leur carrière. Ces déménagements fréquents nuisent à la scolarité des enfants, au taux d’emploi des conjoints et compliquent l’accès à la propriété ou la vie de couple. J’ajoute que les militaires doivent néanmoins s’adapter à la réalité du travail féminin. Il y a quarante ou cinquante, la mère de famille suivait son mari. Aujourd’hui, quand les deux travaillent dans le couple, qui peut considérer que ce que décide l’un, l’autre doive s’y adapter ? C’est beaucoup plus difficile.
J’observe par ailleurs que la rétribution des services rendus par les militaires n’est pas toujours à la hauteur de la reconnaissance que leur doit la nation, notamment en début de carrière. C’est pourquoi je poserai la question de la revalorisation de leurs traitements indemnitaires, à commencer par l’indemnité pour charges militaires.
Il faudra également prendre davantage en compte la féminisation de nos armées, actuellement de 14% mais qui pourrait encore s’élever.
Comment ne pas relever, à la veille de la journée internationale de la femme –qui en dit long quand même sur la réalité de la parité…- que cette féminisation rapide a insensiblement modifié les comportements et a beaucoup apporté à nos armées ? Les femmes, naguère essentiellement cantonnées au service de santé des armées, ont aujourd’hui accès à la quasi-totalité des fonctions et c’est une bonne chose. Nous devons nous adapter à cette nouvelle donne et faciliter leur vie familiale.
Conforter le lien terrorisme, c’est aussi renforcer la visibilité des débats autour de notre politique de défense, aujourd’hui confinée dans des cénacles trop étroits. Nos concitoyens doivent entendre parler de nos armées et de leurs missions et pas simplement à l’occasion du défilé du 14 juillet. Cette visibilité accrue passera par des réformes institutionnelles que j’ai évoqué mais également par une place plus affirmée de la politique de défense dans les débats du Parlement.
Mesdames et Messieurs,
La défense ne se distingue pas de l'Etat, qui reste la colonne vertébrale de la France. Voici pourquoi en 1958, la rénovation des institutions républicaines, le rétablissement de l'autorité de l'Etat et la modernisation de l'armée sont allés de pair.
Cette armée, dotée des équipements nécessaires à son engagement opérationnel, reconnue pour les compétences de ses soldats, est par nature une armée d'emploi. Une armée d'emploi au service de la France, mais aussi de l'Europe.
Il ne s'agit pas seulement pour la France d'assurer sa pérennité et son développement en tant que nation. Il s'agit au fond et avant tout de continuer à faire vivre une certaine idée de la liberté et, partant, de la dignité des hommes.
Le discours que je viens de prononcer devant vous vaut pour moi engagement. Je sais devant qui j’ai parlé, je sais à qui je m’adresse, à des femmes et des hommes qui ont fait don de leur vie à leur idéal.
Et, justement, parce que ce don est total, mon engagement politique à leur service et peut-être demain à leur tête se doit d’être à la hauteur, c’est-à-dire complet.
00:17 Publié dans Discours | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : 2007, sarkozy
13.02.2007
Discours de Nicolas SARKOZY en présence de ses comités de soutien à la Mutualité...
Mes chers amis,
Le 14 janvier à la Porte de Versailles, je me suis adressé à tous mes amis qui m’avaient accompagné jusque-là, à tous les militants dévoués et fidèles avec lesquels j’avais partagé tant de combats et je leur ai demandé, comme une nouvelle preuve de leur amitié, de me laisser libre, de me laisser libre d’aller vers les autres, vers celui qui n’avait jamais été mon ami, qui n’avait jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique, qui parfois même nous avait combattu.
Je leur ai demandé à tous de faire cet effort de comprendre que je ne devais pas être le candidat de la seule UMP, qu’à partir du moment même où ils m’avaient choisi je devais me tourner vers tous les Français, quels que soient leurs parcours, quelles que soient leurs origines, quelles que soient leurs sensibilités politiques, parce je dois parler à tous les Français, parce que je dois les rassembler tous. Parce que nul ne doit se sentir exclu de la politique de renouveau que je veux impulser.
Mes valeurs sont celles de la droite républicaine. Ce sont des valeurs d'équité, d’ordre, de mérite, de travail, de liberté, de responsabilité. Je les assume. Mais dans les valeurs auxquelles je crois, il y a aussi le mouvement. Je ne suis pas un conservateur. Je ne veux pas d’une France immobile. Je veux l’innovation, la création, la lutte contre les injustices. J’ai voulu faire entrer ces idées dans le patrimoine de la droite républicaine alors même que la gauche les délaissait.
C’est parce que je suis sûr de mes convictions, sûr de mes valeurs, sûr de mon projet, que je crois à la nécessité de l’ouverture aux autres, que je n’ai aucune réticence à affronter des idées différentes, des opinions différentes, que cet échange peut être fécond, enrichissant.
C’est l’absence de véritables convictions qui rend sectaire. C’est celui qui a peur de confronter ses idées à celles des autres parce qu’il se sent fragile qui pratique le plus facilement l’anathème, le rejet, l’exclusion.
J’ai voulu aussi que la politique cesse de chercher dans l’idéologie les réponses toutes faites aux questions que lui posent les Français. J’ai voulu qu’elle soit ouverte au débat, aux idées neuves, qu’elle soit ouverte sur le monde, sur les expériences étrangères.
Je suis heureux de pouvoir m'adresser pour cette première réunion des comités de soutien à ma candidature, à tant de gens venus d’horizons si divers.
Je suis heureux et fier que vous tous différents par vos histoires, par vos engagements, vous vous soyez reconnus dans notre projet, dans les valeurs que je défends.
Je suis heureux et fier que vous y ayez reconnu les valeurs de la France, que vous ayez pu y trouver des raisons de penser que ce que nous avons en commun est finalement plus important que ce qui nous sépare.
Je suis heureux et fier que chacun d’entre vous, sans renoncer à ce qu’il est, c'est capital à mes yeux, sans se renier, ait pu remonter à travers ce que j’ai dit depuis le début de cette campagne à ce qui nous unit, à ce qui fait de nous les enfants d’une même nation, les héritiers d’une même culture et d’une même histoire. Que vous y ayez trouvé assez de force pour oublier les figures imposées de notre vie politique, les vieux clivages si difficiles à dépasser, les vieux réflexes conditionnés par l’éducation et par une longue habitude. Que cela ait pu être possible est pour moi une joie et une raison d’espérer dans l’avenir de notre démocratie.
Que l’on me comprenne bien : je ne cherche à débaucher personne. L’idée du débauchage est contraire à ma démarche et à mon état d’esprit. Il ne s’agit pas de compter les ralliements venus de l’autre camp, il ne s’agit pas de faire quelques opérations superficielles ou quelques combinaisons partisanes. Il ne s’agit pas de faire monter je ne sais quelles enchères pour attirer quelques personnalités emblématiques qu’on aurait attendues ailleurs.
Il s’agit plus simplement dans cette campagne de ne plus se poser la question des étiquettes, mais de parler seulement des convictions de chacun. De faire ce constat que sur certains sujets, dans certaines circonstances, les citoyens d’un même pays aimant profondément leur patrie peuvent avoir des choses à se dire, peuvent se sentir en accord, peuvent échanger, travailler, construire ensemble au nom des mêmes principes, des mêmes convictions pour lesquels ils ont pu se battre tout au long de leur vie.
Quand des hommes de gauche me parlent de la justice sociale, je veux les écouter.
Quand des syndicalistes me parlent de la condition ouvrière, je veux les entendre.
Quand un électeur du Front National m’explique les peurs, les angoisses, les révoltes qui l’ont conduit à ce choix, je veux prendre le temps de comprendre.
Quand un instituteur qui n’a jamais voté à droite m’explique la grande misère du métier d’enseignant, je veux lui donner l'attention qu'il mérite.
Quand André Glucksmann me parle de la tragédie tchétchène, je veux reprendre ce combat à mon compte.
Quand Alain Finkielkraut me parle de la faillite de la culture, je dois l'assurer que je réagirai.
Quand Max Gallo me parle de la nation et de la République, je veux qu'il sache que j'ai compris.
Quand Enrico Macias vient me voir avec tout son cœur, toute sa générosité, pour me parler de la détresse de certaines situations d'enfants de sans-papiers, je veux agir.
Quand la famille d'Ingrid Betancourt vient me dire sa douleur, je dois l'assurer que si je suis élu, je ferai de sa libération une priorité absolue. Parce que c'est une française qui est dans le malheur, parce que c'est une famille français qui est dans peine, parce que c'est une femme qui souffre depuis 5 ans.
Si l’on n’est pas capable de cet effort,
Si l’on n’a pas envie de faire cet effort,
Si l’on est convaincu que le but de l’élection présidentielle c’est de faire gagner un parti,
Si le sectarisme est la seule ligne de conduite,
Si l’on ne supporte pas que l’autre puisse se reconnaître lui aussi dans ce que l’on considère comme faisant partie de sa propre histoire, alors il ne faut pas être candidat à la présidence de la République.
Car lorsqu’il s’agit de l’élection présidentielle, il s’agit de la France.
Et lorsqu’il s’agit de la France, il n’y a plus de camp.
Lorsqu’il s’agit de la France il n’y a plus de parti.
La France c’est le bien commun de tous les Français.
C’est le fondement de notre fraternité et de notre solidarité.
C’est le cadre de notre démocratie.
C’est le socle de notre République.
C’est le nom que nous donnons à notre volonté de vivre ensemble, à nos valeurs partagées, à l’idée de l’homme qui nous réunit.
Je me fais une haute idée de la France, de ce qu’elle incarne aux yeux du monde, de son intelligence, de sa culture, de sa vocation universelle.
J’ai fait mienne son histoire. Pour moi il n’y a pas une histoire de France de gauche et une histoire de France de droite. Il n’y en a qu’une parce qu’il n’y a qu’une seule France.
J’assume tout, je prends tout en partage et j’en suis fier. Je suis fier d’être un enfant de la patrie de Saint Louis, de Voltaire, de Victor Hugo, de Jaurès, de Blum, du Général de Gaulle, de Schuman, de Monnet.
Quand Jaurès parle du travail dont la gauche ne parle plus, quand il propose une politique de l’éducation qui est le contraire de ce que la gauche prône depuis 40 ans, je me sens proche de Jaurès.
Quand je cite Léon Blum, ce visionnaire qui avait compris dès le début des années 20 que le communisme mènerait au stalinisme, je n’ai pas le sentiment de trahir mes valeurs.
Quand je dis que mes valeurs sont celles de la droite républicaine je ne me sens pas l’héritier des antidreyfusards ni des partisans de la collaboration avec les nazis. Quand je parle de l’histoire de France je ne dis pas que toutes les erreurs sont imputables à des hommes qui se réclamaient de la gauche et tous les succès à des hommes qui se réclamaient de la droite, contrairement à ceux qui font semblant de croire que tous les antidreyfusards étaient de droite et tous les résistants de gauche.
Je suis fier d’être l’enfant d’un pays où les hommes sont libres, où la conscience est libre, où l’intelligence est libre, où la parole est libre.
Je suis fier d’être l’enfant d’un pays qui a tant donné à la civilisation, à l’art, à la pensée.
Je me fais une haute idée de la fonction présidentielle, de ce qu’elle représente, des responsabilités qui lui incombent, des devoirs qu’elle implique.
Le Président de la République n’a de devoirs qu’envers la France. Il l’incarne. Il incarne sa souveraineté, son idéal. Il en est la voix, le visage.
Le Président de la République n’a de responsabilité que vis-à-vis du peuple. Il porte ses aspirations, sa volonté.
Le Président de la République représente l’Etat. Il en garantit l’impartialité, l’autorité, la continuité.
Il est l’homme de la nation, de la nation tout entière.
Si je suis élu, je serai un Président pour tous les Français y compris celui qui ne m'aura pas choisi.
Je ne serai pas là pour moi-même, je n’agirai pas pour moi-même et ne parlerai pas pour moi-même.
Je serai là pour la France, je n’agirai que pour elle, je ne parlerai que pour elle.
Je ne parlerai pas en mon nom mais au nom de tous les Français.
Je serai leur porte-voix, leur porte-parole, et d’abord de ceux que l’on n’entend jamais, de ceux dont la voix est trop faible, des plus humbles, des plus vulnérables.
Je ne serai pas le Président d’une France contre une autre. Je ne serai pas le Président d’une faction. Je ne serai pas le Président d’un clan.
Pour moi la fonction présidentielle, c’est d’abord une grande exigence.
Je veux être à la hauteur de cette exigence.
J’ai voté pour l’Union Européenne. J’ai proposé l’Union Méditerranéenne. Je ferai l’union de la nation. Je mettrai toute mon énergie à dénouer les conflits, à réparer les injustices, à éviter les tragédies, à empêcher que naissent des haines inexpiables.
L’union de l’Europe, l’union de la Méditerranée, l’union de tous les Français, telle sera l’exigence de ma politique si les Français me font confiance. Je veux être le Président de l’union de tous les Français.
Je veux être le Président de la réconciliation.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec la France.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec la République.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec le monde, avec l’Europe, avec la Méditerranée.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec leur Etat.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec leur école et avec leur université.
Je veux être le Président qui réconcilie la France de la fonction publique avec la France du privé.
Je veux être le Président qui réconcilie les croyants avec la laïcité et les laïcs avec les croyants.
Je veux être le Président qui réconcilie la France qui souffre avec la France qui réussit.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français entre eux, quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau, leur religion.
Je veux être le Président d’une France qui donne sa chance à chacun, qui redécouvre le vrai sens du mot « fraternité ».
Pour pouvoir être demain le Président de tous et pas seulement de quelques-uns, il me faut aller tout au long de cette campagne à la rencontre de l’ensemble des Français, il me faut leur parler à tous, il me faut les entendre tous.
L’exigence qu’un Président de la République doit s’imposer à lui-même, je veux me l’imposer dès maintenant.
Je veux aller voir ceux que l’on ne va jamais voir. Voici pourquoi je vais dans les usines.
Je veux rencontrer que l’on ne rencontre jamais. Voici pourquoi j'ai été à la prison pour femmes de Rennes.
Je veux rencontrer les paysans que l’on oublie.
Je veux rencontrer ceux qui travaillent dans les services et dont on oubli trop souvent les servitudes et les faibles revenus, les ouvriers que l’on avait passés par pertes et profits depuis que certains s’étaient mis à rêver d’une France sans usine.
Je veux aller dans les usines, dans les ateliers, où la droite n’allait jamais, où la gauche n’allait plus.
Je veux aller à la rencontre des femmes dont la situation dans notre société est si peu enviable.
Je veux aller parler à ceux qui se sentent abandonnés, à ceux qui se sentent victime de discrimination.
Je veux aller voir, écouter, parler à ceux auxquels on ne parle jamais parce qu’on a depuis longtemps renoncé à chercher des solutions à leurs problèmes, ceux dont on ne parle jamais parce qu’ils ne font pas parler d’eux, parce qu’ils ne se plaignent pas, parce qu’ils ont trop de fierté pour demander de l’aide, parce qu’ils ont trop de dignité pour accepter de devoir quelque chose à d’autres qu’à eux-mêmes.
Je veux être le candidat de la France qui travaille dure et qui pourtant n'arrive pas à s'en sortir.
Je veux rencontrer ceux qui ne sont pas d'accord avec moi et qui peut-être ne voteront jamais pour moi.
Je veux écouter leur point de vue, leurs arguments, leurs raisons.
Parce que eux aussi ils sont la France. Parce que eux aussi ils ont quelque chose à m’apprendre. Parce que si je suis élu, je parlerai aussi en leur nom. Parce que pour être Président de la République il faut assumer toute la diversité française. Parce qu’il faut que dans la politique de la France, chaque Français puisse retrouver une part de lui-même.
Dans l’idée que je me fais de la fonction présidentielle, le Président de la République, sans rien renier de sa propre histoire, de ses valeurs, de ses engagements, doit être en mesure de prendre en compte toutes les opinions, tous les sentiments, toutes les souffrances, tous les refus, toutes les aspirations.
C'est justement parce qu'il est sûr de ses convictions qu'il doit être l’homme de bonne volonté dans lequel tous les hommes de bonne volonté savent qu’ils peuvent trouver une attention, une écoute, une compréhension, un respect.
Quand on est sûr de son identité on n'a pas besoin de la rigidité qui n'est que l'instrument des faibles.
Il doit être l’homme capable de faire autant pour celui qui partage ses opinions et pour celui qui ne les partage pas.
Dans l’idée que je m’en fais, la fonction présidentielle exige de dépasser ses préventions, ses a priori, d’ouvrir son esprit et de le rendre accueillant à des idées différentes.
Dans l’idée que je m’en fais, la fonction présidentielle exige plus qu’une forme de dévouement. Elle exige une forme d’ascèse.
Je veux être un Président qui fera ce qu'il a dit qui montre la voie et qui gouverne, et en même temps un Président qui rassemble.
Je veux être un Président qui prend ses responsabilités au grand jour et qui en même temps reste un ultime recours.
J’ai une très haute opinion de la fonction présidentielle parce que j’ai une très haute opinion de la France.
Derrière l’abaissement de la fonction présidentielle il y a très souvent l’abaissement de la France.
L’abaissement de la fonction présidentielle c’est l’Etat sans direction, abandonnant tout le pouvoir à la bureaucratie. Ne cédons pas à la facilité de reprocher aux fonctionnaires d'assumer un pouvoir que tant de politiques ont renoncé à exercer.
C’est l’Etat soumis aux groupes de pression, aux corporatismes et aux clientèles.
C’est l’Etat laissant le champ libre aux féodalités.
C’est le risque plus grand de l’impuissance publique.
C’est la responsabilité diluée.
C’est l’abaissement de la République.
Derrière la dévalorisation de la fonction présidentielle il y a la méfiance envers le peuple.
Il y a cette conviction - qui est une trahison de la démocratie - qu’il est souhaitable de tenir la politique à l’abri de ce qu'on appelle avec mépris "les passions populaires". Il y a cette idée, qui est inacceptable, qui est scandaleuse, que le peuple est trop déraisonnable, trop aveuglé par ses pulsions, trop influençable pour que l’on puisse lui faire confiance.
Il y a cette conviction que le peuple est dangereux, parce que le peuple seront toujours à la recherche de l’homme providentiel, toujours prêt au plébiscite.
Je ne partage pas cet opinion. Je crois en la démocratie. J'ai confiance dans la lucidité de notre peuple.
C’est la vieille histoire des élites qui ont peur du peuple. C’est la vieille histoire des oligarchies qui confisquent le pouvoir.
Mais que reste-t-il de la démocratie si l’on a peur du peuple ? Si l’on se méfie de la politique quand elle exprime la souveraineté du peuple ? Si l’on retire au peuple le droit de décider lui-même de son avenir pour le confier à des experts, à toutes sortes de gens qui n’ont de comptes à rendre à personne, qui s’autojustifient, qui s’autoévaluent, qui s’autosatisfont ?
L’élection du Président de la République au suffrage universel n’affaiblit pas la démocratie. Elle l'a renforcé.
Parce qu’elle dispose de la légitimité populaire, parce que nul ne peut y être élu en restant enfermé dans son camp, dans son parti, parce qu’elle lui impose une obligation de rassemblement au-delà des clivages, la fonction présidentielle ne doit pas être abaissée.
Elle ne doit pas être abaissée par des comportements sectaires, intolérants ou claniques.
Le Président de la République n'a pas le droit d'être l'homme d'un intérêt puisqu'il doit être celui de l'intérêt national.
Elle ne doit pas être abaissée par des comportements qui ne seraient pas dignes ou par des abus de pouvoir.
Ce n’est pas dans la réforme de la Constitution que se trouve la réponse au risque d’une excessive concentration des pouvoirs. Ce n’est pas par le changement de Constitution que sera écarté le risque d’un déséquilibre des pouvoirs au profit du pouvoir exécutif.
C’est dans les comportements et la pratique que se trouve la réponse.
Les porteurs de pancartes qui en 1958 criaient : « Le fascisme ne passera pas ! » en ont été pour leurs frais. Le Général de Gaulle n’a pas mis la République en danger, il l’a sauvée.
Et depuis un demi-siècle que la Ve République existe, ni la démocratie ni les libertés individuelles n’ont été mises en danger par quiconque.
Je veux être un Président qui gouverne mais je veux être un Président qui gouverne dans un esprit d’ouverture.
Je veux être un Président qui donne au Parlement des moyens de contrôle supplémentaires parce qu'en vérité, il ne peut y avoir de pouvoirs républicains sans un équilibre des pouvoirs. C'est tout particulièrement vrai en ce qui concerne les nominations à certains postes à hautes responsabilités. Je souhaite que les candidats soient entendus par des commissions parlementaires, que leur nomination soit ratifiée par un vote. Je souhaite que ce vote soit à la majorité qualifiée pour que l’opposition ait son mot à dire.
Je veux une démocratie irréprochable où le critère de la compétence l’emporte sur celui des amitiés et des connivences.
Je veux une démocratie irréprochable qui utilise toutes les compétences sans en exclure aucune pour des raisons politiques.
Je veux une démocratie irréprochable qui soit capable d’utiliser tous les talents, toutes les énergies, toutes les capacités.
Je veux une démocratie irréprochable où les garanties apportées aux libertés individuelles soient renforcées par l’adoption d’un habeas corpus à la française.
Je veux une démocratie irréprochable fondée sur le principe de l’équilibre des pouvoirs. Mais je ne souhaite pas que l’Etat soit paralysé par un jeu de contre-pouvoirs dont le seul but serait de se contrecarrer les uns les autres. Je ne souhaite pas que par démagogie l’on revienne à ces situations qui jadis ont rendu l’Etat impuissant, affaibli la République et fait le malheur de la France.
Après y avoir longuement réfléchi, je suis convaincu que la France n’a pas besoin d’un bouleversement institutionnel mais d’un nouveau rapport au pouvoir et à la politique fait de davantage de sincérité, de tolérance et de respect, d'honnêteté.
On n’affaiblit jamais la démocratie en donnant la parole au peuple. On affaiblit la démocratie quand on tient le peuple à l’écart. Quand on reste indifférent à ses attentes, quand on reste sourd à ses cris, quand on traite par le mépris ses peurs, ses angoisses, ses frustrations, quand on ne cherche même plus à lui donner des raisons d’espérer.
Ce ne sont pas les institutions de la Ve République qui menacent la démocratie et la république, mais l’attitude de ceux qui prétenderaient tout savoir et qui veulent faire la leçon à tous les autres alors qu’ils n’ont cessé d’échouer à résoudre les problèmes des Français.
Ce ne sont pas les institutions de la Ve République qui poussent un nombre toujours plus grand de Français à se réfugier dans l’abstention ou dans le vote extrême, mais le sentiment de plus en plus fort chez la plupart d’entre eux de ne pas avoir d’autre moyen pour se faire entendre.
Ce ne sont pas les institutions de la Ve République qui ont rendu la France du non majoritaire, mais la conviction de beaucoup de Français que la seule possibilité qu’il leur restait pour reprendre la maîtrise de leur destin était de dire non.
Notre démocratie, notre République ne souffrent pas d’une crise institutionnelle mais d’une crise morale.
Elles ne souffrent pas de trop de politique mais de pas assez de politique.
Elles ne souffrent pas d’un trop-plein de projets politiques mais d’un manque de projets politiques.
Elles ne souffrent pas d’un abus de volonté politique mais d’un affaiblissement de la volonté politique.
Elles ne souffrent pas d’un excès d’action mais d’un déficit d’ambition.
On a trop proclamé l’impuissance publique pour servir d’alibi à tous les abandons.
On a trop proclamé la fin de la politique pour servir d’excuse au fait de ne plus croire dans la politique.
On a trop dilué les responsabilités pour ne plus avoir à les assumer.
On a trop accusé l’économie, la mondialisation, les marchés financiers, l’Europe, quand c’étaient nos propres choix collectifs qui étaient responsables, quand c’était notre manque de volonté, notre manque de rigueur, notre manque de courage, notre manque de clairvoyance qui étaient en cause.
Comment s’étonner qu’à force de répondre « je n’y peux rien » à chaque fois que le peuple demande des comptes, la défiance se soit installée ?
Qui ne voit que dès lors que l’on prend le problème de la délinquance à bras-le-corps au lieu de le nier, les résultats sont au rendez-vous et la confiance revient ?
Qui ne voit que dès lors que l’on décide de s’attaquer vraiment au problème de la sécurité routière, le nombre d’accident diminue très vite et la confiance revient ?
Qui ne se souvient qu’en 1958 la crise politique, morale, financière qui paraissait inextricable s’est trouvée résolue en quelques mois et que la confiance est aussitôt revenue parce que le Général De Gaulle avait voulu ce que le personnel politique de la IVe République, empêtré dans le régime des partis, n’arrivait plus à vouloir ?
Qui ne comprend, au regard de l’histoire et de l’expérience, que la politique ne peut rien surtout quand elle ne veut rien ?
On dit qu’il est impossible d’apprendre à lire, à écrire et à compter correctement à tous les enfants de notre pays. Mais nos aïeux y parvenaient quand dans les campagnes la plupart des parents ne parlaient pas le Français. Quels moyens avaient-ils que nous n’avons pas ?
On me dit qu’il est impossible d’atteindre le plein emploi. Mais les autres y parviennent. Pourquoi pas nous ?
On me dit qu’il est impossible d’augmenter le pouvoir d’achat des Français. Mais depuis 25 ans les salaires ont augmenté plus vite ailleurs. Pourquoi pas en France ?
On me dit qu’il est impossible de maîtriser le libre-échange. Mais l’Amérique le fait. Pourquoi pas l’Europe ?
On me dit qu’il est impossible de permettre à toutes les mères de faire garder leurs enfants pour pouvoir travailler. Mais le Danemark le fait. Pourquoi pas la France ?
On me dit qu’il est impossible de rendre effectif le droit opposable au logement. Mais l’Ecosse y arrive. Pourquoi pas la France ?
On me dit que cela coûte cher de garder les enfants en étude surveillés pour qu’ils fassent leurs devoirs au lieu d’être livrés à eux-mêmes à une heure où les parents travaillent, on me dit que cela coûte cher de construire des internants d’excellence pour les enfants de milieux modestes qui ne peuvent pas étudier chez eux, on me dit que c’est cher de créer des écoles de la deuxième chance dans tous les départements. Mais cela coûte beaucoup plus cher de ne pas le faire car alors on laisse nos enfants à la loi de la rue. Qui osera un jour dire le gâchis que cela représente.
On me dit que le service civique obligatoire c’est trop cher. Mais la désocialisation de la jeunesse, cela coûte beaucoup plus cher.
On me dit que la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche va coûter cher. Mais laisser notre université et notre recherche dans l’état où elles sont nous coûte beaucoup plus cher si on veut bien considérer l'avenir en regardant ce que font nos concurrents
On me dit que cela coûte cher d’exonérer les heures supplémentaires d’impôts et de charges sociales. Mais c’est le travail qui crée le travail. Ceux qui travailleront plus pour gagner plus dépenseront plus, en dépensant plus ils créeront de l’activité et cette activité supplémentaire fera entrer des recettes dans les caisses de l’Etat.
Crois-t-on qu'on gagnera plus de croissance en restant les bras croisés à travailler moins alors que le monde ne cesse de travailler plus.
On me dit qu’une allocation familiale dès le premier enfant c’est cher et que ce n’est pas incitatif pour la natalité. Mais avant d’avoir un troisième enfant il faut d’abord en avoir un, et il ne suffit pas d’avoir des enfants, il faut aussi avoir les moyens de les élever correctement. Pour les jeunes ménages c’est souvent le premier enfant qui représente l’effort financier le plus important. Et cet enfant, c’est notre avenir à tous.
Et quand il s'agit d'avenir, il faut avoir de l'ambition.
On me dit que le droit à la formation tout au long de la vie, cela coûte cher. Mais ne pas l’instaurer quand le monde entre dans l’économie de la connaissance, cela ravagera les Français qui ne sauront exercer que les métiers qui n'existaient plus.
On me dit que les finances publiques ne laissent aujourd’hui aucune marge de manœuvre. Mais c’est en travaillant plus que la France remboursera sa dette publique et paiera ses retraites, pas en mettant en œuvre le énième plan d’austérité.
Il manque à la France un point de croissance par an. Elle ne résoudra aucun de ses problèmes si elle ne retrouve pas ce surcroît de croissance.
Pour avoir plus de croissance la France doit investir.
Alléger la fiscalité sur le travail, c’est un investissement.
Réformer l’Etat c’est un investissement.
Réformer l’enseignement supérieur et la recherche, c’est un investissement.
Donner aux parents les moyens de mieux élever leurs enfants, c’est un investissement.
Créer des écoles de la deuxième chance, c’est un investissement.
Donner un droit à la formation tout au long de la vie, c’est un investissement.
Apprendre à lire, écrire et compter à tous les enfants, c’est un investissement.
On a trop confondu le courage politique avec la politique des sacrifices.
On a trop cherché le salut collectif dans la vertu du sacrifice.
Les sacrifices sont parfois nécessaires. Mais dans ce cas tout le monde doit en faire. Je trouve que la morale de la politique c’est d’abord de ne pas imposer aux autres des sacrifices que l’on est incapable de s’imposer à soi-même.
Cela fait 25 ans que les Français font des sacrifices. Je veux proposer aux Français non une politique de sacrifice, mais une politique d’effort.
Le sacrifice c’est moins pour tout le monde.
L’effort c’est la récompense du mérite. Donc davantage pour ceux qui veulent s'en sortir.
Le sacrifice c’est travailler plus pour gagner moins. L’effort c’est travailler plus pour gagner plus.
Le sacrifice c’est la flexibilité sans contrepartie.
L’effort c’est moins protéger l’emploi et davantage protéger les personnes.
Le sacrifice c’est la baisse des allocations chômage.
L’effort c’est d’être obligé de reprendre un travail qui correspond à ses qualifications et bénéficier en même temps d’une assurance salaire.
Je crois à la politique, je crois à la capacité de la politique à changer les choses.
Je crois que lorsqu’il n’y a plus de politique, l’homme se trouve livré à des déterminismes sur lesquels il n’a aucune prise.
La fin de la politique c’est l’homme soumis à des forces qu’il ne peut pas contrôler, c’est la loi du plus fort et la sélection naturelle.
La politique c’est l’union qui fait la force et c’est le projet collectif. La politique c’est ce qui rend possible la civilisation. C’est ce qui donne la parole aux hommes, qui leur donne un droit de regard sur leur destinée, pour le meilleur ou pour le pire.
Je crois à la politique comme l’expression d’une volonté humaine face à la nature des choses.
C’est bien pour cela que je suis candidat. Pour changer les choses. Pour dresser une volonté humaine contre la fatalité. Pour combattre la tentation du renoncement. Je ne comprends pas que l’on puisse être candidat seulement pour accompagner le mouvement sans vouloir à aucun moment l’infléchir. Je ne comprends pas que l’on puisse être candidat en ayant chevillée au corps l’idée que la politique ne peut plus rien et en ayant comme idéal la démocratie d’opinion, parce que la démocratie d’opinion c’est l’ultime renoncement de la politique.
Pour moi la politique c’est de la volonté. C’est aussi des valeurs. Car la volonté en politique ne va pas au hasard. Le choix politique est d’abord un choix de valeurs. La crise actuelle est d’abord une crise des valeurs.
C’est une crise morale.
Je veux faire campagne sur les valeurs, sur la morale.
Je veux mettre la morale au cœur de mon projet politique.
Je veux réunir les Français sur des valeurs.
Je veux remettre à l’honneur des valeurs dont on ne parlait plus, des valeurs qui avaient disparu du débat politique mais dont je suis convaincu qu'elles demeurent bien vivantes dans le cœur des Français.
Je veux parler de la liberté.
La liberté de l’homme, on n’a pas cessé de la réduire en décidant de plus en plus à sa place comme s’il n’était plus capable de décider pour lui-même, de choisir son destin, d’assumer ses risques. On l’a privé de la liberté de choisir son rythme de travail. On lui a interdit de travailler plus quand il avait besoin de gagner davantage. On lui a interdit de travailler plus longtemps quand il n’avait pas envie de prendre sa retraite. On lui a interdit de choisir l’école de ses enfants. On lui a interdit de transmettre librement à ses enfants le fruit de son travail.
On l’a privé des moyens d’être libre. Car l’on n’est pas libre quand l’impôt prend plus de la moitié du revenu.
On n’est pas libre quand on ne peut pas loger décemment sa famille en travaillant.
On n’est pas libre quand on se lève tôt, quand on travaille dur et qu’on ne peut même pas offrir des vacances à ses enfants.
On n’est pas libre quand on ne peut pas mener de pair sa vie professionnelle et l’éducation de ses enfants. On n’est pas libre quand on n’a pas les moyens de faire garder ses enfants. On n’est pas libre quand il n’y a pas d’étude surveillée pour que les devoirs soient faits à l’école pendant que la mère travaille.
On n’est pas libre quand on n’a pas le droit d’emprunter lorsqu’on a été malade.
On n’est pas libre quand on ne peut pas financer ses projets parce que l’on n’a pas des parents assez riches pour apporter des garanties ou parce que l’on n’a pas de relations.
On n’est pas libre quand on a un diplôme qui ne vaut rien parce qu’on l’a dévalorisé pour pouvoir le donner à tout le monde.
On n’est pas libre quand l’école ne transmet plus les savoirs, ne donne plus accès à la culture et aux grandes œuvres de l’esprit, parce que l’ignorant n’est pas libre.
On n’est pas libre quand on est soumis au chantage des délocalisations, quand on vit dans l’angoisse de l’exclusion ou du déclassement, quand on vit avec au ventre la peur de la précarité.
On n’est pas libre quand on a 50 ans et qu’on est exclu du marché du travail.
On n’est pas libre quand, quoi que l’on fasse, on ne peut plus progresser.
On n’est pas libre quand on est privé des moyens d’accomplir ses rêves.
Je veux parler de la responsabilité.
L’homme n’est pas libre s’il n’est pas responsable de ses actes.
La responsabilité c’est la dignité.
La responsabilité c’est la condition de l’estime de soi.
L’égalitarisme c’est le contraire de la responsabilité parce qu’avec l’égalitarisme il n’y a plus de rapport entre les actes et les résultats.
L’assistanat c’est le contraire de la responsabilité parce qu’avec l’assistanat l’homme subit au lieu de vouloir.
L’égalitarisme et l’assistanat sont dégradants pour la personne humaine. Ils empêchent ceux qui veulent réussir de réussir. Ils démoralisent ceux qui se donnent du mal. Ils rendent toujours plus dépendants et plus vulnérables ceux qui en bénéficient. Ils tirent tout le monde vers le minimum au lieu de tirer chacun vers le maximum.
Je veux être le Président d’une France dans laquelle l’Etat aide ceux qui en ont besoin, ceux que les accidents de la vie ont abîmés au point qu’ils n’arrivent plus à se tenir debout tout seuls. Ma France, c’est celle où l’Etat ne laisse personne dans la détresse, où l’Etat tend la main à l’enfant pauvre, au malade, au handicapé, à la personne âgée qui est dépendante, où l’Etat accompagne ceux qui veulent s’en sortir, ceux qui sont prêts à faire un effort sur eux-mêmes, où l’Etat donne à ceux qui n’ont plus la force de vouloir, l’énergie de vouloir de nouveau.
Car vouloir pour soi-même, c’est espérer encore. Et toute la grandeur de l’homme est dans cette espérance qui le pousse à se dépasser, qui fait de sa vie une aventure dans laquelle rien n’est écrit par avance, qui le fait acteur et non spectateur de sa propre histoire.
Je veux être le Président d’une France où la politique aura pour but que brûle toujours dans le cœur de chacun la flamme de l’espérance qui indique à l’homme qu’il est maître de sa destinée.
Si je souhaite qu’il n’y ait plus aucun revenu d’assistance sans une activité d’intérêt général qui en soit la contrepartie, c’est parce que je veux que celui qui est secouru retrouve l’estime de lui-même dans la reconnaissance de son utilité sociale.
Je veux parler de l’ordre.
L’ordre, c’est le principe selon lequel tout ne se vaut pas. C’est le contraire de ce système de pensée et de valeurs dans lequel l’élève est l’égal du professeur, dans lequel le délinquant compte autant que la victime, dans lequel celui qui ne se donne aucun mal est autant considéré que celui qui s’en donne beaucoup.
L’ordre, c’est l’échelle des valeurs qui est reconnue, les devoirs qui sont inséparables des droits.
C’est l’honnêteté. C’est le civisme. C’est la confiance. C’est l’Etat de droit. C’est quand chacun sait ce qu’il a à faire et ce qu’il peut raisonnablement attendre des autres.
L’ordre, c’est quand l’autorité du maître est respectée, c’est quand l’école apprend à l’enfant à faire la différence entre le bien et le mal, à distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, à apprécier ce qui est beau et ce qui est grand.
L’ordre, c’est quand la loi est la même pour tous, quand le crime est puni et le mérite récompensé.
L’ordre, c’est quand la victime compte plus que le délinquant. C’est quand le travail paye plus que l’inactivité, quand on cesse de s’appauvrir en travaillant et de s’enrichir en spéculant.
L’ordre, c’est quand le capitalisme est régulé, quand la concurrence est loyale, c’est quand l’entrepreneur est davantage valorisé que le prédateur, c’est quand les gains sont équitablement répartis entre le capital et le travail, c’est quand le dialogue prévaut sur la violence, c’est quand personne n’est obligé de descendre dans la rue pour faire valoir son point de vue, c’est quand les usagers ne sont pas pris en otages par les grévistes, c’est quand chacun peut circuler sans craindre de se faire agresser.
Je veux parler du mouvement.
Le mouvement, c’est l’audace, c’est l’innovation, c’est le progrès, c’est l’appel de la justice. C’est la conviction que l’intelligence et le travail des hommes peuvent améliorer le sort des générations futures. C’est l’optimisme des Lumières. C’est Condorcet poursuivi par les agents de la Terreur qui veulent l’assassiner et qui trouve encore en lui la force d’écrire : « La contemplation de l’espèce humaine marchant dans la route de la vérité, de la vertu et du bonheur est un asile pour le philosophe où le souvenir de ses persécuteurs ne peut le poursuivre ». Le mouvement c’est la liberté de l’esprit. C’est la raison critique dressée contre la folie des hommes. C’est la foi dans la science et dans l’éducation.
Je veux parler de la vie.
Cette vie qui est devenue plus dure, plus lourde parce qu’on est plus isolé que jadis, parce que les solidarités se sont distendues, parce qu’il y a moins de solidarité familiale, moins de solidarité de voisinage, moins de solidarité de métier. Jadis le niveau de vie était moins élevé mais l’homme n’était pas seul, il était entouré, il était pris en charge, il était protégé. Il était moins libre, mais il pouvait partager les fardeaux de l’existence. Il pouvait s'appuyer sur une trame de relations humaines et sociales parfois étouffante mais qui lui permettait d'échapper à l’angoisse de la solitude. Cette solitude paradoxale qui fait nos villes surpeuplées et tant de ceux qui y vivent des êtres isolés les uns des autres.
Aujourd’hui le voilà seul ou presque dans un monde de stress, d’incertitude, confronté à la peur de perdre son emploi, à la dégradation de ses conditions de travail, à la pression de la concurrence, à l’exigence de compétitivité, de performance. Les grandes maladies du siècle s’appellent aussi le mal de vivre, le malaise existentiel de la jeunesse, le suicide. On n’en parle jamais. On en a honte. Je veux parler de cela aussi. A côté de la misère, de la pauvreté, je veux parler de la maladie, de la dépression, de ce qui atteint la personne au plus profond de son être, du regard que la société porte sur ces fléaux, sur cette souffrance qui n’est pas matérielle mais qui est humaine, qui est physique, qui est morale. La vie est devenue si lourde pour certains de nos compatriotes. Je veux engager puissamment la recherche médicale Française vers le soulagement de ce mal dont on parle si peu mais qui est si présent pour les jeunes comme les moins jeunes et qui n'est rien d'autre que le mal de vivre.
L’histoire de France avance non par un impossible consensus ou une médiocre politique du juste milieu mais par la synthèse qui dépasse les contradictions.
C’est le miracle de la France de conjuguer une identité si forte avec une aspiration si grande à l’universalisme.
C’est le miracle de la France d’être une grande patrie faite d’une multitude de petites patries unies par une formidable volonté de vivre ensemble, de partager une langue, une histoire, une façon d’être et de penser, où chacun se reconnaît dans un idéal et un destin communs sans que soient effacés les histoires personnelles et les destins particuliers.
C’est le miracle de la France d’avoir forgé de l’unité sans jamais fabriquer de l’uniformité.
C’est le miracle de la France de combiner une aussi haute idée de l’Etat avec une passion aussi grande de la liberté.
C’est le miracle de la France d’être aussi fortement attachée à l’idée de nation et en même temps aussi ouverte sur le monde.
C’est le miracle de la France d’aimer d’une même passion l’égalité et le mérite, le sentiment et la raison.
Notre pays qui a construit son identité sur la synthèse entre l’Ancien Régime et la Révolution, son Etat sur la synthèse entre l’Etat capétien et l’Etat républicain qui a permis à ceux qui croient au Ciel de cohabiter avec ceux qui n’y croient pas grâce à la synthèse laïque ; notre pays qui n’en aura jamais fini avec les Girondins et les Jacobins, mais qui entre le drapeau rouge et le drapeau blanc a choisi le drapeau tricolore et l’a couvert de gloire, notre pays attend une nouvelle synthèse pour épouser ce siècle et se réconcilier avec lui-même. Et pour espérer de nouveau.
C’est cette nouvelle synthèse que je veux proposer à tous les Français entre la liberté et la responsabilité, entre l’ordre et le mouvement, entre l’Etat et le marché, entre la République et la démocratie, entre la nation et l’Europe, entre la France et la Méditerranée.
Rien n’est encore joué. Je me sens l'esprit d'un challenger. Il appartient aux Français de décider. Je connais la difficulté de ma tâche. Je sais qu'il convient d'être humble face aux jugements des Français. Cette campagne ne fait que commencer. Je m’en tiendrai à la ligne de conduite que je me suis fixée : présenter mon projet, mes idées, mes propositions, ma vision de la France, ma conception de la République, l’idée que je me fais de la fonction présidentielle.
Je sais que les Français écoutent. Je veux qu'ils m'entendant. Tout peut devenir possible si j'arrive à construire ce rassemblement dont la France a tant besoin.
Rassembler autour de ce projet le plus grand nombre de Français qui, sans renoncer à ce qu’ils sont, y reconnaîtront une conception de l’homme qui est aussi la leur, des valeurs qui sont aussi les leurs et y trouveront le socle d’une ambition commune capable de redonner à la France l’énergie, l’enthousiasme, la force qui lui permettront de nouveau d’étonner le monde.
Ceux qui ne disent rien me reprochent d’en dire trop !
Je continuerai.
Je continuerai à dire ce que je ferai si je suis élu.
Je continuerai à dire sur quoi je m’engage.
Je ne mentirai pas, je ne tricherai pas.
Je prendrai le risque de la vérité parce qu'on le doit à la France.
J’assumerai tous mes choix.
J'ai dit dés le début de la campagne que je voulais bâtir avec tous les Français un nouveau pacte républicain fondé sur la confiance et sur le respect.
Ce pacte, c'est mon engagement. Si je suis élu, il sera ma règle, mon exigence.
C'est sur ce pacte que je demande à être jugé.
Les Français décideront.
Les Français diront quel débat ils veulent au second tour.
Que chacun dise ce qu’il veut. Ce que sont ses valeurs.
Que le débat prenne de la hauteur. Qu’il contribue à réconcilier les Français avec la politique, avec la démocratie.
J'ai confiance dans la sagesse de notre peuple.
Vive la République !
Vive la France !
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14.01.2007
Discours du Congrés UMP du 14 Janvier 2007...
Mes chers amis,
Dans ce moment que chacun devine si important pour la France, si important pour l'avenir de chacune de vos familles, si important pour moi, plus que n'importe quel autre sentiment, ce qui m'étreint surtout c'est une émotion profonde. Cette émotion, j'aurais pu essayer de la qualifier, j'aurais pu l'exprimer dans un mot, j'aurais pu vous dire merci mais ce merci n'aurait pas été à la hauteur de ce que j'éprouve en cet instant. Il y a des sentiments qui sont si forts qu'il n'y a pas de mot assez grand pour les dire. Il y a des sentiments qui se ressentent tellement qu'on n'a pas besoin de les nommer.
Cette émotion qui me submerge au moment où je vous parle, je vous demande de la recevoir simplement comme un témoignage de ma sincérité, de ma vérité, de mon amitié.
A l'orée de cette campagne où pendant des semaines je vais beaucoup donner, beaucoup recevoir et, peut-être, beaucoup payer- je veux que chacun d'entre vous soit convaincu de la farouche détermination, de l'énergie infinie que j'irai puiser dans la part la plus profonde de moi-même pour faire triompher la cause qui nous unit tous. Je le sais aujourd'hui, je n'ai pas le droit de vous décevoir, pas le droit d'hésiter, tout simplement pas le droit d'échouer !
Toute ma vie j'ai rêvé d'être utile à la France, à mon pays, à ma patrie. Aujourd'hui vous venez de réaliser la première étape de ce rêve. Seule compte à cet instant l'espérance de la foule immense que vous formez, tendue vers un seul but : la victoire de la France. Seul compte l'enthousiasme de cette grande famille qui est la tienne Cher Alain JUPPE. Sans toi et sans la victoire de Jacques CHIRAC en 2002 elle n'aurait jamais existé.
Oui, mes chers amis, tous ensemble réunis, unis, solidaires, tout devient possible.
A cet instant où pour moi tout change, je ne peux m'empêcher de penser à ceux qui m'ont fait rêver d'une autre destinée, d'une vie plus grande, d'un avenir plus passionnant. Ils ont été pour moi une source de réflexion, d'espérance, et même parfois de confiance.
Eux, ce sont les héros de la Résistance et de la France Libre, ces hommes avec lesquels j'ai fait mes premiers pas en politique, ces hommes qui venaient d'une époque où la politique s'était confondue avec le patriotisme et l'épopée. Ils avaient maintenu l'honneur de la France. Ils l'avaient reconstruite, ils l'avaient réconciliée avec l'Allemagne. Ils avaient fait l'Europe, fondé la Vème République. Ils avaient toujours été en avance sur leur temps.
Il m'ont appris, parce qu'ils le savaient mieux que quiconque, ce qu'était le gaullisme : non une doctrine que le Général de Gaulle n'avait jamais voulu mais une exigence morale, l'exercice du pouvoir comme un don de soi, la conviction que la France n'est forte que lorsqu'elle est rassemblée, la certitude que rien n'est jamais perdu tant que la flamme de la résistance continue de brûler dans le cœur d'un seul homme, le refus du renoncement, la rupture avec les idées reçues et l'ordre établi quand ils entraînent la France vers le déclin.
Ces hommes furent grands dans la guerre comme dans la paix. Ils avaient toujours fait ce qu'ils devaient faire.
Je veux rendre hommage à Jacques Chaban-Delmas, général de la résistance à 29 ans, au rêve si beau, si prémonitoire, de la Nouvelle Société. Son dernier grand combat politique fut pour moi le premier. J'avais 17 ans et l'impression de partir à la guerre. C'était la fin d'une époque, celle où le gaullisme ne pouvait plus appartenir à un parti.
Je veux rendre hommage à Achille Peretti, grand résistant, qui me confia mon premier mandat de conseiller municipal. Comme je veux dire mon amitié à Edouard Balladur qui m'a fait confiance en me donnant mes premières responsabilités ministérielles alors que j'étais si jeune encore. Je veux dire mon respect à Jacques CHIRAC qui en 1975 à Nice m'a offert mon premier discours.
Ils m'ont enseigné, à moi petit Français au sang mêlé, l'amour de la France et la fierté d'être français. Cet amour n'a jamais faibli et cette fierté ne m'a jamais quittée. Longtemps ce sont des choses que j'ai tues. Longtemps ce sont des sentiments que j'ai gardés pour moi, comme un trésor caché au fond de mon cœur que je n'éprouvais le besoin de partager avec personne. Je pensais que la politique n'avait rien à voir avec mes émotions personnelles. J'imaginais qu'un homme fort se devait de dissimuler ses émotions. J'ai depuis compris qu'est fort celui qui apparaît dans sa vérité. J'ai compris que l'humanité est une force pas une faiblesse.
J'ai changé. J'ai changé parce qu'à l'instant même où vous m'avez désigné j'ai cessé d'être l'homme d'un seul parti, fût-il le premier de France. J'ai changé parce que l'élection présidentielle est une épreuve de vérité à laquelle nul ne peut se soustraire. Parce que cette vérité je vous la dois. Parce que cette vérité je la dois aux Français.
J'ai changé parce que les épreuves de la vie m'ont changé. Je veux le dire avec pudeur mais je veux le dire parce que c'est la vérité et parce qu'on ne peut pas comprendre la peine de l'autre si on ne l'a pas éprouvée soi-même.
On ne peut pas partager la souffrance de celui qui connaît un échec professionnel ou une déchirure personnelle si on n'a pas souffert soi-même. J'ai connu l'échec, et j'ai dû le surmonter.
On ne peut pas tendre la main à celui qui a perdu tout espoir si l'on n'a jamais douté. Il m'est arrivé de douter. N'est pas courageux celui qui n'a jamais eu peur. Car le courage c'est de surmonter sa peur.
Cette part d'humanité, je l'ai enfouie en moi parce que j'ai longtemps pensé que pour être fort il ne fallait pas montrer ses faiblesses. Aujourd'hui j'ai compris que ce sont les faiblesses, les peines, les échecs qui rendent plus fort. Qu'ils sont les compagnons de celui qui veut aller loin.
J'ai changé parce que le pouvoir m'a changé. Parce qu'il m'a fait ressentir l'écrasante responsabilité morale de la politique. Le mot "morale" ne me fait pas peur.
J'ai changé parce que nul ne peut rester le même devant le visage accablé des parents d'une jeune fille brûlée vive. Parce que nul ne peut rester le même devant la douleur qu'éprouve le mari d'une jeune femme tuée par un multirécidiviste condamné dix fois pour violences et déjà une fois pour meurtre. Dans son regard on lit l'incompréhension de celui qui ne comprend pas comment l'indicible a pu être possible. Je suis révolté par l'injustice et c'en est une lorsque la société ignore les victimes. Je veux parler pour elles, agir pour elles et même, même s'il le faut crier en leurs noms.
J'ai changé parce qu'on change forcément quand on est confronté à l'angoisse de l'ouvrier qui a peur que son usine ferme.
J'ai changé quand j'ai visité le mémorial de Yad Vashem dédié aux victimes de la Shoah. Je me souviens, au bout d'un long couloir, d'une grande pièce avec des milliers de petites lumières et des prénoms d'enfants de 2 ans, de 4 ans, de 5 ans prononcés à voix basse de façon ininterrompue. C'était le murmure des âmes innocentes. Je me suis dit alors que c'était cela la politique : faire barrage à la folie des hommes en refusant de se laisser emporter par elle.
J'ai changé quand j'ai lu à Tibhirine le testament bouleversant de frère Christian, enlevé puis égorgé par des fanatiques avec six autres moines de son monastère. Le GIA avait prévenu : « nous égorgerons ». On retrouva les sept têtes des moines suppliciés sans leurs corps.
Deux ans auparavant, cet homme de charité avait par avance pardonné à son assassin : « s'il m'arrivait un jour d'être victime du terrorisme, (…). Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui les enfants de l'Islam tels qu'il les voit (…). Et toi aussi l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. Oui pour toi aussi je le veux, ce Merci, cet « A-Dieu » (…). Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis s'il plaît à Dieu notre Père à tous deux ! » Par son humanité immense, par sa volonté de rassembler les hommes le frère Christian fait honneur à la France laïque et républicaine.
A Tibhirine, j'ai compris ce qu'est la force invincible de l'amour et le sens véritable du mot « tolérance ».
A Tibhirine, le frère Christian m'a enseigné, par-delà la mort, que ce que les grandes religions peuvent engendrer de meilleur est plus grand ce qu'elles peuvent engendrer de pire, que les extrémismes et les intégrismes ne doivent jamais être confondus avec le sentiment religieux qui porte une part de l'espérance humaine.
Opposer ce sentiment religieux à la morale laïque serait absurde. Nous sommes les héritiers de deux mille ans de chrétienté et d'un patrimoine de valeurs spirituelles que la morale laïque a incorporé. La laïcité à laquelle je crois, ce n'est pas le combat contre la religion. C'est le respect de toutes les religions.
J'ai changé quand j'ai rencontré Mandel, ce grand Français. J'avais voulu écrire sa vie pour réparer une injustice, pour changer le regard des autres sur cette destinée tragique. C'est mon regard sur la politique qui s'en est trouvé transformé. Georges Mandel avait la passion de la politique. En mars 1940, il est ministre de l'Intérieur.
Au milieu de la débâcle, il est l'un de ceux qui plaident pour la Résistance. Il est arrêté. Le 7 juillet 1944, des miliciens le tirent de sa prison et le font monter dans une voiture. Arrivé dans la forêt de Fontainebleau ils l'abattent d'une rafale de mitraillette.
Le 24 juillet, sa fille écrit à Pierre Laval : « Je suis encore bien petite et bien faible à côté de vous (…). Je veux vous dire M. Laval que je plains beaucoup votre fille. Vous allez lui laisser un nom qui marquera dans l'histoire. Le mien aussi. Seulement le mien sera celui d'un martyr."
Ce jour-là, la France s'appelle Claude Mandel. Elle a 14 ans, son père vient d'être assassiné non par l'occupant mais par des Français ennemis de la France.
La France, elle a 17 ans le visage de Guy Môquet quand il est fusillé : « 17 ans et demi… Ma vie a été courte ! Je n'ai aucun regret si ce n'est de vous quitter tous. »
La France, elle a 19 ans et le visage lumineux d'une fille de Lorraine quand Jeanne comparaît devant ses juges.
Elle a 32 ans et le visage d'un émigré italien naturalisé français, quand Gambetta quitte en ballon Paris assiégé pour organiser la résistance aux Prussiens.
La France, elle a 44 ans, le visage ensanglanté de Moulin quand il meurt sous la torture « sans avoir livré aucun secret, lui qui les savait tous. »
Elle a 50 ans et la voix du Général de Gaulle le 18 juin 1940.
Elle a 56 ans, le visage noir d'un petit-fils d'esclave devenu gouverneur du Tchad et premier résistant de la France d'Outre-Mer. Elle s'appelle Félix Eboué.
Elle a 58 ans et le visage de Zola quand il signe "J'accuse" pour défendre Dreyfus et la Justice.
Elle a 60 ans, le visage d'un proscrit qui s'appelle Victor Hugo lorsqu'au commencement des Misérables il écrit : « Tant qu'il y aura sur la Terre ignorance et misère des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles ».
Elle a 77 ans et la force du Tigre quand Clemenceau déclare en mars 1918 : « Je continue à faire la guerre et je continuerai jusqu'au dernier quart d'heure car c'est nous qui aurons le dernier quart d'heure ! »
Elle a la voix, la figure, la dignité d'une femme, d'une mère, rescapée des camps de la mort qui s'écrie à la tribune de l'Assemblée : "nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année mutilent les femmes de ce pays". Ce jour là, elle s'appelle Simone Veil.
Elle a la voix d'un jeune prêtre français, l'abbé Pierre, qui à la radio un jour de l'hiver 54 lance aux hommes son appel pathétique : « Mes amis au secours. Une femme vient de mourir gelée cette nuit, à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol (…). Devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre les hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure (…).
Elle a le visage, l'âge de Georges Pompidou quand il évite le pire en mai 68.
La France, elle a le visage, l'âge, la voix de tous ceux qui ont cru en elle, qui se sont battus pour elle, pour son idéal, pour ses valeurs, pour sa liberté.
Elle a le visage, l'âge, la voix de tous les Français qui ont au fond de leur cœur la conviction que la France n'est pas finie. Car elle n'est pas finie la France. Parce que dans mon cœur comme dans mon esprit, la France ne veut pas, ne doit pas, ne peut pas mourir.
A chaque fois qu'on l'a crue finie, elle a étonné le monde. A chaque fois elle s'est relevée. A chaque fois elle a su trouver en elle la force de ressusciter.
Ma France, c'est le pays qui a fait la synthèse entre l'Ancien Régime et la Révolution, entre l'Etat capétien et l'Etat républicain, qui a inventé la laïcité pour faire vivre ensemble ceux qui croient au Ciel et ceux qui n'y croient pas.
Ma France, c'est le pays qui, entre le drapeau blanc et le drapeau rouge a choisi le drapeau tricolore, en a fait le drapeau de la liberté et l'a couvert de gloire.
Ma France, c'est celle de tous les Français sans exception. C'est la France de Saint-Louis et celle de Carnot, celle des croisades et de Valmy. Celle de Pascal et de Voltaire. Celles des cathédrales et de l'Encyclopédie. Celle d'Henri IV et de l'Edit de Nantes. Celle des droits de l'homme et de la liberté de conscience.
Ma France, c'est celle des Français qui votent pour les extrêmes non parce qu'ils croient à leurs idées mais parce qu'ils désespèrent de se faire entendre. Je veux leur tendre la main.
Ma France, c'est celle des travailleurs qui ont cru à la gauche de Jaurès et de Blum et qui ne se reconnaissent pas dans la gauche immobile qui ne respecte plus le travail. Je veux leur tendre la main.
Ma France, c'est celle de tous ceux qui ne croient plus à la politique parce qu'elle leur a si souvent menti. Je veux leur dire : aidez-moi à rompre avec la politique qui vous a déçu pour renouer avec l'espérance.
Ma France, c'est celle de tous ces Français qui ne savent pas très bien au fond s'ils sont de droite, de gauche ou du centre parce qu'ils sont avant tout de bonne volonté. Je veux leur dire par-delà les engagements partisans que j'ai besoin d'eux pour que tout devienne possible.
Bien sûr il y a la droite et il y a la gauche. Mes valeurs sont les vôtres, celles de la droite républicaine. Ce sont des valeurs d'équité, d'ordre, de mérite, de travail, de responsabilité. Je les assume. Mais dans les valeurs auxquelles je crois, il y a aussi le mouvement. Je ne suis pas un conservateur. Je ne veux pas d'une France immobile. Je veux l'innovation, la création, la lutte contre les injustices. J'ai voulu faire entrer ces idées dans le patrimoine de la droite républicaine alors même que la gauche les délaissait.
Mais au-delà de la droite et de la gauche, il y a la République qui doit être irréprochable parce qu'elle est le bien de tous. Il y a l'Etat qui doit être impartial. Il y a la France qui est une destinée commune.
Etre de droite c'est refuser de parler au nom d'une France contre une autre. C'est refuser la lutte des classes. C'est refuser de chercher dans l'idéologie la réponse à toutes les questions, la solution à tous les problèmes. C'est refuser de voir dans le contradicteur un ennemi mais un citoyen dont on doit entendre les arguments.
Ma France, c'est une nation ouverte, accueillante, c'est la patrie des droits de l'homme. C'est elle qui m'a fait ce que je suis. J'aime passionnément le pays qui m'a vu naître. Je n'accepte pas de le voir dénigrer. Je n'accepte pas qu'on veuille habiter en France sans respecter et sans aimer la France. Je n'accepte pas qu'on veuille s'installer en France sans se donner la peine de parler et d'écrire le Français.
Je respecte toutes les cultures à travers le monde. Mais qu'il soit entendu que si on vit en France alors on respecte les valeurs et les lois de la République.
La soumission de la femme c'est le contraire de la République, ceux qui veulent soumettre leurs femmes n'ont rien à faire en France. La polygamie c'est le contraire de la République. Les polygames n'ont rien à faire en France. L'excision c'est une atteinte à la dignité de la femme, c'est le contraire de la République, ceux qui veulent la pratiquer sur leurs enfants ne sont pas les bienvenus sur le territoire de la République française.
Ma France, c'est une nation qui revendique son identité, qui assume son histoire. On ne construit rien sur la haine des autres, mais on ne construit pas davantage sur la haine de soi. On ne construit rien en demandant aux enfants d'expier les fautes de leurs pères.
De Gaulle n'a pas dit à la jeunesse allemande : « vous êtes coupables des crimes de vos pères ». Il lui a dit : « je vous félicite d'être les enfants d'un grand peuple, qui parfois au cours de son histoire a commis de grandes fautes ».
Au peuple de notre ancien empire nous devons offrir non l'expiation mais la fraternité.
A tous ceux qui veulent devenir Français nous offrons non de nous repentir mais de partager la liberté, l'égalité et la fierté d'être Français. Gardons-nous de juger trop sévèrement le passé avec les yeux du présent. Tous les Français durant la guerre n'étaient pas pétainistes. Les pêcheurs de l'île de Sein, les paysans du Vercors n'étaient pas pétainistes. Les paysans du Périgord qui cachaient au péril de leur vie les Juifs de Strasbourg n'étaient pas pétainistes. Tous les Français dans les colonies n'étaient pas des exploiteurs. Il y avait aussi parmi eux de petites gens qui travaillaient dur, qui n'exploitaient personne et qui ont tout perdu.
Français, prompts à détester votre pays et son histoire, écoutez la grande voix de Jaurès: « Ce qu'il faut ce n'est pas juger toujours, juger tout le temps, c'est se demander d'époque en époque, de génération en génération, de quels moyens de vie disposaient les hommes, à quelles difficultés ils étaient en proie, quel était le péril ou la pesanteur de leur tâche, et rendre justice à chacun sous le fardeau. »
Pourquoi la gauche n'entend-elle plus la voix de Jaurès ?
Comment penser que l'on pourra un jour faire aimer ce que l'on aura appris à détester ? Au bout du chemin de la repentance et de la détestation de soi il y a, ne nous y trompons pas, le communautarisme et la loi des tribus. Je refuse le communautarisme qui réduit l'homme à sa seule identité visible. Je combats la loi des tribus parce que c'est la loi de la force brutale et systématique.
Il ne s'agit pour personne d'oublier sa propre histoire. Les enfants des républicains espagnols parqués dans des camps de réfugiés, les enfants des Juifs persécutés par la Milice, les descendants des camisards des Cévennes, les fils des harkis n'ont rien oublié de leur histoire. Mais ils ont pris, comme moi, fils d'immigré, la culture, la langue et l'histoire de la France en partage, pour pouvoir mieux vivre une destinée commune.
Face au drame algérien, Camus avait dit : « Les grandes tragédies de l'histoire fascinent souvent les hommes par leurs visages horribles. Ils restent alors immobiles devant elles sans pouvoir se décider à rien qu'à attendre. »
Attendre quoi ? Sinon le pire ?
Il avait ajouté : « La force du cœur, l'intelligence, le courage suffisent pourtant pour faire échec au destin ».
Pourquoi la gauche n'entend-elle plus la voix de Camus ?
Qui ne voit qu'une fois encore avec du cœur, de l'intelligence et du courage la clé de notre unité et de notre avenir est dans la République et dans la démocratie ?
*
Depuis le premier jour où elle est apparue dans notre histoire, la République est un combat toujours recommencé pour l'émancipation de l'homme. La République commence quand la politique cesse d'être au service de la volonté de puissance pour se mettre au service du bonheur des hommes.
Le but de la République c'est d'arracher du cœur de chacun le sentiment de l'injustice.
Le but de la République c'est de permettre à celui qui n'a rien d'être quand même un homme libre, à celui qui travaille de posséder quelque chose, à celui qui commence tout en bas de l'échelle sociale de la gravir aussi haut que ses capacités le lui permettent.
Le but de la République c'est que les chances de réussite soient égales pour tous. C'est que l'enfant soit éduqué, le malade soigné, le vieillard arraché à la solitude, le travailleur respecté, la misère vaincue.
Le but de la République c'est la reconnaissance du travail comme source de la propriété et la propriété comme représentation du travail.
La République de Jules Ferry n'était pas celle de Danton. Celle du Général De Gaulle n'était pas celle de Jules Ferry. Mais c'était toujours le même idéal poursuivi par des moyens différents. La République n'est pas une religion. La République n'est pas un dogme. La République est un projet toujours inachevé.
Si nous voulons que la République redevienne un projet partagé, il nous faut passer de la République virtuelle à la République réelle.
La République réelle, c'est la République qui ne se contente pas d'inscrire la liberté, l'égalité et la fraternité sur ses monuments, mais qui les inscrit dans la réalité de la vie quotidienne.
La République réelle ce n'est pas la République où tout le monde reçoit la même chose. C'est la République où chacun reçoit selon son mérite ou son handicap.
La République réelle c'est celle qui fait plus pour celui qui veut s'en sortir et qui fait moins pour celui qui ne veut rien faire et dont la société ne peut accepter qu'il vive à son crochet.
La République réelle ce n'est pas la République où il n'y a que des droits et aucun devoir. C'est la République où les devoirs sont la contrepartie des droits. Je propose qu'aucun minimum social ne soit accordé sans la contre-partie d'une activité d'intérêt général.
C'est celle où les hommes et les femmes ont les mêmes droits, les mêmes salaires, les mêmes possibilités de carrière, la même considération.
C'est celle où les mères qui veulent travailler peuvent faire garder leurs enfants, où la maternité n'est pas un handicap pour la vie professionnelle, où les années consacrées à l'éducation des enfants sont prises en compte dans le calcul des retraites.
La République réelle à laquelle je crois c'est celle qui ne reste pas indifférente au sort de l'enfant pauvre, à la souffrance de ceux que la vie n'a pas épargnés. C'est celle qui garde tous les enfants dont les familles le souhaitent en étude surveillée quand les parents ne peuvent pas s'occuper d'eux parce qu'ils travaillent. Celle qui construit des internats d'excellence pour les élèves d'origine modeste parce qu'ils ne peuvent pas étudier chez eux.
La République virtuelle c'est celle qui fait de l'élève l'égal du maître. La République réelle à laquelle je crois c'est celle qui veut une école de l'autorité et du respect où l'élève se lève quand le professeur entre, où les filles ne portent pas le voile, où les garçons ne gardent pas leur casquette en classe.
La République virtuelle c'est celle qui veut donner un diplôme à tout le monde en abaissant le niveau des examens. La République réelle c'est celle qui veut donner une formation à chacun, celle qui n'a peur ni de l'orientation, ni de la sélection, ni de l'élitisme républicain qui est la condition de la promotion sociale. C'est l'école de l'excellence pas l'école du nivellement et de l'égalitarisme.
La République réelle, c'est celle où le sport n'est pas un ghetto réservé aux jeunes ou aux minorités visibles mais devient une école de la vie parce que les valeurs du sport transcendent tous les âges, toutes les différences, toutes les incompréhensions. Parce que le sport c'est une éthique universelle.
La République virtuelle c'est celle qui pratique l'assistanat généralisé mais qui laisse des gens mourir sur le trottoir. C'est celle qui proclame le droit au logement et qui ne construit pas de logements. C'est celle qui proclame le droit à l'emploi et qui renonce à l'objectif du plein emploi. C'est celle qui proclame que le travail est une valeur mais qui fait tout pour le décourager. C'est celle qui proclame la continuité du service public mais accepte que les usagers soient périodiquement les otages des grévistes. C'est celle qui proclame le droit d'aller et de venir mais cherche sans arrêt des excuses aux délinquants qui empoisonnent la vie de tout le monde.
La République réelle c'est celle qui rend effectifs les droits qu'elle proclame.
C'est la République qui crée des emplois, qui construit des logements qui permet au travailleur de vivre de son travail, qui donne sa chance à l'enfant pauvre, qui met les retraités des régimes spéciaux à égalité avec ceux du secteur privé et de la fonction publique, qui garantit le service minimum en cas de grève et qui fait respecter la loi par tout le monde. Je souhaite une loi sur le service minimum dès le mois de juin 2007. Je souhaite en outre qu'une loi impose le vote à bulletins secrets dans les 8 jours du déclenchement d'une grève dans une entreprise, une université, une administration.
Je crois dans la démocratie sociale. Je crois dans le dialogue, dans la négociation, dans le paritarisme. Mais je refuse la prise d'otages, les blocages, les archaïsmes, la violence, la loi du plus fort… et le manque de courage !
La République réelle à laquelle je crois c'est celle qui met en prison l'assassin présumé de Claude Erignac et qui traite les cagoulés et les poseurs de bombes pour ce qu'ils sont : des meurtriers et des lâches.
La République réelle c'est celle qui se donne une obligation de résultat. C'est celle des droits que l'on peut faire valoir devant les tribunaux parce que l'on s'est donné les moyens de les rendre opposables.
Ma République c'est celle du droit opposable à l'hébergement, parce que si l'on pense que la politique ne peut rien faire dans un pays comme la France pour empêcher les gens de mourir sur le trottoir, il ne faut pas faire de politique.
Ma République c'est celle du droit opposable au logement, parce que si l'on pense que la politique ne peut rien faire pour résoudre en dix ans la crise du logement en construisant les 700 000 logements qui manquent, il ne faut pas faire de politique. Ma République est celle où chacun pourra accéder à la propriété de son logement. Il faut permettre aux classes moyennes, à la France qui travaille d'accéder à la propriété. Je propose que l'Etat garantisse l'emprunt de celui qui n'a pas de relations. Je propose que l'on puisse déduire tous les intérêts de son emprunt du revenu imposable. Je propose que l'on fasse de la France un pays de propriétaires parce que lorsque l'on a accédé à la propriété on respecte son immeuble, son quartier, son environnement… et donc les autres. Parce que lorsque l'on a accédé à la propriété on est moins vulnérable aux accidents de la vie.
Ma République c'est celle du droit opposable à la garde d'enfants, parce que lorsqu'on pense que la politique ne peut rien faire pour résoudre en cinq ans le problème des femmes qui travaillent et qui n'arrivent pas à faire garder leurs enfants, il ne faut pas faire de politique.
Ma République c'est celle du droit opposable à la scolarisation des enfants handicapés, parce que si l'on pense que d'ici à cinq ans on ne peut pas trouver les moyens de scolariser tous les enfants handicapés, il ne faut pas faire de politique. Ce droit n'est pas seulement un droit pour les enfants handicapés, c'est aussi une chance pour les autres enfants.
Mais ma République c'est aussi celle des devoirs opposables .Nous ne pouvons nous montrer complaisants avec le développement des fraudes des abus et des gaspillages qui sont une insulte au travail des français et qui sape les fondements de la solidarité nationale. Les droits ne vont pas sans les devoirs, et l'on ne peut valablement aider que ceux qui respectent les règles et consentent à faire un effort pour s'en sortir.
Je veux être le Président d'une République qui dira aux jeunes : " vous voulez être reconnus comme des citoyens à part entière dès que vous devenez majeurs. Vous le serez. Vous aurez les moyens de décider par vous-mêmes quand vous quitterez le domicile de vos parents. Vous aurez les moyens de réaliser vos ambitions, de vivre votre vie comme vous le souhaitez, d'aimer comme vous l'entendez. Vous aurez les moyens de devenir ce que vous voulez devenir. Mais vous accepterez d'apprendre et de vous formez, vous serez apprenti, vous serez stagiaire, vous serez étudiant. Si vous avez quitté l'école jeune vous pourrez aller dans une école de la deuxième chance. Si vous n'avez pas le bac vous pourrez accéder à des cursus qui vous permettrons quand même d'entrer à l'université. En contrepartie les aides qui sont aujourd'hui versées à votre famille pour votre éducation vous seront versées à vous, si vous le souhaitez. Si vous en avez besoin vous recevrez une allocation de formation de 300 euros par mois qui vous sera supprimée si vous n'êtes pas assidu à votre formation, si vous cessez d'étudier sérieusement. Vous aurez le droit d'emprunter à taux zéro avec la garantie de l'Etat pour financer votre projet personnel et vous commencerez à rembourser cet emprunt à partir du moment où vous aurez obtenu votre premier emploi. Si vous y ajoutez un petit travail – et tout sera fait pour que chaque étudiant puisse étudier et travailler en même temps – Vous aurez une véritable autonomie financière qui est la clé de toute liberté. Mais vous la mériterez par votre effort, par votre travail, par votre assiduité, par votre sérieux. Vous deviendrez responsable de votre vie.
Je ne veux pas de la société du minimum parce qu'avec le minimum on ne vit pas. On survit. Je veux une société du maximum. Je préfère une jeunesse à qui l'on donne la possibilité de réaliser ses projets plutôt qu'une jeunesse qui est condamnée à l'assistanat.
Je veux être le Président d'une République qui dit à la jeunesse : « tu reçois beaucoup, tu dois donner aussi de toi-même. Tu dois comprendre que tu appartiens à une nation, qui espère en toi et à laquelle tu dois beaucoup parce que c'est elle qui te fait libre. C'est pourquoi, je propose un service civique obligatoire de 6 mois que chacun modulera en fonction de ses propres contraintes d'études, de projet professionnel, de vie familiale. Ce sera pour toi une opportunité de t'engager dans de grandes causes humanitaires, d'élargir ton horizon, de rencontrer d'autres jeunes qui sont différents de toi, ce sera une possibilité de réinsertion dans la société pour des jeunes qui en auraient été exclus.
Notre modèle républicain est en crise. Cette crise est avant tout morale. Au cœur de celle-ci il y a la dévalorisation du travail.
Le travail c'est la liberté, c'est l'égalité des chances, c'est la promotion sociale. Le travail c'est le respect, c'est la dignité, c'est la citoyenneté réelle. Avec la crise de la valeur travail, c'est l'espérance qui disparaît. Comment espérer encore si le travail ne permet plus de se mettre à l'abri de la précarité, de s'en sortir, de progresser ? Le travailleur qui voit l'assisté s'en tirer mieux que lui pour boucler ses fins de mois sans rien faire ou le patron qui a conduit son entreprise au bord de la faillite partir avec un parachute en or finit par se dire qu'il n'a aucune raison de se donner autant de mal.
Le travail est dévalorisé, la France qui travaille est démoralisée.
Le problème c'est que la France travaille moins quand les autres travaillent plus. Le plein emploi est possible chez les autres. Il l'est aussi chez nous. Il faut aimer le travail et pas le détester.
Le problème c'est qu'il n'y a pas assez de travail en France pour financer les retraites, l'allongement de la durée de la vie, la dépendance, la protection sociale, pour faire fonctionner notre modèle d'intégration.
Longtemps la droite a ignoré le travailleur et la gauche qui jadis s'identifiait à lui a fini par le trahir.
Je veux être le Président d'une France qui remettra le travailleur au cœur de la société. Je veux proposer aux Français une politique dont le but sera la revalorisation du travail.
Quand on facilite l'endettement des ménages pour financer les créations d'entreprises ou l'achat d'une voiture indispensable pour aller travailler, on favorise le travail. Je veux créer un système de cautionnement public qui mutualise les risques et permette d'emprunter à tous ceux qui ont un projet.
Quand on investit plus on construit un avenir pour les travailleurs. C'est pourquoi je veux porter le crédit d'impôt recherche à 100%. C'est pourquoi je veux que les entreprises qui investissent et qui créent des emplois paient moins d'impôt sur les bénéfices. C'est pourquoi je veux que l'Etat se donne les moyens d'investir dans les bassins économiques en déclin pour les réindustrialiser et non pas seulement pour financer des départs à la retraite anticipés.
Quand les entreprises savent qu'elles pourront licencier en cas de difficulté, elles embauchent plus facilement. Je veux protéger les personnes plutôt que les emplois. Je veux sécuriser les parcours professionnels plutôt qu'empêcher les licenciements. Je veux créer un contrat unique à durée indéterminée qui remplacera les contrats précaires et qui permettra aux salariés d'acquérir progressivement des droits. Je veux que les bas salaires soient garantis en cas de perte d'emploi, en contrepartie de l'obligation de ne pas refuser plus de deux offres d'emplois successives. Quand on est indemnisé par la société on doit accepter l'offre d'emploi correspondant à vos qualifications qui vous est proposée.
Le travail n'est pas assez récompensé, valorisé, respecté. Et c'est pour cela que le pouvoir d'achat est trop faible car les salaires sont trop bas et les charges trop lourdes.
Il faut augmenter le pouvoir d'achat. Les socialistes promettront de travailler moins, moi je veux que les Français gagnent plus. Je veux être le Président de l'augmentation du pouvoir d'achat. Je veux être celui qui vous garantit que si vous travaillez plus, si vous prenez plus de risque, si vous vous engagez plus, vous gagnerez davantage. Je veux être le Président du peuple qui a bien compris que les RTT ne servent à rien si on n'a pas de quoi payer des vacances à ses enfants. Je veux l'exonération de charges sociales et de l'impôt sur le revenu pour les heures supplémentaires pour qu'enfin on comprenne en France que le travail est une émancipation, que c'est le chômage qui est une aliénation.
C'est pour cela que je veux que chaque Français puisse transmettre en franchise d'impôt sur les successions le fruit d'une vie de labeur. On n'a pas à s'excuser d'avoir un patrimoine en contrepartie de son travail. La France doit accueillir les patrimoines et pas les faire fuir. Quand il y a moins de richesses dans un pays ce sont les plus pauvres qui en pâtissent. Partager ce qu'on n'a plus ne fait pas la prospérité d'un peuple.
Je veux que l'Etat soit contraint de laisser à chacun au moins la moitié de ce qu'il à gagné. Je veux un bouclier fiscal à 50% y compris la CSG et la CRDS.
Tout vaut mieux que de taxer l'homme au travail.
Tout vaut mieux que de taxer le travailleur qui crée la richesse.
Je veux taxer le pollueur plutôt que le travailleur.
Je veux taxer les importations qui ne respectent pas les normes internationales plutôt que le travail.
Je préfère taxer la consommation plutôt que l'emploi.
C'est le travail qui crée le travail. Le travail contribuera à rééquilibrer nos finances publiques. Il refera de la France une République fraternelle.
Je veux être le Président de tous ces Français qui pensent que l'assistanat est dégradant pour la personne humaine. Je veux être le Président qui s'efforcera de moraliser le capitalisme parce que je ne crois pas à la survie d'un capitalisme sans morale et sans éthique, parce que je ne crois pas à la survie d'un capitalisme où ceux qui échouent gagneraient davantage que ceux qui réussissent, parce que je ne crois pas à la survie d'un capitalisme où tous les profits seraient accaparés et où, à l'inverse, tous les impôts seraient partagés
Je veux être le Président qui va remettre la morale au cœur de la politique. L'enfant qui n'apprend à l'école ni la morale, ni l'instruction civique ne comprendra pas plus tard qu'être citoyen ne signifie pas seulement avoir des droits. Le jeune qui ne fait plus son service militaire croit de bonne foi qu'il n'aura jamais rien à donner aux autres en contrepartie de ce qu'il reçoit. L'honnête homme qui voit le délinquant rester impuni et une partie de ses impôts aller dans la poches du fraudeur finira par se demander pourquoi il devrait être le seul à être honnête.
Mais si l'école n'apprend plus la citoyenneté, ce n'est pas la faute des enseignants. Si l'Etat va mal ce n'est pas de la faute des fonctionnaires. C'est la politique qui est responsable.
Je n'aime pas la manière dont on parle des fonctionnaires dans notre pays. Je n'aime pas la politique qui cherche à opposer les salariés du privé à ceux du public. Ils ont pour la plupart une haute idée de leur mission. Les fonctionnaires sont démotivés parce que leur travail n'est pas reconnu, parce que ceux qui font le moins gagnent autant que ceux qui font le plus. Ils sont démoralisés parce que les 35 heures ont tout compliqué. Il faut aller voir dans les hôpitaux le désarroi et la peine de ces infirmières, de ces aides-soignantes aux prises avec la désorganisation et le manque de personnel que la réduction autoritaire du temps de travail a engendrés.
Je veux un Etat où les fonctionnaires seront moins nombreux mais mieux payés, où ils pourront gagner davantage quand ils travailleront plus, où les gains de productivité seront équitablement partagés, où le mérite individuel sera récompensé, où la promotion interne sera facilitée, où l'infirmière pourra devenir médecin, où le technicien pourra devenir ingénieur, où l'agent administratif pourra devenir Directeur, où la dignité et la protection des agents publics seront garanties.
Je veux que la fonction publique cesse d'être un refuge pour ceux qui ont peur de prendre des risques. Je veux qu'elle redevienne une vocation pour ceux qui ont le goût du bien commun et du service public.
Je veux une démocratie irréprochable.
La démocratie irréprochable c'est la participation de chacun à la définition du destin de tous.
La démocratie irréprochable c'est celle où il n'est pas nécessaire de voter pour les extrêmes pour se faire entendre. Celle où il n'est pas nécessaire de descendre dans la rue pour crier son désespoir. Celle où chacun reconnaît dans la politique de son pays une part de lui-même.
La démocratie irréprochable ce n'est pas celle où l'enfant d'un de ces quartiers dans lesquels s'accumulent toutes les difficultés qui regarde la télévision trouve qu'aucun homme politique ne lui ressemble.
La démocratie irréprochable c'est celle qui permet aux enfants de tous les quartiers de ressentir qu'ils ont quelque chose en commun.
La démocratie irréprochable c'est celle qui permet d'arracher le poison de l'extrémisme du cœur de tous ceux qui se laissent entraîner par leur colère et par leur peur parce qu'ils se sentent exclus.
La démocratie irréprochable ce n'est pas une démocratie où les nominations se décident en fonction des connivences et des amitiés mais en fonction des compétences. C'est celle dans laquelle l'Etat est impartial. Si l'Etat veut être respecté, il doit être respectable. Je ne transigerai pas. Pour certains postes il ne doit pas y avoir de nomination sans qu'au préalable celui que l'on envisage de nommer ne soit contraint d'exposer ses vues stratégiques pour l'entreprise ou l'organisme qu'il veut présider. Et de surcroît cette nomination doit être ratifiée par un vote des commissions parlementaires concernées. Le fait du prince n'est pas compatible avec la République irréprochable.
La démocratie irréprochable ce n'est pas une démocratie où l'exécutif est tout et le Parlement rien. C'est une démocratie où le Parlement contrôle l'exécutif et a les moyens de le faire.
La démocratie irréprochable c'est un Président qui s'explique devant le Parlement. C'est un Président qui gouverne. C'est un président qui assume. On n'élit pas un arbitre mais un leader qui dira avant tout ce qu'il fera et surtout qui fera après tout ce qu'il aura dit !
La démocratie irréprochable ce n'est pas celle où l'indépendance de la justice se confond avec l'irresponsabilité des juges. C'est celle où les juges sont responsables comme n'importe quel autre citoyen des fautes qu'ils commettent. Au moins que le drame d'Outreau ait servi à quelque chose.
La démocratie irréprochable c'est celle où le gouvernement définit la politique pénale et où le peuple participe à la décision de justice. Je souhaite que les jurys populaires jugent certaines affaires correctionnelles comme ils le font déjà dans les procès d'assises.
La démocratie irréprochable c'est celle qui punit durement le crime et qui traite dignement les condamnés. Je veux que nos prisons soient rénovées, trop d'entre elles ne sont pas digne de la France.
Notre démocratie n'a pas besoin d'une nouvelle révolution constitutionnelle. On change trop notre Constitution. Il faut arrêter de dire qu'elle est bonne et proposer tous les trimestres une nouvelle modification. Mais nous devons changer radicalement nos comportements pour aller vers davantage d'impartialité, d'équité, d'honnêteté, de responsabilité, de transparence.
La démocratie irréprochable ce n'est pas celle où la représentativité syndicale est présumée en fonction du comportement patriotique durant la Seconde Guerre Mondiale. C'est celle où la représentativité se prouve dans des élections où chacun peut librement se présenter dès le premier tour.
La démocratie irréprochable ce n'est pas seulement la démocratie Française, c'est aussi la démocratie européenne parce que les deux sont indissolublement liées. Après le « non » au référendum sur la Constitution européenne on ne peut pas continuer à faire l'Europe de la même manière. Je veux être le candidat qui dit à celui qui a voté « oui » : « j'ai voté « oui » aussi et comme vous, je crois à une France ouverte sur le monde et à une Europe qui permettra à la France d'être plus grande. Comme vous, je crois que rester immobile serait mortel quand tous les autres avancent. » Mais je veux lui dire aussi qu'il serait plus mortel encore de juger celui qui a voté « non » au lieu de chercher à le comprendre. Je veux lui dire que la France qui gagne perdra tout si elle méprise la France qui ne se sent pas bien. Je veux lui dire que tous nos destins sont liés, que tout ce qui divise les Français affaiblit la France, que tout ce qui affaiblit la France affaiblit chacun d'entre nous. Je veux dire à celui qui n'a pas peur parce que tout va bien pour lui qu'il doit tendre la main à celui qui a peur de l'exclusion, à celui qui vit dans la hantise du déclassement, parce que nul n'est à l'abri des accidents de la vie, parce que notre capacité à vivre ensemble, à nous comprendre et à nous respecter est notre bien le plus précieux.
Je veux être le Président d'une France qui dira aux Européens : nous voulons l'Europe, nous la voulons parce que sans elle nos vieilles nations ne pèseront rien dans la mondialisation, sans elle nos valeurs ne pourront pas être défendues, sans elle le choc des civilisations deviendra plus probable et le péril pour l'humanité sera terrible.
Je veux être le Président d'une France qui dira aux Européens : « nous ne ressusciterons pas la Constitution européenne. Le Président Giscard d'Estaing a fait un travail remarquable, mais le peuple a tranché. L'urgence c'est de faire en sorte que l'Europe puisse fonctionner de nouveau en adoptant par la voie parlementaire un traité simplifié. L'urgence est celle d'une Europe qui joue le jeu de la subsidiarité, qui se dote d'un gouvernement économique. C'est celle d'une Europe dans laquelle personne ne peut obliger un Etat à s'engager dans une politique à laquelle il est opposé, mais dans laquelle aussi personne ne peut empêcher les autres d'agir.
L'Europe, je l'imagine comme un multiplicateur de puissance non comme un facteur d'impuissance, comme une protection non comme le cheval de Troie de tous les dumpings, pour agir et non pour subir. Je crois en l'Europe comme la voulaient ses pères fondateurs, comme une volonté commune, non comme un renoncement collectif. Je demeurerai toute ma vie un Européen convaincu. Mais je veux avoir la liberté de dire que l'Europe doit se doter de frontières, que tous les pays du monde n'ont pas vocation à intégrer l'Europe à commencer par la Turquie. A s'élargir sans limite on prend le risque de détruire l'union politique européenne, je ne l'accepterai pas.
Je crois au libre échange et à la concurrence. Mais je veux que cesse la naïveté et que l'on impose la réciprocité dans les négociations commerciales. La concurrence doit être loyale. Ce n'est pas loyal d'imposer à nos entreprises de se battre avec des concurrents qui ne respectent aucune règle environnementale, sociale, morale.
Je veux être le Président d'une France qui dira aux Européens : « nous ne pouvons plus continuer avec une monnaie unique sans un gouvernement économique. Nous en pouvons plus continuer avec une Europe sans préférence communautaire, où un pays membre peut décider unilatéralement de régulariser massivement ses immigrés clandestins sans demander l'avis de personne alors que ses frontières sont ouvertes. »
Je veux être le Président d'une France fière de ses régions d'Outre-Mer qui sont une chance pour notre nation et qui ont le droit au développement par l'instauration de zones franches globales.
Je veux être le Président d'une France qui ira dire aux Européens : « nous ne pouvons pas continuer à tourner le dos à la Méditerranée, car autour de cette mer où depuis deux mille ans la raison et la foi dialoguent et s'affrontent, sur ces rivages où l'on a mis pour la première fois l'homme au centre de l'univers, se joue une fois encore une part essentielle de notre destin. Là nous pouvons tout gagner ou tout perdre. Nous pouvons avoir la paix ou la guerre, la meilleure part de la civilisation mondiale ou le fanatisme, le dialogue des cultures ou l'intolérance et le racisme, la prospérité ou la misère, le développement durable ou la pire des catastrophes écologiques. »
Je veux être le Président d'une France qui dira à tous les pays de la Méditerranée : « sommes-nous condamnés indéfiniment à la vengeance et à la haine ? Rien ne doit être oublié, mais il nous appartient à tous de forger ici, dans le creuset des siècles et des civilisations, le destin commun de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique, dans une relation d'égalité et de fraternité. »
Je veux être le Président d'une France qui proposera d'unir la Méditerranée comme elle a proposé jadis d'unir l'Europe, et qui inscrira dans la perspective de cette unité les relations de l'Europe et de la Turquie, ses liens avec le monde arabe, la recherche d'une issue au conflit israélo-palestinien, mais aussi l'immigration choisie, le codéveloppement, la maîtrise du libre-échange et la défense de la diversité culturelle.
Je veux être le Président d'une France qui dira aux Européens et aux Africains : « dans un monde où se dessinent de vastes stratégies continentales qui enjambent les hémisphères, il est vital pour l'Europe d'imaginer une stratégie euro-africaine dont la Méditerranée sera fatalement le pivot ».
Je veux être le Président d'une France qui dira à l'Amérique : « nous sommes amis et la France demeurera fidèle à cette amitié que l'histoire, la civilisation et les valeurs de la liberté et de la démocratie ont tissé entre nos deux peuples.
Je veux d'une France qui parle toujours à l'Amérique comme une amie, qui lui dit toujours la vérité et qui sait lui dire non quand elle a tort, qui lui dit qu'elle n'a pas raison quand elle viole le droit des nations ou le droit des gens qu'elle a tant contribué à forger, quand elle décide unilatéralement, quand elle veut américaniser le monde alors qu'elle a toujours défendu la liberté des peuples.
Je veux lui dire que je crois à la pluralité des cultures et pas à la culture unique fût-elle américaine.
Je veux être le Président d'une France qui s'adresse à l'Amérique comme un peuple libre à un autre peuple libre qui se comprennent et qui se respectent.
Je veux être le Président d'une France qui ne transigera jamais sur son indépendance ni sur ses valeurs. Je veux rendre hommage à Jacques Chirac, qui a fait honneur à la France quand il s'est opposé à la guerre en Irak, qui était une faute.
Je veux être le Président d'une France qui se donnera les moyens d'une défense à la hauteur du rôle éminent qu'elle veut continuer à jouer sur la scène du monde.
Je veux être le Président de la France des droits de l'homme. Chaque fois qu'une femme est martyrisée dans le monde, la France doit se porter à ses côtés. La France, si les Français me choisissent comme Président, sera aux côtés des infirmières bulgares condamnées à mort en Libye. Elle sera aux côtés de la femme qui risque la lapidation parce qu'elle est soupçonnée d'adultère. Elle sera aux côtés de la persécutée qu'on oblige à porter la burka, aux côtés de la malheureuse qu'on oblige à prendre un mari qu'on lui a choisi, aux côtés de celle à laquelle son frère interdit de se mettre en jupe. Aux côtés de l'enfant que l'on vend ou que l'on exploite.
Je ne crois pas à la « realpolitik » qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats. Je n'accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie, au Darfour. Je n'accepte pas le sort que l'on fait aux dissidents dans de nombreux pays. Je n'accepte pas la répression contre les journalistes que l'on veut bâillonner. Le silence est complice. Je ne veux être le complice d'aucune dictature à travers le monde.
Je veux être le Président d'une France qui dira à tous les hommes : « Nous ne pouvons plus continuer de détruire notre planète. Nous ne pouvons plus continuer de sacrifier le bien être des générations futures aux excès des générations d'aujourd'hui. C'est l'avenir de l'Humanité qui est en jeu. C'est la paix du monde qui est en péril. Car, si nous continuons, le réchauffement climatique, l'épuisement des ressources, les pollutions déplaceront les peuples et les précipiteront dans des guerres qui seront les plus terribles de toutes les guerres parce que ce seront des guerres de l'eau et de la faim et qu'elles seront les plus désespérées.
Nous avions cru entrer dans le monde de l'abondance. C'est le monde de la rareté que nous préparons à nos enfants, et la rareté engendre la violence.
La mondialisation de l'économie, n'offrira une espérance nouvelle aux peuples déshérités que si le développement durable et le codéveloppement apparaissent désormais comme des impératifs à toue l'humanité.
Je veux être le Président d'une France qui montrera l'exemple au monde d'un pays qui engage sa jeunesse dans l'aide au développement, investira dans les technologies propres et les énergies nouvelles, réduira ses gaspillages, préparera l'évènement d'une société de modération à la place d'une société d'excès.
La mondialisation nous oblige à tout réinventer, à nous penser sans cesse par rapport aux autres et pas seulement par rapport à nous-mêmes.
*
Je veux être le Président d'une France réunie.
L'unité de la France je veux la faire par l'action. Cette unité je veux qu'elle soit comme une renaissance.
Après mai 68, Georges Pompidou avait dit : « le monde a besoin d'une nouvelle Renaissance ». La Renaissance, ce temps où pour la première fois les hommes ont eu le sentiment que tout était possible.
Tout paraissait possible aux hommes de la Renaissance. Tout paraissait possible à ceux des Lumières, à ceux de la Révolution, à ceux des 30 Glorieuses.
Alors que le monde change à un rythme où jamais il n'a changé, alors que partout d'immenses forces de création sont à l'œuvre, que partout les hommes se battent pour inventer, pour créer, pour s'arracher à la misère, pour tenter de se construire un nouveau monde, nous ne pouvons être immobiles, nous ne pouvons répondre au monde qui nous invite à le rejoindre dans sa course effrénée au changement : « à quoi bon ? »
Voici le pays qui a inventé l'idée de progrès, qui a crié un jour à la face du monde : « le bonheur est une idée neuve », le pays qui le premier a dit à l'Homme : « tu as des droits imprescriptibles », le pays qui a passé avec la liberté du monde un pacte multiséculaire, le pays qui si souvent a été à l'avant-garde de la civilisation, le voici qui aujourd'hui semble avoir perdu cette foi en lui-même, cette conviction que le destin l'avait créé pour accomplir de grandes choses et pour éclairer l'humanité. Un doute s'est installé qui a peu à peu grandi, peu à peu sapé cette confiance qui fait la force des grandes nations. Ce doute terrible c'est le mal qu'il nous faut guérir pour que dans l'art, dans la science, dans l'économie, partout la vie explose de nouveau, partout l'intelligence et le travail humains se remettent à féconder l'avenir.
Je veux être le Président d'une France qui aura compris que la création demain sera dans le mélange, dans l'ouverture, dans la rencontre. Qu'elle sera dans le croisement des regards, la fécondation réciproque des cultures, des techniques et des savoirs, qu'elle jaillira de la rencontre de l'artiste, du savant, de l'ingénieur, de l'entrepreneur, au croisement de la communication, de l'économie, des sciences, de toutes les formes d'art et de pensée, de travail, d'innovation.
Je veux être le président d'une France qui incarnera l'audace, l'intelligence et la création.
Je veux être le président d'une France qui ne s'enfermera pas dans son histoire pour échapper à l'avenir, qui ne sera pas un musée, mais qui saura s'adosser à son histoire pour s'élancer vers le futur.
Mes amis, la tâche est immense. Mais elle en vaut la peine.
Je demande à ma famille de m'aider. Je sais ce qu'elle a eu à souffrir. Je veux qu'elle comprenne que ce n'est pas de moi qu'il s'agit mais de la France.
Je demande à mes amis qui m'ont accompagné jusqu'ici de me laisser libre, libre d'aller vers les autres, vers celui qui n'a jamais été mon ami, qui n'a jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique qui parfois nous a combattu. Parce que lorsqu'il s'agit de la France, il n'y a plus de camp.
Je demande à vous tous de comprendre que je ne serai pas que le candidat de l'UMP, qu'au moment même où vous m'avez choisi je dois me tourner vers tous les Français, quels que soient leur parcours, qu'ils soient de droite ou de gauche, de métropole ou d'Outre Mer, qu'ils vivent en France ou à l'étranger, que la France les ait ou non déçu pourvu qu'il l'aiment. Que je dois les rassembler, que je dois les convaincre qu'ensemble tout deviendra possible !
Tout deviendra possible pour la France,
Tout deviendra possible si vous le voulez,
Tout deviendra possible si vous le décidez.
Vive la République,
Vive la France.
Nicolas Sarkozy
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14.10.2006
Discours de Périgueux : "Notre République"...
Périgueux - Le 12 octobre 2006
Mes amis,
Mon devoir, ma responsabilité, mon ambition est celle de l'union de tous ceux qui veulent la victoire de nos idées. Que nul ne doute en cette minute que je ne faillirai pas à ma mission. Je veux l'unité. Je suis le garant de l'unité. Et s'il le faut je serai unitaire pour tous les autres.
Je salue le Périgord où depuis que le premier artiste dessina il y a 20 000 ans sa première représentation sur les parois de Lascaux il se tisse entre la nature et l’Homme ce lien profond et mystérieux qui sur tant de territoires rattache les Français d’où qu’ils viennent à une terre, à des paysages, à un climat.
Je salue les Périgourdins qui choisirent toujours la fidélité à la France et qui furent dans leur histoire toujours du côté de la justice et de la tolérance.
Je salue cette terre généreuse où les exilés et les proscrits ont toujours trouvé l’hospitalité et où naquit le premier Français qui osa proclamer que « la nature de l’homme est d’être libre et de vouloir l’être ».
Je salue cette terre où depuis les maquis contre les Anglais de la guerre de Cent Ans jusqu’aux maquis contre les Allemands de la Deuxième Guerre Mondiale, depuis les guerres de religions jusqu’aux révoltes paysannes se sont cachés dans ses grottes et dans ses forêts tant d’hommes qui avaient compris que pour devenir libre il faut avoir la force de dire «non ».
Français de toutes les provinces, nous sommes les citoyens d’un vieux pays qui a surmonté bien des épreuves et bien des drames. Nous sommes les citoyens d’un vieux pays qui s’est toujours relevé quand on le croyait terrassé, qui a toujours résisté quand tout le monde l'imaginait vaincu, qui a toujours repris son essor quand on le pensait condamné à la décadence.
Il y a dans le peuple français une énergie qui vient du fond des âges et qui resurgit quand tout semble perdu. Tant de fois la France parut sur le point de se défaire, tant de fois elle sut se ressaisir ! Tant de fois elle parut sur le point de s’effacer, tant de fois elle étonna le monde en ressuscitant !
Il y a des pays qui sont portés à la grandeur par le patient et laborieux effort d’un peuple persévérant.
Alors que le monde se met à douter de la France, et que les Français eux-mêmes s’interrogent, voilà qu’une fois de plus, des tréfonds du pays je sens monter cette volonté de renouveau que je veux incarner et par laquelle je veux vaincre la fatalité. Cette force que j'imagine, elle est en vous. Elle est dans cette foule immense rassemblée ce soir à Périgueux.
Vous êtes les héritiers d’une grande histoire. Vous êtes les héritiers de tous ceux qui refusent l'idée même du renoncement, qui connaissent le sens des mots résistance, honneur, fraternité, liberté, justice, et pour lesquels par dessus tout la République n’est pas une pensée morte mais une idée vivante.
Je le sais. Je le sens. La Dordogne est passionnément républicaine.
En 1940 la Dordogne accueillit les habitants de Strasbourg évacués devant l’avancée des troupes hitlériennes. Des milliers de Juifs alsaciens furent cachés dans les villages et dans les fermes. Certains parmi vous sont les enfants de ces persécutés que la milice et la Gestapo ne trouvèrent jamais et qui finirent la guerre dans la brigade Alsace-Lorraine. Malraux, qui se battit ici aux côtés des maquisards de Dordogne, disait d’eux : « ces quelques centaines d’hommes à quatre pattes dans les bois, avec quelques revolvers et un drapeau fait de trois mousselines nouées, ont maintenu la France avec leurs mains nues ».
Ils ont fait la République fraternelle dans laquelle je crois.
La République ne se définit pas seulement par ce à quoi elle s’est opposée – l’absolutisme, le cléricalisme, l’antidreyfusisme, le collectivisme ou le totalitarisme – mais aussi par ce qu’elle propose.
La République ce n’est pas seulement le contraire de l’Ancien Régime. Ce n’est pas seulement l’antithèse de Vichy. Ce n’est pas non plus uniquement la démocratie.
La République c’est la compréhension mutuelle, le respect de l'autre et la solidarité pour tous.
C’est la liberté de chacun garantie par la liberté de tous.
C’est l’égalité des droits pour tous garantie par les devoirs de chacun.
C’est la souveraineté de l’individu garantie par la souveraineté du peuple.
C’est l’espérance de la justice.
C’est la volonté générale exprimée par la loi.
C’est la nation qui se gouverne elle-même.
C’est l’Etat impartial. Idée sur laquelle je ne transigerai pas et qui passe par des nominations elles aussi impartiales.
C’est la foi dans la raison, dans l’Homme et dans le progrès.
C’est le mérite.
C’est la vertu civique comme fondement de la citoyenneté.
C’est la propriété et son respect comme conditions de la liberté.
C’est le service public comme condition de l’égalité de tous les citoyens, quel que soit leur rang, quel que soit leur handicap, quel que soit le territoire où ils vivent.
C’est l’éducation comme condition de l’émancipation.
La République fraternelle c’est celle des paysans périgourdins qui cachent les Juifs alsaciens au péril de leur vie.
La République fraternelle c’est celle d’Eugène Leroy et des croquants, celle de Mirabeau et des droits de l’homme, celle de Victor Hugo et des « Misérables », celle de Jules Ferry et des instituteurs, celle de Jaurès et des dreyfusards, celle du Général De Gaulle et des Français libres.
Nous sommes les héritiers de tous ceux qui dans l’histoire ont porté haut les idées de nation et de République quel que fût leur parti.
Qu’il soit bien entendu que nous ne laisserons pas plus le monopole de la République au Parti Socialiste que nous ne laisserons le monopole de la nation à l’extrême-droite.
Qu’ont fait les socialistes, pour la République ? Rien ! Qu’ont-ils l’intention de faire ? Pas davantage ! Les socialistes de jadis étaient d’abord des Républicains. Les socialistes d'aujourd'hui sont d’abord des socialistes. Ils ne sont pas préoccupés par l’avenir de la République. Ils sont préoccupés par l’avenir du socialisme. Ils n'ont pas tort : la République est toujours une idée neuve tandis que le socialisme est déjà une idée morte. Pour eux la République c’est l’affaire des partis. Pour nous c’est le problème de la nation. Pour eux la République c’est la gauche. Pour nous la République ce n’est pas la droite, ce n’est pas la gauche, ce sont tous les Français.
J'affirme qu’on affaiblit la République quand on cherche à abaisser l’autorité de l’Etat. On affaiblit la République quand on dénigre la nation. On affaiblit la République quand on soutient ceux qui violent la loi, ceux qui squattent le bien d’autrui, ceux qui veulent avoir tous les droits sans respecter les droits des autres. On affaiblit la République quand on s’efforce par tous les moyens de ruiner la morale de l’effort et du mérite, quand on transforme le citoyen en assisté, quand on confond l’égalité avec l’égalitarisme, la solidarité avec l'assistanat.
On affaiblit la République quand on la livre aux corporatismes et aux clientélismes, quand on l'abandonne aux communautarismes.
A ceux qui veulent l’ordre sans le mouvement, je dis que la République est un idéal de progrès, et que dans un monde qui change la République immobile est vouée au déclin.
A ceux qui veulent le mouvement sans l’ordre je dis que le désordre prépare toujours le triomphe de la loi du plus fort, qui est le contraire de la République.
Je veux dire que la République n'est pas un modèle figé pour l'éternité mais un projet toujours inachevé, un élan du cœur et de l'esprit, un idéal de civilisation et d'humanisme, un rêve d'universalité et de fraternité.
Je veux dire que la République, depuis 200 ans, c’est une continuité de principes, de valeurs, d’objectifs et une variété de moyens, de procédures et de priorités en fonction des circonstances.
Je veux dire que la République de Jules Ferry et de Gambetta n’était pas celle de Danton pas davantage celle de Robespierre, que celle de Clemenceau n’était pas celle de Lamartine et pas non plus celle du Général De Gaulle. Elle fut tour à tour girondine, jacobine, libérale, anticléricale, sociale, radicale... Elle se développa tour à tour par la conscription, par le suffrage universel, par l’école, par la laïcité, par la Sécurité sociale ou par le droit du travail… Elle s’affirma tour à tour dans la guerre et dans la paix, mais toujours combattant pour le même idéal.
Il y a cent ans presque jour pour jour Clemenceau prononça à la Roche-sur-Yon, sur cette terre vendéenne où il était né, un de ces discours dont il avait le secret «le combat éternel pour la libération de l’Homme continue, non plus nécessairement à coups de fusils mais à coups de pensées, par le livre, par la parole, par la leçon. Le combat n’est plus aux chemins creux, il est à l’école (…) La République n’est rien qu’un instrument d’émancipation, un instrument d’évolution par l’éducation de tous ». On ne saurait mieux dire !
Nul ne se bat plus pour le drapeau blanc ou pour le drapeau rouge.
Nul n’a plus à choisir entre la liberté ou la mort.
Il n’y a plus de sans-culotte pourchassant les aristocrates.
Il n’y a plus de chouans en Vendée, ni de croquants en Périgord.
La République a accompli le vieux rêve des rois. Elle nous a fait une nation une et indivisible. Une communauté de libres citoyens.
Il y a bien une exception française auquel il est légitime que nous soyons attachés, non parce qu'il est la marque d'une quelconque supériorité par rapport aux autres, mais parce qu'il exprime ce que nous sommes et ce qui nous unit. Cette exception tient en trois mots : la Nation, la République, l'Etat. Cette exception est politique. Elle est intellectuelle. Elle est morale. Elle est culturelle.
C’est le miracle de la France de conjuguer une identité si forte avec une aspiration si grande à l’universalisme.
C’est le miracle de la France d’être une grande patrie faite d’une multitude de petites patries unies par une formidable volonté de vivre ensemble, de partager une langue, une histoire, une façon d’être et de penser, où chacun se reconnaît dans un idéal et un destin communs sans que soient effacés les histoires personnelles et les destins particuliers.
C’est le miracle de la France d’avoir forgé de l’unité sans jamais fabriquer de l’uniformité.
C’est le miracle de la France de combiner une aussi haute idée de l’Etat avec une passion aussi grande de la liberté.
C’est le miracle de la France d’être aussi fortement attachée à l’idée de nation et en même temps aussi ouverte sur le monde.
C’est le miracle de la France d’aimer d’une même passion l’égalité et le mérite, le sentiment et la raison.
Mais chacun sent bien que ce miracle est menacé.
L’Etat s’abîme dans l’impuissance, la nation dans la repentance, la République dans le communautarisme, les discriminations, le chômage et la pauvreté.
Dès lors, mon projet est simple : Je veux construire une nouvelle relation avec les Français, faite de vérité, de respect de la parole donnée, de confiance. Je veux un nouvel Etat, une nouvelle nation, une nouvelle République.
La République c'est d'abord une certaine idée de la Nation.
A force de demander à la France d’expier son passé,
A force de demander aux enfants de se repentir des fautes des pères,
A force de réécrire l’histoire avec les préjugés d’aujourd’hui,
A force de dénigrer la nation et de la charger de tous les péchés de la Terre,
A force de nourrir la honte d’être Français au lieu de chercher les raisons d’en être fier.
A force c’est notre capacité à vivre ensemble qui s’abîme, c’est notre participation à un destin commun qui est remise en question.
A force ce sont les valeurs de la République qui se trouvent menacées.
A la gauche je dis : non, la nation n’est pas l’ennemie de la République. La nation c’est ce qui fait que la République n’est pas seulement une idée généreuse mais aussi une réalité vivante.
A l'extrême droite je dis : non, la République n’est pas l’ennemie de la nation. La République est l’ennemie du nationalisme. La République c’est une conception ouverte, tolérante et généreuse de la nation. Le nationalisme c’est une conception fermée, intolérante et agressive de la nation.
A tous, je veux dire :
La nation n’est pas un obstacle à la démocratie, elle en est la condition.
La nation n’est pas un obstacle à la paix. C’est le mépris des nations et de leurs identités, c’est la violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui sont les principales causes de la guerre.
La nation n’est pas un obstacle à la construction de l’Europe, à l’organisation du commerce mondial ou à la lutte contre l’effet de serre.
Ceux qui voudraient construire le monde de demain contre les nations au lieu de travailler à leur entente et à leur coopération courent droit à l’échec. Un monde sans attache, sans frontière et sans souveraineté serait un monde sans liberté, sans solidarité et sans responsabilité. Un monde qui aurait perdu en humanité.
L’homme ne grandit pas quand la nation décline. Entre la fuite en avant dans le mondialisme et l’enfermement dans le local, entre le marché planétaire et les féodalités, entre le nomadisme et le tribalisme, je le dis haut et fort : la conception française de la nation est une force d’émancipation.
Le 21 avril 2002, le non à la Constitution européenne, la montée du vote extrême et du vote protestataire qui mettent la République en péril sont d’abord l’expression d’une profonde crise de l'identité nationale. Nous n'avons pas pris cette crise suffisamment au sérieux. Il faut cesser de se voiler la face, de se soumettre à la dictature du politiquement correct et de la pensée unique.
Il faut dire les choses comme elles sont :
C’est le dénigrement et l’affaiblissement de la nation qui attisent le nationalisme.
C’est l’incapacité croissante de la nation à protéger qui nourrit l’exaspération sociale.
C’est l’affaissement de l’identité nationale qui nourrit la crispation identitaire.
C’est le déclin du volontarisme qui nourrit la défiance envers des élus condamnés à répéter qu’ils ne peuvent rien.
La France est généreuse, la France est tolérante, la France est ouverte. Mais la France ne renoncera pas à son identité, à sa culture, à sa langue.
La France c’est la nation mise au service d’une certaine idée de l’homme, et cette idée de l’homme la France est bien décidée à ne pas la renier.
La France est accueillante mais elle ne veut pas qu’on s’installe chez elle sans respecter ses lois, ses mœurs, ses traditions, ses valeurs.
La France est prête à faire des efforts pour mieux intégrer ceux qui viennent d’ailleurs, pour leur donner des droits, pour lutter par tous les moyens contre les discriminations, contre les ségrégations et contre le racisme. Elle est prête à donner plus à ceux qui ont moins. Elle est prête à promouvoir la diversité partout où elle a du mal à s’imposer. Mais elle ne veut pas accepter le communautarisme. Elle ne veut pas de ceux qui ne la respectent pas. Elle ne veut pas de ceux qui ne l'aiment pas.
La France veut garder vivantes les langues et les cultures d’origine et les langues et les cultures régionales, parce que c’est une richesse et parce que la francité c’est quelque chose en plus, pas quelque chose en moins, une adhésion, pas une amputation.
Mais je n'accepterai jamais qu’il y ait en France des enfants qui n’apprennent pas le Français, qu’il y ait en France des enclaves linguistiques ou des citoyens qui seraient autorisés à utiliser une autre langue que le Français dans leurs rapports avec l’administration.
La France est prête à organiser le dialogue entre l’Etat et les grandes religions, elle veut que tous les croyants puissent prier dans des lieux de culte convenables, elle veut que les croyances de chacun soient respectées, mais elle ne veut renoncer ni à la liberté d’expression - les menaces contre un enseignant sont un scandale - ni à la laïcité. Elle ne veut pas le voile à l’école, ni l’infériorisation des filles, ni les mariages forcés, ni la polygamie, ni l’excision. Elle ne veut pas de la confusion entre le spirituel et le temporel, ni du fanatisme. Elle ne tolérera sur son sol ni les guerres de religions, ni le séparatisme religieux, ni l'extrémisme sous quelque forme que ce soit.
Elle ne reniera pas non plus, il faut avoir le courage de le dire, deux mille ans de chrétienté, deux mille ans d’héritage de valeurs spirituelles et de valeurs de civilisation que notre morale laïque a incorporées et qui sont inscrites dans les valeurs de notre République.
La France qui a porté la grande idée de l'Europe politique rejette le nationalisme qui n’est pas l’amour de la patrie mais la haine des autres. Elle est le seul pays qui, en hissant la fraternité au même rang que la liberté et l’égalité, dit au monde comme Antigone : « je suis née pour partager l’amour, non pour partager la haine ».
Mais si la France se trahit quand elle se laisse aller à la haine des autres, elle se détruit quand elle se laisse aller à la haine de soi. Il faut en finir avec le masochisme national. Si nous ne sommes plus unis par la fierté d’être Français, si nous ne prenons plus en partage une histoire et une civilisation, sur quoi allons-nous fonder notre appartenance à une communauté de destin ? Sur quoi allons-nous fonder notre solidarité ? D’où viendront nos droits et nos devoirs les uns vis-à-vis des autres ?
Je suis fier d’être Français et personne ne m'enlèvera cette fierté.
La décentralisation est une nécessité pour que l’action publique se rapproche des citoyens. Parce que les problèmes ne sont pas identiques en Picardie et en Provence, en Alsace et en Aquitaine, à la Réunion et en Martinique. Parce que les priorités ne sont pas les mêmes, parce que les atouts sont différents d’une région à l’autre.
Mais il est hors de question que la France devienne un Etat fédéral. Il est hors de question que renaissent des féodalités locales et des principautés, hors de question que les territoires riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, ou que la citoyenneté devienne à géométrie variable, hors de question que l’unité nationale et l’égalité qui en est la clé de voûte soient remises en cause par quiconque.
La France a besoin de l’Europe, la France veut l’Europe, mais la France ne veut pas que l’Europe se construise contre la nation. La France veut déléguer sa souveraineté pour qu'elle soit exercée en commun parce qu’elle sait bien que toute seule elle n’aura pas les moyens de faire entendre sa voix dans le dialogue des cultures, ni de jouer un rôle décisif dans l’économie globale.
Mais la France ne veut pas par la dérive des jurisprudences et par une interprétation abusive des traités que la démocratie nationale soit vidée de sa substance au profit d’une technocratie communautaire. Elle veut que le principe de subsidiarité soit strictement appliqué et que l’Europe soit un multiplicateur de puissance, non une cause d’affaiblissement.
Elle veut que l’Europe soit une protection, non le cheval de Troie d’une concurrence déloyale.
Elle veut le marché unique et la libre concurrence à l’intérieur de l’Europe mais elle ne peut accepter que l’Union serve de prétexte à tous les dumpings fiscaux et à tous les dumpings sociaux. Elle veut le droit à la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’Europe mais elle ne peut pas tolérer que certains pays négligent le contrôle de leurs frontières ou que d’autres procèdent sans concertation à des régularisations massives d’immigrés clandestins.
Elle veut les règles du libre-échange mais si tout le monde les respecte.
Elle veut être un acteur de la mondialisation mais elle ne veut pas que l’éducation, la santé, la culture, l'agriculture ou l’environnement soient soumis au seul droit du commerce et à la seule loi du profit.
Elle veut tirer des leçons des expériences réussies des autres nations, mais elle ne veut en imiter aucune.
Elle veut être l’amie de tout le monde, mais elle ne veut être la vassale de personne.
Elle veut être idéaliste, mais elle ne veut pas être naïve.
Elle veut être ouverte et accueillante mais elle ne veut pas se dissoudre.
Il n’y a, à mes yeux, qu’une seule politique qui vaille pour la France : celle qui défend en toute circonstance son honneur, son identité, ses intérêts et ses valeurs. Au final, sa capacité à être exemplaire.
La République c'est aussi une certaine idée de l'Etat.
En France l’Etat a une importance qu’il n’a nulle part ailleurs.
C’est l’Etat qui a fait la France.
C’est l’Etat qui a forgé la nation et qui en a maintenu l’unité.
C’est l’Etat, tour à tour administrateur, militaire, instituteur, entrepreneur qui nous a faits ce que nous sommes.
Toujours, l’effondrement de l’Etat a coïncidé avec l’effondrement de la nation.
Nous ne moderniserons pas la France et nous ne conforterons pas la République sans refaire l’Etat.
Je récuse l’étatisme et le dirigisme.
J’ai la conviction que l’Etat n’a pas vocation à se mêler de tout, à intervenir partout.
J’ai dénoncé plus que quiconque les dérives et les excès de l’Etat-Providence qui ont contribué à créer un climat délétère d’irresponsabilité, d’assistance et de nivellement.
Je ne suis pas spontanément porté au jacobinisme et au centralisme.
Mais je ne suis pas de ceux qui pensent que c’est en abaissant l’Etat que l’on relèvera la France.
La France pour être forte a besoin d’un Etat fort.
Or, aujourd'hui il est faible parce qu’il est étouffé par son endettement et par sa bureaucratie.
Il est faible parce qu’il se charge de trop de missions qu’il n’a pas les moyens d’accomplir.
Il est faible parce qu’il est miné par les corporatismes et paralysé par les conservatismes.
La faiblesse de l’Etat, elle est dans le renoncement politique bien plus que dans la défaillance de l’administration.
Quand l’Etat est humilié c’est la France qui est humiliée. Quand l’autorité de l’Etat est bafouée c’est la République qui est bafouée. Quand l’Etat est faible ce sont les plus vulnérables qui en souffrent le plus.
Comme en 1958 il faut refaire l'Etat. Sauf que le problème aujourd'hui n'est pas dans la Constitution. Il est dans les comportements, dans les façons de penser, dans la manière de gouverner.
Je veux un Etat respecté.
Je veux un Etat que les fonctionnaires soient heureux de servir et dont les Français soient fiers.
Je veux un Etat exemplaire sur le plan de la diversité et de la lutte contre les discriminations.
Je veux un Etat qui domine les intérêts catégoriels au lieu d’être dominé par eux.
Je veux un Etat qui ne soit pas fragilisé par le laxisme et par la fraude.
Je ne veux pas que ceux qui ne veulent rien faire, que ceux qui ne veulent pas travailler vivent sur le dos de ceux qui se lèvent tôt et qui travaillent dur.
Je ne veux pas que ceux qui fraudent l’assurance chômage, l’assurance maladie, les allocations familiales, ceux qui escroquent le fisc ou les ASSEDIC, ceux qui détournent de l’argent public par copinage ou par favoritisme, continuent à mettre en péril la solidarité nationale.Parce que cela renforce la crise morale et la défiance vis-à-vis de ceux qui sont vraiment dans le besoin.
Il y a beaucoup d’économies à faire dans l’Etat. Mais ce ne sont pas les économies qui feront la réforme, c’est la réforme qui fera les économies. Et c’est la réforme aussi qui fera la croissance.
Depuis 20 ans, on échoue à réformer l’Etat parce que l’on se refuse à y consacrer les moyens nécessaires.
Je propose que soit créé un budget annexe dédié exclusivement à la réforme de l’Etat qui sera abondé par les recettes de privatisation. Je propose que le principe de la gestion de l’Etat soit désormais la productivité et l’efficacité de la dépense publique, et non plus les tours de vis indifférenciés qui accroissent les dysfonctionnements au lieu de les réduire.
Je propose que l’on entreprenne la réforme de l’Etat par l’évaluation des politiques publiques, en supprimant celles qui ne sont pas efficaces ou qui sont contradictoires.
Je propose que l’on supprime tous les organismes, toutes les commissions, tous les comités, tous les observatoires qui ne servent à rien, et qu’on continue de créer à tour de bras pour satisfaire des clientèles ou pour faire croire qu’on est décidé à s’attaquer à des problèmes qu’en réalité on ne veut pas résoudre.
On ne refera pas l’Etat sans les fonctionnaires. A fortiori contre eux. Je veux le dire ce soir : je n’aime pas la façon dont on parle des fonctionnaires dans notre pays.
Chercher à opposer les salariés du secteur public à ceux du secteur privé est dangereux.
Chercher à faire des fonctionnaires le boucs émissaires de la faillite des politiques dont ils ne sont en rien responsables est indigne.
Chercher à faire passer les fonctionnaires pour des privilégiés est injuste.
Les fonctionnaires sont comme tout le monde, ils veulent être reconnus et ils veulent être respectés. Ils sont prêts au changement mais ils veulent y être associés.
Les fonctionnaires ont la sécurité de l’emploi, mais ils ont vécu depuis 25 ans la même dégradation de leurs conditions de travail et de leur pouvoir d’achat que tous les autres salariés.
L’ascenseur social est en panne dans le secteur privé. Il l’est aussi dans le secteur public. La promotion interne s’est ensablée dans les contraintes budgétaires et les méandres de la gestion des corps.
Au fonctionnaire qui se sent mal payé, je dis que ma volonté est qu’il y ait moins de fonctionnaires mais qu’ils soient mieux payés et mieux considérés.
Au fonctionnaire qui se sent démotivé parce que ses efforts ne sont jamais récompensés je dis que mon objectif est que le mérite soit reconnu et les gains de productivité partagés.
Au fonctionnaire qui est prisonnier des règles de gestion des corps je dis que mon objectif est de supprimer la gestion par corps pour la remplacer par une gestion par métier qui ouvrira des perspectives de promotion professionnelle beaucoup plus grandes. Je ne veux pas que la seule voie de réussite soit celle des concours et des examens. L'expérience, cela compte aussi.
A l’infirmière qui veut progresser je dis que je veux lui donner la possibilité d’acquérir une formation complémentaire qui lui permette de devenir médecin par la promotion interne si elle en a l'aptitude et la motivation. Je veux par dessus tout qu'elle gagne plus parce qu'elle le mérite.
Au fonctionnaire qui souffre de la désorganisation créée par les 35 heures, en particulier à l’hôpital, je dis que mon objectif est la remise à plat complète des 35 heures dans le secteur public de sorte que ceux qui veulent travailler davantage et gagner davantage aient le droit de le faire.
Au fonctionnaire de police, au professeur, à l'agent hospitalier, au chauffeur de bus, au contrôleur de la SNCF qui se font insulter, agresser, menacer, je dis que cette violence dont ils sont les victimes est inacceptable et qu’elle doit être éradiquée, parce qu’ils ont droit à leur dignité et parce qu’à travers eux c’est à l’autorité de l’Etat qu’on porte atteinte, c’est la République qu’on offense.
Je veux dire aux juges que je veux une justice respectée.
Je veux dire aux juges que je sais à quel point leurs conditions de travail sont difficiles, à quel point leurs moyens matériels et humains sont insuffisants. Je veux leur dire combien la justice à mes yeux est une institution essentielle de la République.
Mais je veux leur dire aussi que dans la République nul ne peut prétendre se soustraire à la critique. Je veux leur dire que l’indépendance de la justice ne peut les exonérer d’avoir à rendre compte au peuple de la manière dont la justice est rendue en son nom. Je veux rappeler qu’ils ont mission d’appliquer la loi, non de la faire. Je veux rappeler qu’ils ont à juger en fonction du droit et non d’une idéologie. Je veux rappeler qu’ils ont pour fonction de rendre justice aux victimes.
Je veux leur dire que je serai toujours à leurs côtés pour défendre l’indépendance de la justice et l’accroissement de ses moyens.
Mais je serai toujours l’adversaire du corporatisme judiciaire, de l’impunité des juges qui ont commis des fautes, d’une justice qui n’aurait d’autre but que d’accorder davantage de considération au délinquant qu’à la victime.
Dans la République, la justice est rendue au nom du peuple.
Je propose qu'en correctionnelle, pour les affaires les plus importantes, on introduise le jury aux côtés des magistrats comme c'est déjà le cas en assises.
La parole rendue au peuple, le pouvoir redonné au peuple, c'est ça la République.
La République c’est aussi le civisme, une certaine idée du mérite et de l'équité.
J’ai proposé à la jeunesse de France d’instituer le service civique obligatoire. On m'a répondu que c’était impossible. Nos aïeux ont fait le service militaire obligatoire et nous, nous ne serions pas capables de faire le service civique obligatoire ! De qui se moque-t-on ? Il faut en finir avec cette pensée unique qui dit toujours que ce qui est nécessaire est impossible. C’est ça la rupture !
La République pour moi c’est à chacun selon son mérite.
La République pour moi c’est le travail récompensé. C’est le partage des fruits de la croissance. Ce n’est pas tous les profits pour quelques-uns et rien pour tous les autres.
Je le dis comme je le pense : aujourd’hui en France les prix sont trop hauts et les salaires sont trop bas.
L'euro que j'ai voté a masqué une réelle hausse des prix qui pèse sur le pouvoir d'achat, les 35 heures ont empêché la hausse des salaires.
Bloqué entre la concurrence des pays à bas salaires, l'appréciation de l'euro et le chômage de masse, le salarié français ne voit pas le bout du tunnel de la rigueur salariale alors qu'il doit faire face à l'envolée des prix de l'énergie et de l'immobilier.
Je le dis comme je le pense : il y a en France beaucoup trop de travailleurs pauvres c'est à dire qui n'ont pas la récompense de leurs efforts.
La République pour moi ce n’est pas seulement l’augmentation du SMIC comme le proposent les socialistes. C’est l’augmentation des salaires pour tous ceux qui le méritent.
Je propose que les subventions aux nouveaux Etats membres de l'Europe ne puissent pas servir à alimenter le dumping fiscal à l'intérieur de l'Europe. Ils ne peuvent pas être à la fois suffisamment pauvres pour bénéficier des subventions et suffisamment riches pour baisser leurs impôts. La solidarité européenne, ce n'est pas pour moi des pays qui importeraient nos ressources fiscales pour mieux exporter leur chômage.
Je propose que les heures supplémentaires soient exonérées de toutes charges salariales et de tout impôt pour que ceux qui veulent travailler davantage pour gagner plus puissent le faire.
Je propose que le maintien des exonérations de charges pour les entreprises soit dorénavant conditionné à la hausse des salaires et à la revalorisation des grilles de rémunérations fixées par les conventions collectives.
Je propose que la participation soit débloquée pour libérer du pouvoir d'achat et que toutes les entreprises soient incitées à la mettre en œuvre.
Je propose que les plans de stock-options, lorsqu'une entreprise y recourt, concernent obligatoirement l'ensemble des salariés.
Je propose que la prime pour l'emploi revienne à sa vocation d'origine qui était l'incitation au travail et qu'elle ne devienne pas qu'un complément de salaire qui soit un encouragement à la modération salariale.
La République c'est enfin pour moi une certaine idée de la liberté.
C’est la liberté d’expression et la liberté de conscience qui sont de nouveau menacées par le fanatisme et par l’extrémisme. Nulle divergence d’opinion n’autorise la menace de mort. Nous n’avons pas séparé dans la douleur l’Eglise et l’Etat il y a 100ans pour composer aujourd’hui avec le fanatisme religieux.
La République pour moi c’est la liberté d’aller et de venir sans se faire agresser.
C’est la liberté de choisir sa manière de vivre en fonction de ses aspirations.
C’est la liberté de choisir l’école de ses enfants.
C’est la liberté de travailler plus pour gagner plus ou de travailler moins pour gagner moins.
C’est la liberté pour la femme de choisir d’élever ses enfants et de travailler. C'est pourquoi je propose que toutes les familles de France puissent laisser leurs enfants en études dirigées après les cours sur la base du volontariat et que ces derniers rentrent à la maison leurs devoirs faits.
C’est la liberté d’entreprendre.
C’est la liberté de léguer à ses enfants le fruit de son travail.
C’est l’augmentation du pouvoir d’achat parce que le pauvre n’est pas libre.
C’est l’emploi parce que le chômeur n’est pas libre.
C’est l’effort personnel comme contrepartie de l’aide parce que l’assisté n’est pas libre.
C’est l’éducation et la culture pour chacun parce que l’ignorant n’est pas libre.
La République pour moi c’est l’égalité réelle qui n'est pas l'égalitarisme comme condition de la liberté.
Comment peut-on encore parler de République quand le destin de l’enfant est à ce point déterminé par le quartier où il est né ?
Comment peut-on parler de République quand l’origine ethnique constitue à ce point un obstacle à l’ascension sociale ?
Comment parler de la République au fils de harki, à l’enfant noir ou au fils de l’immigré maghrébin qui mesure le peu de chances qu’il a d’accéder un jour à des postes de responsabilités ou même simplement de trouver un emploi ?
Comment parler de la République à ceux dont les enfants se font racketter à l’école et qui ont peur de sortir de chez eux parce qu’ils subissent la loi des bandes et des caïds ?
Comment faire aimer la République à tous ceux qu’elle laisse à l’écart : travailleurs pauvres, mères qui élèvent seules leurs enfants, ruraux qui voient partir tous les services publics, agriculteurs à la pension de retraite dérisoire, ouvriers de l’industrie en concurrence avec la main d’œuvre bon marché du Tiers-Monde, jeunes qui mettent des années à accéder à un emploi stable, personnes âgées abandonnées à leur solitude ?
Comment faire espérer dans une République qui continuerait à tenir si peu ses promesses ?
Je ne me résigne pas à ce qui serait un désastre.
Je veux l’égalité des chances pour tous.
C'est pour cela que je propose à la jeunesse des internats d’excellence, des classes de 15 élèves dans les banlieues défavorisées, les devoirs faits à l’école, le droit à la formation tout au long de la vie, le droit à la deuxième chance, le droit à la première expérience professionnelle, le droit à la création. Et le plus important peut-être : le droit pour tous à une éducation d’excellence.
Parce que l’élitisme républicain a toujours fait davantage pour la promotion sociale que le nivellement et l'égalitarisme.
Parce qu’il n’y a pas plus grand mépris vis-à-vis d’une partie de la jeunesse que de la croire indigne des grandes œuvres de l’esprit, et de la culture la plus exigeante.
Je veux la culture pour chacun, parce la culture c’est la clé de l’égalité des chances.
J’ai proposé aussi la suppression de la carte scolaire parce qu’elle favorise la ségrégation sociale. On m'a répondu que c’était injuste et anti républicain. Comme si ce n’était pas plutôt d’obliger les enfants de familles modestes à fréquenter des écoles qui concentrent tous les handicaps sociaux qui était profondément injuste et anti républicain !
D’autres comme d’habitude m’ont dit que c’était impossible. J’ai envie de leur répondre : si vous croyez sincèrement que tout ce qui renforce la justice est impossible ne faites pas de politique et, une fois pour toutes, laissez dormir la République ! Je veux leur dire : la différence entre vous et moi c’est que je veux faire en sorte que tout ce qui est nécessaire et qui est juste devienne possible et vous ne le voulez pas !
Je veux l’égalité des territoires devant le service public. Je veux que les services publics reviennent dans les quartiers en difficulté.
Je veux que les services publics restent présents dans les zones rurales.
Je veux la mutualisation des risques par le moyen d’un cautionnement public pour que le malade puisse emprunter, pour que l’enfant de famille modeste ait le même droit à l’emprunt que l’enfant de riche, pour que celui qui n’a pas les moyens d’apporter une garantie puisse quand même louer ou emprunter pour financer ses projets.
Je veux que grâce à la mutualisation des risques il y ait plus d’investissement immobilier, plus d’opportunités d’entreprendre, plus de création, plus d’invention, plus de consommation et donc plus d’égalité de chances et plus de croissance.
Je veux qu’il y ait plus d’égalité et de justice dans les retraites.
La nécessaire réforme des régimes spéciaux doit être l’occasion de mieux prendre en compte la pénibilité réelle du travail.
Je pense notamment aux agriculteurs. Je pense plus encore à leurs veuves qui ont tant travaillé toute leur vie et qui ne touchent pas de quoi vivre. Je pense à ces femmes du Périgord si dures à la peine et que le veuvage réduit presque à la misère.
Je trouve que c'est bien mal récompenser leur peine et leur courage, et à travers elles celles de toutes ces femmes admirables, de ces épouses infatigables, de ces mères dévouées qui n'ont jamais pris de vacances de leur vie et pour lesquelles la durée du travail, les jours fériés et les congés payés n'ont jamais rien voulu dire. Je trouve que c'est indigne de notre République.
En 1936, pour la première fois dans l'histoire de France, trois femmes entrèrent dans le gouvernement Léon Blum. Suzanne Lacore fut l'un d'entre elles. Elle était institutrice en Dordogne. Elle est morte centenaire dans un petit village tout près d'ici. Le combat de sa vie était pour la condition de la femme. Dans les années 30 elle avait écrit : "la femme entend être non une ménagère et une maman avant tout. Avant tout elle veut être elle-même. Non un moyen, mais un être humain ayant sa fin en soi". L'aspiration demeure toujours aussi insatisfaite et toujours aussi vive. Depuis qu'en 1944 le Général de Gaulle a fait entrer les femmes de plain-pied dans la République en leur donnant le droit de vote, les progrès ont été bien insuffisants. Je le dis là encore comme je le pense : malgré la loi sur la parité, malgré la loi sur l'égalité professionnelle, les femmes ne sont pas encore des citoyennes à part entière dans notre République.
Je veux un Etat exemplaire en matière d'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et on est encore bien loin du compte.
Je veux que dans les conseils d'administration des entreprises publiques il y ait au moins 50% de femmes. Je veux que le principe de la parité tel qu'il s'applique à la politique s'applique aussi aux représentants du personnel dans les entreprises.
Je veux que le temps passé à l'éducation des enfants soit intégralement pris en compte pour le calcul des retraites, que les femmes aient continué de travailler en les élevant ou qu'elles aient cessé de travailler pour les élever.
Je veux que les femmes qui ont cessé longtemps de travailler pour élever leurs enfant et qui se séparent de leur mari soient davantage aidées pour retrouver un emploi.
Je veux que les femmes au chômage qui cherchent un emploi aient le droit de faire garder leurs enfants comme les femmes qui travaillent.
Je veux que la violence conjugale soit plus durement réprimée et que les femmes qui en sont victimes soient mieux accompagnées.
Je veux répéter qu'aucune coutume, aucune culture d'origine, aucune pratique religieuse ne saurait en France autoriser quiconque à proclamer l'infériorité intrinsèque de la femme. Je veux que partout en France les femmes soient libres de se promener en jupe, libres de vivre comme elles l'entendent, libres de se marier à leur guise.
Je veux que la République s’attaque aux nouvelles inégalités. Depuis des années, au nom de la morale républicaine, on proclame des droits qui ne sont pas suivis d’effet.
Parce qu’au fond personne ne se sent réellement concerné.
Parce que dans les méandres de la décentralisation les institutions et les collectivités ne cessent de se défausser les une sur les autres.
Qu’il s’agisse de l’hébergement d’urgence, du logement, de la garde des enfants, de la dépendance des personnes âgées, cela n'avance pas assez vite.
Il faut passer des droits virtuels aux droits réels.
Je propose que l'on passe de l'obligation de moyens à l'obligation de résultats. Parce que la question en politique ce n'est pas de savoir si oui ou non on a fait tout ce qu'on a pu pour résoudre un problème mais de savoir si oui ou non on l'a résolu.
Je propose que pour chaque droit nouveau une collectivité responsable soit désignée, de sorte que la responsabilité politique soit clairement établie.
Je propose que les citoyens puissent faire valoir leurs droits devant les tribunaux face aux collectivités ou aux institutions qui ne se seraient pas donné les moyens de rendre effectifs les droits dont elles sont responsables. Sinon il ne se passera rien parce que tout le monde continuera à ne pas se sentir concerné.
Pour faire cesser cette honte de ceux qui n'ont rien et sont condamnés à dormir sur les trottoirs, je propose que le droit à l'hébergement devienne opposable devant les tribunaux et que les collectivités publiques concernées disposent de deux ans pour créer les places nécessaires pour accueillir ceux qui n'ont même pas un toit pour s'abriter.
Pour que ceux qui travaillent ou qui ont travaillé toute leur vie aient la possibilité de se loger dignement, pour que le jeune qui gagne le SMIC ne soit pas obligé d'habiter indéfiniment chez ses parents, je propose qu'au bout de cinq à dix ans le droit au logement devienne opposable de façon à créer une forte incitation à construire des logements manquants là où ils sont nécessaires pour que tous les français puissent trouver un toit.
Pour faire cesser la situation insupportable de la mère qui travaille, qui élève seule ses enfants et qui n'arrive pas à les faire garder, je propose que le droit de faire garder ses enfants quand on travaille ou quand on est à la recherche d'un emploi devienne opposable au bout de cinq ans afin d'obliger tout le monde à créer au plus vite les capacités d'accueil nécessaires.
Pour faire cesser le scandale des personnes âgées condamnées à mourir dans la solitude parce que tout le monde s'est désintéressé de leur sort et pour que la dépendance puisse être prise en charge dans la dignité, je propose que le droit à la prise en charge de la dépendance devienne opposable au bout de cinq ans pour qu'enfin l'effort de la nation en faveur des personnes âgées soit à la hauteur des enjeux.
C'est ambitieux, mais ce n'est pas utopique.
C'est cela, la rupture : se donner les moyens de construire une société où chacun de ceux qui ont une responsabilité se trouve obligé de se sentir concerné par les drames humains et les souffrances sociales.
C'est cela la rupture : ne plus tolérer des injustices qui font honte à notre République.
L'Angleterre et l'Ecosse ont un droit au logement opposable, et la France ne pourrait pas y songer ?
Au Danemark, les femmes qui travaillent n'ont pas de problème de garde d'enfants et la France, elle, ne pourrait pas résoudre ce problème ?
Je vous le dis : l'opposabilité des droits va tout changer.
En devenant effective de façon irréversible à une date donnée, elle mettra tout le monde au pied du mur.
La République ce n'est pas proclamer des principes que l'on n'applique pas, ce n'est pas non plus rendre supportables des inégalités qu'on ne veut pas réduire.
Ne plus tolérer l'intolérable. Ne plus accepter l'inacceptable. Voilà la rupture que je vous propose !
Pour compenser la discrimination négative il faut de la discrimination positive. Je propose un volontarisme républicain qui passe du discours aux actes. Je ne veux pas faire une discrimination positive sur des critères ethniques qui serait la négation de la République. Mais je veux que sur la base de critères économiques, sociaux, éducatifs, on mette tous les moyens nécessaires pour combler des écarts qui sont devenus insupportables et qui mettent en péril la cohésion nationale.
Il faut aider ceux qui veulent s’en sortir à s’en sortir.
Cela vaut d'abord pour les bassins d'emploi durement touchés par les fermetures d'activité et les délocalisations. Dans le cadre de la sécurité sociale professionnelle que je propose, les personnes percevant des bas salaires et qui perdent leur emploi doivent pouvoir bénéficier d'indemnités de chômage équivalentes à leur niveau antérieur de rémunération. Ce droit à compensation intégrale doit avoir pour contrepartie l'obligation dûment vérifiée de s'engager immédiatement dans une démarche active de recherche d'emploi. Conjugué à des services de l'emploi plus performants car profondément rénovés, à des droits à formation renforcés à travers la création d'un compte-épargne formation individuel, à un droit du travail simplifié et modernisé pour faciliter les embauches, il offrira des garanties nouvelles à tous ceux qui, malgré les coups du sort, n'ont pas renoncé à vivre debout des fruits de leur travail.
Cela vaut ensuite pour les individus qui souffrent des blocages de notre société.
Je propose une politique massive de discrimination positive non comme une réparation, non comme une compensation, mais comme un investissement, comme la possibilité donnée à celui qui veut faire des efforts de réussir, d’exploiter ses talents, de tenter sa chance. Je veux qu’on n’aide pas seulement les territoires ou les quartiers mais aussi les personnes. Aménager les territoires, rénover les immeubles c’est bien. Donner de la sécurité, de l’instruction, du travail, des moyens de transport à ceux qui les habitent, c’est mieux.
A ceux qui pensent que cela coûtera trop cher, je veux dire que ne pas faire assez pour restaurer le sentiment de l’égalité et de la justice coûterait infiniment plus cher.
A ceux qui pensent que la pureté idéologique de la République pourrait en souffrir, je veux dire que la République souffrira bien davantage de la persistance d’injustices intolérables. A ceux qui pensent que les bénéficiaires de la discrimination positive prendront les places des autres, je veux dire qu'il n'en sera rien car des places supplémentaires seront créées à cette fin.
C’est la violence née du sentiment d’injustice qu’il nous faut conjurer.
Ce sentiment d’injustice, il n’est pas que dans les quartiers défavorisés où s’entassent les enfants d’immigrés.
Il est dans les taudis des grandes villes.
Il est sur les trottoirs des rues.
Il est dans nos campagnes.
Il est dans nos usines.
Il est dans le cœur de tous les Français auxquels on ne rend pas justice de leurs efforts, de leur travail et de leur peine.
Notre République est un chef-d’œuvre mais c’est un chef-d’œuvre qui a besoin d'être conforté.
Tous les conservatismes se sont coalisés pour en faire une formule creuse qui sert de paravent ou d’alibi à nos renoncements, à notre immobilisme.
La République est une grande idée qu’on a dénaturée.
La République est un idéal qu’on a détourné.
On dit que la France est vouée au déclin et que les Français n’ont plus la volonté de se battre. On dit que la France n’est pas réformable et que les Français ont peur. On dit que la France est bloquée et que les Français sont fatigués.
Vous êtes la preuve vivante du contraire.
Vous êtes l’espérance qui ne veut pas s’éteindre.
Vous êtes les témoins d’une France qui veut renaître et qui ne craint ni le changement, ni l’avenir.
Vous êtes les témoins d’une France qui n’a pas peur de la rupture.
La rupture que je souhaite est au cœur de la République. C'est le meilleur de ce que la République nous a donné, en brisant les chaînes et les liens.
C'est le message de 1789, de 1848, de l'Appel du 18 juin. Quand un peuple décide de rompre ses entraves pour plus de libertés, plus d'égalité, plus de fraternité.
Je vous le promets, nous allons construire une France nouvelle dont vous serez les acteurs.
Je souhaite sceller un nouveau pacte avec tous les Français.
15:59 Publié dans Discours | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, 2007, discours périgueux
03.09.2006
Discours intégral - Université d'été des jeunes Populaires UMP - Marseille le 3 septembre 2006
Nicolas Sarkozy,
Président de l’Union pour un Mouvement Populaire
A vous voir si nombreux, je n’ai qu’un mot à la bouche pour exprimer mon émotion ce matin mais, chacun doit le comprendre, c’est vraiment du fond du cœur que je veux vous le dire : merci !
Longtemps j’ai réfléchi à ce que la politique avait à dire à la jeunesse.
Longtemps je me suis demandé comment il fallait parler en tant qu’homme politique à une jeunesse qui a cessé d’écouter les hommes politiques et surtout de leur faire confiance.
Si elle ne les écoute pas c’est parce qu’elle ne les comprend pas.
Si elle ne leur fait plus confiance c’est parce qu’elle a le sentiment qu’elle a souvent été trahie.
C’est conscient de cette réalité que j’ai appelé à une rupture dans nos comportements, dans nos méthodes, dans notre façon d’appréhender le débat d’idées. Aujourd’hui je persiste et je signe : la rupture est nécessaire.
Toute jeunesse a quelque chose à prouver. Elle a besoin de croire qu’elle peut transformer le monde. Elle a besoin d’imaginer que tout est possible.
Elle rejettera la classe politique si celle-ci continue à répéter : « je n’y peux rien ».
Elle condamnera une politique qui prétendra construire le monde de demain avec les idées d’hier.
Je veux une politique qui rende possible ce qui est nécessaire. Je veux tourner le dos à une politique qui explique que ce qui est nécessaire est impossible.
Cette fascination pour la fatalité coupe les ailes de la jeunesse.
Mais en coupant les ailes de la jeunesse, chacun doit être conscient que l’on coupe les ailes à la société tout entière. Car dans un monde où les rêves de la jeunesse ne se réalisent jamais, les portes de l’avenir se ferment pour tous, quel que soit leur âge.
C’est quand la jeunesse commence à devenir une espérance que l’histoire cesse d’être un recommencement pour devenir une invention. C’est quand les hommes de la Renaissance se sont mis à croire que tout était possible que tout a pu changer. La Renaissance s’est laissée alors porter par les rêves de la jeunesse.
Jeune, j’ai été ému par la prière de Michel-Ange : « Seigneur accordez-moi la grâce de toujours désirer plus que je ne peux accomplir ». C’est ce que je veux souhaiter à chacun de vous, que dans vos vies vous gardiez toujours l’envie de vous surpasser, le désir de réaliser, la volonté de faire de votre existence quelque chose de grand et de fort. L’histoire nous enseigne que c’est de l’imagination fiévreuse de la jeunesse que sont sorties toutes les grandes révolutions des temps modernes.
La Révolution Française a été accomplie par des jeunes gens. Les fédérés marseillais qui montaient à Paris en 1792 n’avaient pas 20 ans pour la majorité d’entre eux. Les soldats de l’An II n’étaient pas plus vieux et ils étaient commandés par des généraux de 25 ans. Après avoir été les héros de Valmy, de Jemmapes et de Fleurus, ils eurent l’énergie d’être encore les acteurs d’Austerlitz, d’Iéna et d’Eylau…
Quand la Révolution fut terminée, quand Napoléon eut cessé « de faire ses plans de bataille avec les songes de ses soldats endormis », leurs enfants s’éveillèrent de leurs rêves de gloire et de conquête. « Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse ». Elle se releva pour inventer le romantisme, la peinture moderne, la révolution industrielle.
Quand le XXe siècle s’ouvrit ce furent encore des poètes et des peintres de 20 ans et des savants de 26 ans qui refirent le monde.
En 14-18 la jeunesse française fut héroïque. Sur 1,3 million de morts un tiers avaient moins de 30 ans. En 18 on mobilisa les jeunes Français à 18 ans.
Après l’armistice, une fois de plus assise sur un monde en ruines, cette jeunesse meurtrie, à peine sortie du massacre était convaincue que le monde était absurde et que l’homme était seul. Et pourtant elle aussi sut se relever. Elle fit jaillir de sa souffrance et de son doute le surréalisme, le cubisme. Elle échoua hélas à faire mettre la guerre hors-la-loi.
En 40 les premiers résistants avaient à peine 16 ans. Les cinq martyrs du lycée Buffon avaient entre 15 et 18 ans quand ils furent assassinés par l’occupant. Guy Môquet 17 ans et demi quand il fut fusillé. Il écrivit à ses parents avant de mourir : « J’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. 17 ans et demi… Ma vie a été courte ! Je n’ai aucun regret si ce n’est de vous quitter tous ». On peut être grand quand on a 17 ans…
Ses camarades gravèrent sur les murs de leur cellule « nous vaincrons quand même ».
La jeunesse ne doit jamais s’avouer vaincue…
Cette génération de la Résistance, rescapée des camps et des maquis, dont l’épreuve avait décuplé l’ardeur, voulut réussir là où ses pères et ses grands-pères avaient échoué.
De l’âme blessée de cette jeunesse, de son innocence perdue d’avoir vu de si près la mort et la barbarie, de ses mains encore tremblantes d’avoir tenu les armes, jaillit la reconstruction, les Trente Glorieuses, la décolonisation, l’Europe, et la sécurité sociale. La jeunesse peut être invincible…
Après le drame algérien, sur fond de guerre du Vietnam et de guerre froide une génération nouvelle se leva à son tour. Elle proclama vouloir vivre sans contrainte et jouir sans entrave.
En mai 68, au plus fort de la révolte étudiante, Georges Pompidou avait dit : « je ne vois de précédent dans notre histoire qu’en cette période désespérée que fut le XVe siècle, où s’effondraient les structures du Moyen-Age et où, déjà, les étudiants se révoltaient en Sorbonne… ».
En juin 1969, alors qu’il venait d’être élu Président de la République, il déclarait : « Le monde a besoin d’une Renaissance et aucun de ceux qui détiennent des responsabilités – qu’elles soient politiques, économiques, sociales, intellectuelles ou proprement spirituelles – n’a le droit de penser qu’il n’est pas concerné ».
Le progrès matériel ne suffisait plus à la génération de mai 68. Elle aspirait à l’idéal. Elle y aspirait d’autant plus qu’elle était l’enfant du plein emploi et de la croissance. Elle dilapida l’héritage sans apporter ce supplément d’âme dont elle dénonçait le manque. Elle installa partout, dans la politique, dans l’éducation, dans la société, une inversion des valeurs et une pensée unique dont les jeunes d’aujourd’hui sont les principales victimes.
Au cœur de cette pensée unique qu’ici je veux dénoncer, il y a le jeunisme, cette idéologie qui dit à la jeunesse qu’elle n’a que des droits et que tout lui est dû. C’est faux.
Il y a, dans le même temps, la dévalorisation du travail et le mépris pour les travailleurs. J’ose le mot car il ne m’écorche pas la bouche. J’ai toujours fait du travail une valeur cardinale de ma vie.
Une partie de la gauche a fait sienne cette idéologie du jeunisme et des 35 h forcées. Elle a trahi la gauche de Jaurès et de Blum. Quand Jaurès disait aux lycéens : « Il faut que, par un surcroît d’efforts et par l’exaltation de toutes vos passions nobles, vous amassiez en votre âme des trésors inviolables » c’était le contraire du nivellement prôné par la gauche d’aujourd’hui.
Quand Blum leur disait : « l’émulation scolaire est une forme de l’égalité vraie, qui n’est pas l’uniformité, mais le développement entièrement libre des puissances individuelles » c’était le contraire de l’égalitarisme vanté par la gauche d’aujourd’hui.
La gauche qui a trahi c’est celle, héritière de mai 68, qui demande aux enfants ce qu’ils ont envie d’apprendre, qui dit à l’élève qu’il est l’égal du maître, qui part en guerre contre l’élitisme républicain qui traumatiserait les mauvais élèves, qui explique aux professeurs que pour enseigner les mathématiques à Paul il faut d’abord connaître Paul plutôt que les mathématiques, et qui promet qu’on donnera le bac à tout le monde. Cette gauche là, au final, accepte la pauvreté pour peu qu’il n’y ait que des pauvres, tolère les retards pour peu que personne ne soit à l’heure, s’accommode des injustices si chacun en est également la victime.
Cette société là, je veux le dire clairement, je n’en veux pas.
Je refuse d’expliquer que le niveau de l’enseignement monte alors qu’il n’y a jamais eu autant d’enfants qui ne savent ni lire ni écrire, que la méthode globale est une réussite, que la démocratisation de l’enseignement est un succès. La vérité c’est que les étudiants qui se sont révoltés en mai 68 étaient des enfants gâtés par les 30 glorieuses. Vous êtes les enfants de la crise.
Ils ont vécu sans contraintes. Vous payez aujourd’hui la facture.
Vous voyez le chômage, la précarité, l’exclusion et vous vous posez tant de questions sur votre avenir.
Vous voyez la discrimination, le racisme, l’antisémitisme et vous enragez de voir la patrie des droits de l’homme mettre au 2ème tour d’une présidentielle Jean-Marie Le Pen.
Vous voyez des gens qui dorment sur le trottoir et l’enfant du tiers monde qui meurt de faim. Vous voyez des malheureux qui sur leur pirogue affrontent l’océan pour gagner ce qu’ils croient être la terre promise et qui perdent la vie avant de toucher le rivage. Et vous n’acceptez pas que le monde qui n’a jamais été aussi riche laisse autant de pauvres sans perspective.
Vous voyez la planète saccagée et vous êtes révoltés de voir l’humanité danser sur un volcan.
Au milieu de tant d’espoirs, de rêves et de promesses que vous offre le monde, au milieu de tous les obstacles que la société dresse devant vous et qui vous empêchent de prendre votre élan j’ai conscience que la jeunesse hésite sans cesse entre la joie de vivre et la peur de vivre.
Le jeune internaute qui s’enferme dans son monde virtuel a peur du monde réel comme le jeune qui s’enferme dans son quartier a peur du monde extérieur. Le jeune qui allonge indéfiniment ses études a peur du monde du travail, comme le jeune qui se drogue a peur de lui-même.
Mais on ne peut pas vivre en s’enfermant ou en fuyant.
Je vous demande de m’aider à agir si vous ne voulez pas subir.
Dans la vie il y a les spectateurs et il y a les acteurs. Il y a ceux qui regardent et il y a ceux qui agissent, ceux qui ont des désirs et ceux qui les réalisent.
La France a besoin des rêves et des désirs de sa jeunesse. Mais à quoi servent les rêves inaccomplis ? Désirer une France nouvelle sans être capable de la construire ou bien chercher à la construire sur des utopies comme les trente cinq heures c’est se condamner à l’échec. La France sera réveillée par ceux qui se lèvent tôt, par ceux qui retroussent leurs manches pour réaliser leurs rêves. Oui, il est possible de construire la France dont vous rêvez et je veux la construire avec vous. Nous la construirons ensemble.
Je ne suis pas venu pour proposer le nième plan quinquennal pour la jeunesse.
Je suis venu vous demander d’être l’âme du changement, d’être les acteurs d’une rupture dont je suis certain, qu’au fond de vous-même, vous l’appelez de vos vœux. Je vous demande par dessus tout de recommencer à espérer parce que si nous sommes ensemble, unis, déterminés, tout sera possible.
Vous voulez la vérité ! Cela tombe bien : je refuse le mensonge !
La vérité c’est qu’à vous maintenir indéfiniment dans un état de dépendance et d’assistance, on risque de vous faire perdre l’estime de vous-mêmes.
La vérité c’est qu’on ne rend pas service à la jeunesse en dépréciant l’effort.
On ne rend pas service à la jeunesse en disqualifiant le mérite.
Pourquoi travailler à l’école si la société ne reconnaît pas la valeur du travail ?
Comment croire à la valeur de l’effort si l’école ne l’a pas inculqué ?
On ne rend pas service à la jeunesse en détruisant l’autorité du professeur et la légitimité du savoir.
On ne rend pas service à la jeunesse en l’enfermant dans la « culture jeune » et en lui enseignant qu’il est inutile qu’elle perde son temps avec tout le reste.
On ne rend pas service à l’élève de 4e auquel on demande d’écrire une autre fin au « Cid » comme s’il était le rival de Corneille.
On ne rend pas service à la jeunesse en lui enseignant que tout se vaut.
On ne rend pas service à la jeunesse en lui faisant croire que tout est gratuit.
La vérité c’est que la jeunesse n’excuse pas tout.
La vérité c’est que si la société a des devoirs envers la jeunesse, la jeunesse a aussi des devoirs envers la société, que si la famille a des devoirs vis-à-vis de ses enfants, les enfants ont des devoirs vis-à-vis de leur famille.
La vérité c’est qu’on ment à la jeunesse en l’infantilisant.
Je ne suis pas venu vous proposer de vous aider à rester des enfants. Je suis venu vous proposer de vous donner les moyens de devenir des adultes à part entière.
Je ne suis pas venu vous proposer de construire votre avenir à votre place. Je suis venu vous proposer de construire ensemble une société où chacun recevra selon son mérite et où chacun aura sa chance.
Je ne veux pas briser vos rêves.
Je veux vous donner les moyens de les vivre.
Je veux vous rendre non la certitude d’un avenir tout tracé, mais l’espoir que vous pourrez vivre la vie que vous aurez choisie.
Je veux vous rendre l’espoir que vous pourrez vous construire une vie meilleure, que l’avenir peut cesser d’être une menace pour redevenir une promesse.
Je veux vous redonner ce qu’on vous a fait perdre de plus précieux : l’envie d’avoir envie.
A ceux qui veulent partir, je veux redonner l’envie de rester. A ceux qui sont découragés, je veux redonner l’envie de réussir.
A ceux qui ne veulent plus rien, je veux redonner l’envie de vouloir.
Je veux redonner à chacun l’envie de relever tous les défis.
Aux enseignants je veux dire comme Jules Ferry : « formez des hommes, non de grands enfants ». Je veux leur dire : vous faites un métier formidable, le plus beau, celui qui transmet le savoir -ce métier, vous le faites dans votre immense majorité en vous donnant pleinement à ce qui pour vous est une vocation- vous avez une autorité à reconquérir. L’Etat peut vous y aider mais vous avez le devoir de le vouloir, parce que le rapport du maître à l’élève ne peut pas être un rapport d’égalité, même si l’élève a vocation, un jour, à dépasser le maître.
L’école, dans le primaire et dans le secondaire, ce n’est pas la délibération, ce n’est pas le colloque permanent. L’école c’est la transmission des savoirs, des normes et des valeurs et au premier rang d’entre elles, de celle du respect.
Je veux une école du respect où les élèves se lèvent quand le professeur arrive, où l’élève différent n’est pas victime de la vindicte des autres, où celui qui a eu le moins de chance en aura autant de réussir que celui que la vie a ménagé.
Je veux leur dire aussi que leur mission n’est pas l’intégration à une société qui est de toute façon la leur, mais la préparation à la vie dans cette société, que la partie de la jeunesse qui souffre le plus ne vit pas une crise de l’intégration mais une crise du rapport à soi et du rapport aux autres, une difficulté croissante à vivre en société, à vivre avec soi, même parmi les autres.
Je veux dire aux pédagogues que s’il ne faut pas écraser la personnalité de l’enfant, ni étouffer sa spontanéité, qu’il faut l’encourager à développer toutes ses potentialités, il ne faut pas pour autant renoncer à l’instruire.
Je veux leur dire aussi que si la jeunesse sait d’instinct qu’elle conquiert sa liberté en apprenant à dire non, ce n’est pas une raison pour lui dire toujours oui.
Aux parents, je veux dire qu’ils ont une responsabilité primordiale dans l’éducation de leurs enfants et qu’ils ne peuvent s’en exonérer. Je veux leur dire que la société peut et doit les aider à assumer cette responsabilité. Mais je veux leur dire aussi qu’ils seront tenus pour responsables de ne pas avoir voulu l’assumer.
A ceux qui sont encore à l’école, et qui ont à apprendre.
A ceux qui sont sur le point d’achever leurs études mais qui seront demain les éducateurs de leurs enfants, je veux dire que la vie est un combat. Je veux dire qu’il n’y a d’appropriation d’un héritage culturel que si celui-ci est conquis et pas seulement hérité.
Je veux dire par-dessus tout que tout se mérite, que rien n’est acquis, que rien n’est donné. C’est bien tout cela qui, au final, confère à l’homme sa dignité et sa liberté.
Vous voulez l’égalité ! Je la veux avec vous.
Je veux que la société vous permette de devenir des adultes, des adultes comme les autres, avec les mêmes devoirs mais aussi les mêmes droits, et la même considération, pas des adultes qu’on traite comme des enfants, pas des adultes qu’on met deux ans à l’essai, qu’on peut licencier sans explication, qu’on peut payer avec un demi-SMIC, pas des adultes au rabais mais des adultes à part entière qu’on respecte, dont on reconnaît le talent, la compétence, le travail, à leur juste valeur. Des adultes auxquels leur travail procure de quoi se loger, de quoi vivre, de quoi fonder une famille.
Je veux pour vous les mêmes opportunités quand vous avez fait les mêmes études et ce, quel que soit le quartier d’où vous venez, quelle que soit la consonance de votre nom, ou la couleur de votre peau.
Vous voulez la justice et l’équité entre les générations parce que les générations qui vous ont précédés ont les créances et que vous aurez les dettes.
Je vous propose de relever le défi de la République.
Je suis de ceux qui pensent qu’elle ne fait pas assez de place à la diversité. Je vous propose une République plus respectueuse de la différence. Je ne veux pas d’une République de l’égalitarisme et du nivellement.
Je vous propose une République fondée sur le mérite et où chacun aura sa chance, où l’on ne craindra pas de compenser les handicaps économiques, sociaux, éducatifs par une discrimination positive qui sera l’autre nom du volontarisme républicain ou de l’égalité réelle, et qui témoignera de notre volonté de combattre les injustices.
Dans la République personne ne doit être laissé de côté. Mais il ne peut pas y avoir de solidarité sans contrepartie.
Je vous propose une République où les droits seront la contrepartie des devoirs.
Je vous propose une République qui renouera avec le civisme comme fondement d’une morale partagée et du lien social.
Je vous propose de réinventer la République en créant un service civique par lequel chaque jeune Français entre 18 et 30 ans donnera aux autres 6 mois de son temps. Ce service pourra être effectué en une fois ou fractionné, à temps plein ou à temps partiel, réalisé en France ou à l’étranger, dans toute activité revêtant un caractère d’intérêt général. Faut-il qu’il soit obligatoire ? Ce mot ne me fait pas peur. Je crois qu’après une expérimentation à grande échelle, car l’entreprise est ambitieuse et complexe, il faut qu’il le soit. Il n’y a pas de République sans obligations de chacun envers tous. Il y a dans l’obligation une pédagogie du devoir et une exigence morale qui permettront à la jeunesse de donner le meilleur d’elle-même et qui imposeront à toute la société de faire une place à la jeunesse. Mais dans sa mise en oeuvre cette obligation ne doit pas être un obstacle de plus pour les études ou pour l’entrée dans la vie active. Elle doit être adaptée aux situations, aux parcours, aux aspirations de chacun. Elle doit pour certains être l’occasion d’engager une formation qui a manqué. Elle doit offrir à chacun un enrichissement, une expérience, un moyen de se réaliser, une occasion de s’engager pour une cause qui lui tient à cœur.
Jeunes Français, la République est à vous. La République c’est vous.
Vous la trouvez austère et exigeante, intransigeante parfois, mais vous lui devez beaucoup. En lui donnant un peu de vous-même vous manifesterez votre appartenance à cette communauté d’hommes libres, égaux en droits et en devoirs.
Car la République est l’affaire de tous. Votre pays a besoin de vous. La société a besoin de vous. Soyez au rendez-vous de la France.
Ne vous y trompez pas, sans la République vous n’aurez pas plus de liberté individuelle, pas plus de justice et de démocratie. Vous aurez le communautarisme, la loi des tribus, chacun renvoyé à ses origines ethniques, à sa religion, vous aurez la citoyenneté à géométrie variable, vous n’aurez pas moins d’intolérance mais davantage.
La République n’est pas un choix. Pour chacun de nous, ce doit être une exigence et un devoir.
Avec vous je veux construire la République du 21ème siècle où sera reconnu le droit pour chacun de faire quelque chose de sa vie et non le droit pour tous de se laisser vivre. Pour cela je vous propose cinq droits nouveaux.
Le premier de ces droits est le droit à l’excellence dans l’éducation et la formation.
Vous voulez être libres ! Vous avez raison. Sachez que cette liberté se mérite. L’ignorant ne peut pas être libre.
L’éducation c’est d’abord la famille si fragilisée par la vie moderne, et pourtant si précieuse pour l’enfant par l’amour, par la protection, par la solidarité qu’elle lui offre, par les valeurs qu’elle est la seule à pouvoir transmettre. Dans le désarroi d’une partie de la jeunesse, il y a des familles désemparées qui n’arrivent plus à faire face à l’éducation de leurs enfants. Ces familles, il faut les aider. Il faut aider la jeune mère trop vite sortie de la maternité. Il faut aider les jeunes parents dans ces premières années d’éducation qui vont peser si lourd par la suite. Je propose qu’on fasse faire les devoirs à l’école pour que l’enfant dont les parents travaillent ne soit pas livré à lui-même. Mais le meilleur service que l’on puisse rendre aux familles c’est la qualité de l’école.
Contre l’angoisse des familles qui s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants, contre le nivellement par le bas, contre la dévalorisation des diplômes, je vous propose un projet éducatif fondé sur l’excellence.
Je ne veux pas installer une sélection qui ne serait que le paravent d’une politique malthusienne qui réserverait les études supérieures à une toute petite fraction de la jeunesse. Mais je ne veux pas non plus d’études supérieures qui soient synonymes d’échec, de déqualification et de chômage. Je veux qu’un nombre plus important de jeunes aient accès à l’enseignement supérieur. Mais je veux que ce soit pour accroître leurs chances de réussite.
Oui, je l’assume, je veux relever le niveau d’exigence de sorte que chacun soit incité à l’effort et au dépassement de soi, de sorte aussi, pourquoi ne pas le dire, que ceux qui n’ont pas envie de travailler ne puissent pas empêcher ceux qui veulent étudier de le faire.
Je propose d’en finir avec le passage en 6e d’enfants qui ne savent ni lire ni écrire, car c’est les condamner à un échec certain.
Je propose d’en finir avec le passage automatique dans la classe supérieure jusqu’en 3e des élèves qui n’arrivent pas à suivre, car c’est les condamner à en faire des exclus au sein de notre école républicaine.
Je propose que lorsque les handicaps sont trop lourds on organise des classes de 15 élèves et que soient créés pour les bons élèves issus de familles modestes des internats d’excellence, pour que chacun ait la chance de bénéficier d’un environnement favorable.
Je propose d’en finir avec l’abaissement du niveau du bac pour pouvoir le donner plus facilement à tout le monde.
Je propose d’en finir avec l’obligation pour l’université d’accueillir des étudiants qui ne sont pas suffisamment préparés aux études supérieures, au point que les deux tiers d’entre eux abandonnent avant la fin de la deuxième année. A l’amertume s’ajoute la perte de temps.
Je propose que l’Université reçoive davantage de moyens mais qu’elle soit plus autonome, plus proche du monde de l’entreprise, plus impliquée dans la recherche, qu’elle puisse réguler l’accès à certaines filières dont les débouchés sont faibles, pour qu’enfin tant d’étudiants ne se retrouvent plus engagés dans des voies sans issues.
Je propose de construire ensemble un projet éducatif qui aura pour finalité de faciliter le passage de la jeunesse à l’âge adulte, non de le retarder.
Je veux construire une école qui donne envie d’apprendre.
Je veux construire une école qui renoue avec une conception exigeante de la culture et du savoir.
Je veux construire une école capable d’être le creuset d’une culture commune.
Chacun est libre de mettre ce qu’il veut dans le mot « culture », libre de trouver son plaisir où il l’entend. Je n’ai jamais partagé l’idée selon laquelle la culture populaire serait une sous-culture, la chanson serait un art mineur, et la valeur d’une œuvre d’autant plus grande qu’elle serait ésotérique et confidentielle. Chaque génération invente des formes de pensée, d’art et de culture, des idéaux, des manières de vivre qui lui sont propres. Vous êtes en train d’inventer les vôtres.
Vous êtes la génération de la communication et des marques.
Vous êtes la génération d’internet, du portable, du rap et de la techno.
Nul ne refera le monde d’avant les SMS, les blogs et les jeux vidéo.
Nul ne refera le monde d’avant la société de consommation, d’avant la globalisation.
Mais il faut s’entendre sur le rôle de l’école. L’école n’est pas faite pour apprendre aux jeunes à être jeunes.
L’école est là pour vous donner les moyens de penser par vous-même, pour vous mettre en contact avec les plus grandes œuvres de l’esprit, pour vous apprendre à faire la différence entre Madame Bovary et un compte-rendu de fait-divers dans un journal, entre Antigone et Harry Potter. Après, vous lirez ce que vous voudrez.
La démocratisation de la culture c’est se donner les moyens de faire comprendre et aimer Sophocle, Shakespeare ou Racine au plus grand nombre. Ce n’est pas supprimer Sophocle, Shakespeare ou Racine des programmes pour qu’un plus grand nombre d’élèves puisse suivre plus facilement. Ce n’est pas alléger le programme de mathématiques pour faciliter la vie de ceux qui doivent faire un effort. C’est faire aimer et comprendre les mathématiques même à ceux qu’elles rebutent.
La démocratisation de la culture c’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes s’engage dans la vie avec dans la tête des notions de science et d’humanité qui leur permettront de se comprendre et de comprendre le monde.
C’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes affrontent l’existence avec l’esprit ouvert pour accueillir toute la beauté du monde et les moyens d’exprimer ce qu’ils éprouvent.
Les maîtres qui ont enseigné à ma génération nous ont fait un cadeau dont alors nous n’imaginions pas le prix en nous faisant réciter les fables de La Fontaine et quelques vers de Verlaine ou de Victor Hugo.
C’est le drame d’une partie de la jeunesse actuelle de n’avoir pour s’exprimer que la violence ou le repli sur soi parce qu’on ne lui a pas donné la culture.
Vous ne perdrez jamais votre temps avec les grandes œuvres de l’esprit. Elles auront toujours quelque chose à vous inspirer.
Vous ne perdrez jamais votre temps avec les peintres, les poètes et les musiciens parce que les peintres, les poètes et les musiciens vous feront voir la beauté des choses. Ils vous apprendront à exprimer l’indicible.
Vous ne perdrez jamais votre temps avec les savants et les philosophes. Ils vous apprendront à chercher votre vérité.
Mais je veux construire une école qui n’opposera pas le corps et l’esprit et qui ne confondra pas le sport avec l’éducation physique. Je veux construire une école où le sport sera considéré comme une discipline fondamentale parce que le sport est une morale de l’effort et une éthique. Parce que le sport c’est le dépassement de soi et le respect des autres.
Je veux construire une école où la culture technique sera partie intégrante de la culture générale et qui fera découvrir aux élèves les cultures et les métiers de l’artisanat pour que chacun puisse choisir sa voie en fonction de ses goûts et pas seulement à travers la sélection par l’échec. Je veux que l’apprentissage soit une vocation et non un pis aller. Au fond je veux que l’apprentissage devienne une filière d’excellence
Vous voulez trouver un emploi ! C’est une juste revendication. Et ma plus grande ambition c’est que dans 5 ans le taux de chômage soit tombé dans notre pays à 5 %.
Vous voulez vivre de votre travail ! Ce doit être un droit pour chacun.
Alors je vous propose de relever le défi du chômage de la seule façon possible, en revalorisant le travail parce que c’est le travail qui crée le travail. Je vous propose de moins taxer le travail pour enrichir le contenu en emploi de la croissance. Je vous propose de gagner plus si vous travaillez plus. Je vous propose de ne plus payer aucun impôt ni aucune charge sur les heures supplémentaires. Je vous propose d’encourager l’embauche en sécurisant les parcours professionnels plutôt que les emplois, c’est-à-dire en faisant en sorte que chacun ait un emploi, tout en acceptant que l’emploi change.
Je vous propose de remplacer la logique du partage par celle de la croissance, car il faut créer la richesse avant de la distribuer.
Je vous propose de relever le défi de la société de la connaissance.
Dans la société de la connaissance c’est la formation qui fait la compétitivité.
Dans la société de la connaissance c’est le capital humain qui fait la croissance.
Dans la société de la connaissance on ne peut pas s’arrêter d’apprendre.
Dans la société de la connaissance on ne peut pas vivre sur ses acquis.
Dans la société de la connaissance l’inégalité d’accès au savoir est la pire des inégalités.
Dans la société de la connaissance l’égalité des chances c’est donner à chacun tout au long de sa vie l’accès au savoir.
Le deuxième droit nouveau que je vous propose, c’est le droit à l’éducation et à la formation tout au long de la vie.
Je vous propose non un nouveau droit pour la jeunesse, mais un droit pour tous grâce auquel la jeunesse d’aujourd’hui pourra construire le monde de demain.
Je propose que soit reconnu à chacun un droit à l’éducation et à la formation, que chacun reçoive un compte épargne formation c’est-à-dire un capital initial de formation par exemple de 20 années qui s’épuisera au fur et à mesure des années d’études et qui se reconstituera au fur et à mesure que les années d’activité professionnelle amèneront de nouveaux droits.
Je propose que ces droits soient librement transférables, qu’ils soient applicables à tous les types de formation qu’elles soient intellectuelles ou professionnelles, sous forme scolaire, sous forme de stages ou en alternance.
Je propose qu’en même temps que seront améliorées les bourses et les facilités de logement des étudiants, l’on crée pour eux un système de prêt à taux zéro garanti par l’Etat.
Il s’agit d’opérer une véritable révolution culturelle. Il s’agit de changer les mentalités et les comportements. Il s’agit de passer entre la société et les jeunes qui veulent étudier, qui veulent se former, un contrat qui comporte des droits et des devoirs. Le droit à la formation tout au long de la vie va du reste obliger toute la société à une réflexion en profondeur sur l’autonomie de la jeunesse étudiante.
Il faut que soit reconnu un véritable droit à la deuxième chance.
C’est le troisième droit nouveau que je vous propose.
Je propose que soient étendues et multipliées les formules comme le Conservatoire National des Arts et Métiers ou la capacité en droit qui permettent à n’importe quel âge de poursuivre les études supérieures sans le bac. Je propose que le compte épargne formation comporte un volet qui soit un capital deuxième chance. Je propose que soit développé sur une grande échelle le système de l’école de la deuxième chance. Marseille a créé avec succès la première d’entre elles. Le moment est venu de tirer les leçons de cette expérience réussie et de la généraliser avec le soutien de l’Etat. L’objectif devrait être de créer au moins une école de la deuxième chance par département en cinq ans et une par bassin de 100 000 habitants en dix ans.
Le quatrième droit nouveau que je vous propose, c’est le droit à la première expérience professionnelle.
Je propose que chaque jeune puisse utiliser son droit à formation pendant les six premiers mois de sa première expérience professionnelle. Je propose que le service civique obligatoire contribue à rendre effectif ce droit à la première expérience pour tous. Ce droit aura pour contrepartie le devoir pour la société en particulier pour l’Etat, les collectivités locales, les associations qui reçoivent de l’argent public et les entreprises qui bénéficient de la commande publique d’offrir une place à tous les jeunes qui veulent se confronter au monde du travail.
Le cinquième droit nouveau que je vous propose, c’est le droit à la création.
Vous voulez être des créateurs ! Je veux vous donner les moyens de réaliser vos projets parce qu’ils portent en eux le monde de demain. Je vous propose de construire une société de créateurs et d’entrepreneurs.
Je vous propose que chaque université soit dotée d’un dispositif d’aide à la création d’entreprise.
Je vous propose que les projets à buts non lucratifs soient autant soutenus que les projets à buts lucratifs.
Je vous propose que des écoles de projets vous aident à réaliser vos ambitions.
Je vous propose de développer le micro crédit pour financer les micros projets.
Je vous propose des prêts aux jeunes créateurs à taux zéro, parce que l’intérêt c’est le prix du temps, parce qu’un taux zéro c’est un acte de foi dans l’avenir.
Malraux voulait créer partout des Maisons de la culture pour mettre la culture à la portée de chacun. Dans notre époque où c’est l’intelligence collective qui enfante l’avenir, où c’est le métissage des cultures et des idées, le mélange, le brassage qui est la principale force de création dans tous les domaines, je propose de créer partout des Maisons des créateurs où se retrouveront tous ceux qui aspirent à inventer, à créer, à entreprendre dans tous les domaines, où ils pourront trouver des soutiens, des conseils, des formations, des aides, mais aussi où ils échangeront, où ils croiseront leurs expériences, leurs idées, leurs projets, où ils formeront des projets communs, où ils inventeront ensemble l’avenir.
Vous voulez être citoyens du monde.
Vous le serez par votre engagement dans le combat contre la dégradation de la planète.
Il faut sauver la planète des conséquences d’une suractivité humaine. Chaque être raisonnable et responsable peut et doit partager ce constat. Car la Terre est menacée de mort lente par asphyxie, par épuisement des ressources, par disparition des espèces. Quand la moitié des forêts primitives ont déjà disparu de la surface du globe, quand les glaces du Groenland fondent, quand on prévoit que les émissions mondiales de gaz carbonique vont augmenter d’au moins
75 % dans les 25 ans à venir alors que la situation est déjà critique, vous sentez bien qu’on ne peut plus attendre. L’effet de serre, la pollution des océans, le pillage des ressources naturelles n’auront pas pour effets que le changement climatique, la désertification, l’appauvrissement de la biodiversité, la dégradation de la santé ou la mise en péril de la vie des plus fragiles comme ce fut le cas lors de la canicule il y a 3 ans. Les guerres de la faim et les guerres de l’eau qui menacent le monde à venir pourraient bien être les plus terribles que l’humanité ait connues parce que ce seront des guerres désespérées.
Pour éviter demain une société de privation, il nous faut organiser aujourd’hui une société de modération.
Vous sentez bien que le problème de l’environnement n’est plus seulement désormais le problème de la qualité de la vie mais le problème de la vie tout court. Votre génération ne doit pas refaire les erreurs que nous avons faites.
C’est à vous qu’il appartient en priorité de sauver l’avenir.
C’est à vous qu’il appartient de faire la leçon aux générations précédentes et de faire triompher le point de vue de la vie.
En matière d’environnement, ce sont les jeunes qui font l’éducation de leurs parents. Quand le tri sélectif réussit à s’imposer, c’est grâce aux enfants. Quand il s’agit de sauver des espèces animales menacées de disparition ce sont les enfants qui poussent leurs parents à s’engager.
Vous héritez d’un monde au bord de la catastrophe. Ce monde vous voulez le sauver parce qu’il est déjà le vôtre et parce qu’il sera celui de vos enfants et de vos petits-enfants. Mais personne ne sauvera la planète sans l’effort de chacun. Pour préserver l’avenir il faut cesser de préempter toutes les ressources des générations futures au profit des générations présentes. Il faut que chacun d’entre nous cesse de tirer des traites écologiques sur les générations à venir. Car cette dette a ceci de tragique qu’elle n’est pas remboursable. La vie détruite ne ressuscitera pas. L’équité entre les générations est une nécessité vitale et morale. Elle exige que chacun paye ce qu’il consomme. Elle exige que chaque génération supporte entièrement le coût des décisions qu’elle prend.
Vous voulez sauver la planète et vous avez raison !
Vous ne la sauverez pas avec les idéologues du retour à la nature.
Vous ne la sauverez pas en reniant l’économie, la science et le progrès mais en les mettant au service d’un développement durable.
Le développement durable ce n’est pas la fin du travail, c’est l’emploi durable.
Ce n’est pas la croissance zéro, c’est la croissance durable.
Ce n’est pas le rejet de la technique, c’est la technologie propre.
Ce n’est pas l’abolition du marché, c’est le principe pollueur-payeur.
Ce n’est pas la frilosité, c’est la responsabilité.
Tous les partis ont failli. Nous avons tous failli.
Il est temps de réagir.
Je vous propose d’accomplir ensemble quatre révolutions.
La première, c’est que le libre-échange ne puisse pas s’affranchir de la responsabilité écologique.
Je propose que la France défende l’idée qu’à côté du droit international du commerce qui veille au respect du libre échange il doit exister avec la même force juridique un droit international de l’environnement, un droit international du travail, un droit international de la culture et de l’éducation ou encore de la santé, de sorte que la logique marchande ne soit pas la seule à prévaloir et que la loi de la concurrence et du profit ne soit pas la seule loi du monde.
Chacun de ces droits doit avoir sa juridiction, et chacune doit avoir l’obligation de soumettre aux autres sous forme de question préjudicielle les questions qui ne relèvent pas de sa compétence. En attendant, la France, pour elle-même, doit donner l’exemple au monde.
La deuxième révolution que je vous propose, c’est de faire du développement durable le critère de toutes nos politiques publiques.
En changeant nos modes de décision, de production, de transport.
En mettant des objectifs environnementaux dans la politique de la commande publique.
En consacrant deux jours du service civique obligatoire à expliquer le développement durable à tous les jeunes.
En investissant massivement dans la recherche et le développement des énergies renouvelables en des énergies nouvelles.
En investissant dans le nucléaire qui ne produit pas de gaz à effet de serre.
La troisième révolution que je vous propose, c’est de réformer en profondeur notre fiscalité.
Puisque la délocalisation de l’emploi oblige à chercher des alternatives à la taxation du travail, je propose que l’on se décide enfin à substituer en partie la taxation des pollutions, en particulier de l’énergie à effet de serre, à la taxation du travail.
Je vous propose enfin, et c’est la quatrième révolution, qu’en matière d’environnement la responsabilité des personnes morales ne soit plus limitée mais illimitée de sorte que chaque maison-mère soit pleinement engagée par le comportement écologique de ses filiales.
Il faudra aussi que la démocratie progresse. Ce sont les régimes les plus antidémocratiques qui ont été responsables de la plupart des grandes catastrophes écologiques du siècle dernier. Il n’y a pas de place pour le débat sur l’environnement dans les dictatures.
Il faudra surtout que le problème du sous-développement soit résolu. Il est bien difficile de se projeter dans le futur quand on meurt de faim.
Mais on ne résoudra pas le problème du sous-développement seulement par la compassion et la charité. On ne le résoudra pas non plus en développant les uns au détriment des autres. On ne nourrira pas le Tiers Monde en détruisant l’agriculture européenne mais en assurant l’autosuffisance alimentaire de chaque région du monde. On ne sauvera pas la planète en faisant du Tiers Monde la poubelle industrielle de l’Occident.
Le vrai défi c’est celui du co-développement.
Je vous propose que le service civique offre la possibilité à toute la jeunesse qui le souhaite de s’engager dans les grandes causes humanitaires du monde et dans le co-développement.
Ce qui est sûr c’est que ce monde qui change a besoin d’un nouvel humanisme.
Ce nouvel humanisme nous allons contribuer à le construire ensemble.
Il ne peut pas avoir seulement pour but de rendre supportable à l’homme moderne sa condition tragique.
Il ne peut pas être seulement une forme de consolation.
Il ne peut pas être non plus une forme réactualisée du remords. Et encore moins de la bonne conscience.
Mais il doit être ce par quoi nous allons pouvoir repenser le monde en termes de liberté et de volonté, ce par quoi nous allons penser l’avenir non en termes de précaution mais de responsabilité, ce par quoi nous allons penser notre rapport aux autres non en termes de charité mais de fraternité.
Au fond c’est cela la noblesse de la politique : porter le débat démocratique vers le plus haut et tourner le dos à tout ce qui le rabaisse, le rapetisse, l’avilit.
Mais vous ne serez pas d’autant plus citoyens du monde que vous serez moins citoyens français.
Vous serez d’autant plus citoyens du monde que vous serez davantage citoyens en France.
C’est la fierté d’être Français qui rendra à la jeunesse française la force d’écrire sa propre histoire. C’est elle qui portera l’élan collectif par lequel vous redeviendrez capables de transformer le monde.
La France est votre pays, c’est votre nation, c’est votre patrie et vous n’en avez pas d’autre, même si vos parents ou vos grands-parents sont venus d’ailleurs.
Haïr la France c’est se haïr soi-même. Manquer de respect à la France c’est perdre sa dignité. Ne pas aimer la France quand on est Français c’est se renier soi-même.
Aimez la France ! Elle le mérite. Donnez-vous les moyens de la transformer si vous trouvez qu’elle n’est pas à la hauteur de l’idée que vous vous faites d’elle. Prenez vos responsabilités, mobilisez-vous, agissez pour l’élever jusqu’à l’idéal que vous souhaitez la voir incarner.
Battez-vous pour construire, non pour détruire.
On ne change pas le monde en brûlant la voiture du voisin, en renversant la table, en insultant son professeur. C’est une lâcheté qui finit par devenir une complicité, que celle qui consiste à excuser l’inexcusable. Je n’ai pas l’intention de me taire devant des comportements inacceptables.
La France est à vous. Elle est votre héritage. Votre bien commun. Ne lui demandez pas d’expier ses fautes. Ne demandez pas aux enfants de se repentir des fautes des pères. Ne réécrivez pas l’histoire et ne jugez pas le passé avec le regard du présent.
Après la guerre De Gaulle n’a pas dit à Adenauer : « expiez d’abord, nous verrons après ». Il lui a dit : « De tant de sang et de larmes, rien ne doit être oublié mais, chacune renonçant à dominer l’autre, la France et l’Allemagne ont discerné ensemble quel était intérêt commun ». Et à la jeunesse allemande il n’a pas dit : « vous êtes coupable des crimes de vos pères ». Il lui a dit : « je vous félicite d’être de jeunes Allemands, c’est-à-dire les enfants d’un grand peuple qui parfois, au cours de son histoire, a commis de grandes fautes ».
Je ne vous propose pas l’oubli des origines, le reniement de soi, l’uniformité. Je vous propose de prendre en partage un extraordinaire héritage de langue, de pensée, d’histoire, d’art, de science, de musique, de mœurs et de le faire fructifier.
Ce que je vous propose c’est quelque chose en plus, pas quelque chose en moins. Ce que je vous propose c’est de retrouver les raisons d’être fiers d’appartenir à un grand peuple qui a quelquefois commis des fautes…
Ce que je vous propose, c’est d’apporter votre pierre à cette culture commune qui se définit elle-même non comme un particularisme mais comme l’héritière de la raison universelle et de toutes les civilisations qui ont apporté quelque chose à l’idée d’humanité.
Une culture qui depuis des siècles oppose l’universalité de ses principes au déterminisme des généalogies et des racines, ne devrait avoir aucun mal à s’accommoder d’identités multiples pourvue que la volonté de participer à une communauté de destin et de pensée soit réelle.
Et si vous doutez alors écoutez, jeunes de France ce que disait Senghor le poète de la négritude : «Nous, politiques noirs, écrivains noirs, nous nous sentons, pour le moins, aussi libres à l’intérieur du Français que dans nos langues maternelles. Plus libres, en vérité, puisque la liberté se mesure à la force de création».
Les enfants des Etats-Unis, qui sont une nation d’immigrés, écoutent l’hymne américain et saluent la bannière étoilée la main sur le cœur. Pourquoi les jeunes Français ne devraient-ils être fiers de leur pays que lorsque l’équipe de France marque des buts ? Chanter la Marseillaise n’est pas ringard. S’émouvoir devant le drapeau tricolore n’est pas démodé. Aimer sa patrie n’est pas dépassé.
Je ne vous propose pas de défendre une exception française qui voudrait rester à l’écart des changements du monde.
Nous ne sauverons pas le français face à l’anglais en interdisant à nos enfants d’apprendre l’anglais mais en leur faisant apprendre une troisième langue et en exigeant de tous nos partenaires que dans leurs trois langues il y ait le français.
Nous ne retiendrons pas la jeunesse en essayant de l’empêcher de partir mais en la faisant voyager et en lui offrant la possibilité de réaliser ses rêves ici ou ailleurs.
Je vous propose d’inventer un nouveau modèle français.
A la jeunesse qui a voté non à la constitution européenne malgré le formidable travail de préparation du Président Giscard d’Estaing, je veux dire :
L’Europe est votre avenir parce que l’Europe est un projet de paix et de civilisation.
L’Europe ne doit pas rester la propriété des spécialistes. Je vous propose de construire une Europe où les peuples se reconnaîtront dans les décisions qui sont prises en leur nom.
Je ne veux pas d’une Europe condamnée à devenir une simple zone de libre-échange, je veux rester fidèle au projet d’Europe politique des pères fondateurs. Je vous propose une Europe qui se dotera de frontières car tous les pays n’ont pas vocation à intégrer l’Union. Une Europe qui ne craindra pas d’affirmer sa volonté d’établir une préférence communautaire. Au fond ce que je veux pour vous c’est une Europe qui soit une puissance pas une virtualité.
L’Europe ne doit pas subir. L’Europe doit agir.
L’Europe a besoin d’un souffle nouveau, d’une vision neuve de son avenir.
L’idéal européen agonise ? Eh bien, ressuscitons-le !
Parce que s’il meurt, c’est l’humanisme européen qui mourra aussi. L’homme européen, l’idée qu’il se fait de la dignité humaine, son attachement à la liberté de l’esprit, ses valeurs spirituelles seront alors menacées de disparaître parce qu’aucune nation européenne ne sera par elle-même assez forte pour les opposer valablement à l’uniformisation du monde et pour faire entendre sa voix avec assez de force dans le dialogue des cultures.
Malraux avait raison : « l’Europe ne sera pas un héritage, ce sera une volonté ou la mort ». Cette volonté, s’il doit y en avoir une ce doit être la vôtre.
Jeunes d’aujourd’hui on vous dit que les jeunes d’hier étaient heureux et que vous seriez condamnés au malheur. Mais souvenez-vous, elle n’allait pas très bien la jeunesse française en 1815, en 1918, ou en 1940.
On dit que les jeunes sont égoïstes et qu’avant vous la jeunesse était généreuse. Mais jamais jeunesse ne s’est montrée aussi concernée par les grands problèmes humanitaires, jamais autant de jeunes ne se sont sentis aussi concernés par les grandes causes du monde qu’aujourd’hui.
On dit que les jeunes n’ont pas de conscience politique. Mais la jeunesse étudiante de 68 qui célébrait Mao et Castro, tyrans du monde, en avait-elle davantage ?
On dit que les jeunes d’aujourd’hui ont peu de culture. Mais jamais autant de jeunes ne sont allés aussi longtemps à l’école. Jamais jeunesse n’a su autant de choses que ses parents ne savaient pas. A qui la faute si pour une grande partie de la jeunesse la transmission s’est arrêtée ?
On dit que les jeunes ont perdu leur âme. Mais jamais depuis des siècles la quête spirituelle pour autant de jeunes n’a été aussi intense et jamais jeunesse n’a exprimé autant d’exigence morale. Jean Paul II était et restera une référence pour la jeunesse du monde. Parce que sans complaisance, sans hypocrisie, sans lâcheté il a su lui parler.
On dit que les jeunes sont blasés et désenchantés. Mais qui le dit ? Ceux qui empêchent de croire, de rêver, d’imaginer, empêtrés qu’ils sont dans une aigreur désabusée.
Ne vous laissez pas décourager.
Ne vous laissez pas dévaloriser.
Ne vous avouez pas vaincus.
Jeunes d’aujourd’hui vous êtes semblable à toutes les jeunesses d’hier.
Comme elles vous aspirez à un monde meilleur.
Comme elles vous avez soif d’absolu.
Comme elles vous portez en vous le ferment des révolutions à venir.
Comme elles ont pleuré leurs premières amours, vous pleurerez à votre tour. Et ces blessures intimes vous feront grandir.
Comme elles ont vécu l’angoisse de partir vers leur propre destinée, vous la vivrez à votre tour.
Jeunes de France ce qu’ont fait vos parents vous pouvez le faire aussi.
Jamais le monde n’a donné à sa jeunesse autant d’opportunités.
Ce qu’ont accompli les hommes de la Renaissance à partir du jour où ils se sont mis à croire que tout était possible, vous pouvez l’accomplir aussi.
Comme la jeunesse de la révolution a balayé le vieux monde, comme la jeunesse de la Résistance a mis un terme à la guerre civile européenne. Comme la jeunesse tchèque a pris sa revanche sur le printemps de Prague. Comme un jour la jeunesse chinoise finira par effacer Tien-An-Men, vous changerez le monde si vous ne laissez personne vous voler vos rêves.
Tout est possible. Tout est possible si on le veut. Et ici à Marseille je suis venu vous dire que nous le voulons plus qu’ailleurs. Plus que jamais. Plus que quiconque ne l’a jamais voulu !
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26.08.2006
DISCOURS D'AGEN
Pour la France du travail
AGEN – jeudi 22 juin 2006
Chers amis,
Je veux vous dire ma joie de vous retrouver ce soir dans cette région si riche d’histoire et de traditions, où le bonheur de vivre l’a toujours emporté sur les malheurs du temps, où l’esprit de renoncement s’est tant de fois brisé sur l’indomptable caractère de la vieille Guyenne et de l’antique Gascogne, où la fierté d’être Français ne s’est jamais démentie, où les rugbymen sont des héros.
En un temps où le sentiment d’appartenance à la Nation s’effrite, où la tentation du communautarisme menace d’enfermer chacun dans ses origines, sa religion et sa couleur de peau ; en un temps où la mémoire collective se rétrécit, où le patriotisme est dénigré, il est bon de rappeler combien cette région a compté dans la formation de notre unité nationale. Elle a été au cœur de toutes les grandes tragédies à travers lesquelles la France est devenue ce qu’elle est : de la guerre de Cent Ans aux guerres de religions, de la croisade des Albigeois à la Révolution française, du coup d’Etat du 2 décembre à la Résistance antinazie !
Elle s’est forgée une forte identité faite, à l’image de la France elle-même, d’une multitude d’apports successifs qui se sont mélangés de siècle en siècle les uns aux autres.
Les habitants d'Aquitaine sont venus du Nord, de la Bretagne, de la Vendée, du Massif Central, mais aussi de l’Angleterre, de l’Espagne, de l’Italie.
Travailleurs venus combler les vides des campagnes, cathares et protestants fuyant l’intolérance religieuse, républicains espagnols pourchassés par les franquistes, antifascistes italiens persécutés par Mussolini, rapatriés d’Algérie qui avaient tout perdu, harkis avec lesquels la France fut si ingrate, tous trouvèrent ici une terre d’asile où la passion de la liberté se conjuguait avec celle de la fraternité.
Cette région n’a pas donné à la France que le sang de ses enfants tombés dans toutes les guerres.
Sans les cadets de Gascogne je sais que notre histoire nationale n'aurait pas été la même.
Sans la protection que trouvèrent à Nérac auprès de Marguerite d’Angoulême, de Jeanne d’Albret ou de la reine Margot tant d’esprits libres et d’humanistes, la culture française n'aurait pas été aussi libre.
Sans cette générosité, cet amour de la vie et cet esprit de tolérance qui sont les traits de caractère que cette région s’est forgés dans les drames du passé, l’identité française ne serait pas aussi marquée. Et que dire de notre conscience nationale sans la grande figure d’Henri IV qui domine ici toutes les autres, et que l’Edit de Nantes a consacré comme le plus beau symbole de notre unité nationale ?
Oui votre région a trop vécu au rythme de l’histoire de France pour ne pas mesurer l’importance de ce qui va se jouer dans quelques mois pour la France.
J’ai reçu une lettre bien émouvante d’une vieille dame de 87 ans qui m’écrit de Marmande : « Pour la première fois je m’engage dans un parti politique. Tout devient si confus et désespérant pour l’avenir. Mon mari a fait partie de la Résistance (…) Je l’ai aidé de mon mieux. Je me suis consacrée à l’aide des Espagnols chassés de leur pays par un tyran et si peu aidés par la République. J’ai caché des personnes recherchées, j’ai aidé les réfugiés belges et ensuite ceux du mur de l’Atlantique (…) ». Que veut-elle ? Simplement la reconnaissance pour les supplétifs indochinois et pour les harkis qui ont tout perdu pour aider la France. Elle a raison. Cette reconnaissance est un droit. Je me battrai pour ce droit.
Et une autre dame, qui a dû quitter sa maison et son village parce qu’elle n’avait plus les moyens d’entretenir sa toiture, m'a écrit d’Agen : « J’ai la nostalgie du temps où on parlait avec le cœur (…) dans ce monde bouleversé où nous vivons, mes peines et mes douleurs je les offre pour la réussite de la France ».
Cette dame parle d'un temps où souffrir pour la France était une noblesse. J'ai la nostalgie de cette noblesse lorsque j'entends siffler la Marseillaise.
Ces deux femmes sont les visages d’une France qui n’a jamais rien demandé pour elle-même et qui a toujours vécu avec le sentiment qu’elle n’avait au fond que des devoirs. Elles sont les visages d’une France qui a toujours placé au-dessus de tout le sens de l’effort, et la fierté de ne devoir qu’à soi-même le peu que l’on possédait.
Je sais qu'on ne fait pas une politique avec de la nostalgie. Il n’y a rien de pire que de chercher à ressusciter un âge d’or qui n’existera plus si tant est qu'il ait jamais vécu.
On sait où nous ont menés dans le passé l’idéologie de la « terre qui ne ment pas » et l’apologie des anciennes sociétés provinciales, étriquées, repliées sur elles-mêmes et dominées par les notables. Et l’étudiant de mai 68 qui n’avait jamais travaillé de sa vie ne rêvait en fait de retour à la terre que parce qu’il n’avait aucune idée de ce que le travail d’agriculteur exigeait de peine et de sacrifice.
Il ne faut pas croire que la vie d’avant était plus facile. Elle était souvent plus cruelle. Mais les ouvriers qui ne connaissaient pas les congés payés et qui mouraient avant d’atteindre l’âge de la retraite, les paysans que les cycles de la nature laissaient sans repos, les mères de famille qui s’écorchaient les mains sur les lavoirs, les enfants qu’on envoyait à douze ans travailler à la ferme ou à l’usine, étaient portés par l’espérance que demain serait mieux qu’hier et que les fils vivraient plus heureux que les pères. Cette espérance avait un nom : elle s’appelait le progrès. Le progrès et l'avenir sont deux idées dont les liens étaient indissociables.
A la Révolution Saint-Just avait proclamé que le bonheur était une idée neuve en Europe ! Le siècle des Lumières avait accouché d’une foi nouvelle dans l’avenir et dans le genre humain, qui se révéla longtemps plus forte que la misère, la guerre et l’injustice.
Trente ans de crise économique, sociale, morale ont eu raison de cette foi. On ne peut plus croire au bonheur quand on a peur de tout, de l’avenir, des autres, du voisin, de soi-même. Quand les parents craignent leurs enfants, quand les professeurs redoutent leurs élèves, quand les jeunes se méfient du monde des adultes, quand chacun est effrayé de voir dans la vieillesse la promesse de son déclin futur, quand l'homme devient plus violent que l'animal. Quant la société est aspirée par cette violence primitive, alors la France va mal.
C’est ce que ressent la vieille dame qui ne reconnaît plus le pays qu’elle a tant aimé.
C’est ce que pressentent trop de Français. C’est ce qui accable tous ceux qui dans le monde attendent de la France qu’elle incarne un idéal de progrès, de liberté et de fraternité.
Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas voir, pour ne pas entendre le mal-être des Français.
Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas voir, pour ne pas entendre la déception et la tristesse de tous les peuples qui ont besoin de la France pour continuer d’espérer dans la justice et dans la paix, et qui aujourd'hui s’inquiètent de la voir hésiter.
La France doute.
Les symptômes de son mal ont pour noms : pauvreté, exclusion, précarité, insécurité… Ce mal est dans les têtes, il s’appelle : angoisse, frustration, démoralisation, découragement, désespérance.
Ce mal est autour de nous.
Il se voit.
Il se voit sur les trottoirs de nos villes où s’installent ceux qui n’ont plus de domicile. Il se voit dans les restaurants du cœur et les banques alimentaires où se précipitent ceux qui n’ont plus les moyens de se nourrir. Il se voit dans les commissions de surendettement, aux guichets du RMI, dans les centres médico-sociaux. Il se voit dans le désarroi d'une partie de la jeunesse.
Qui ne voit ce changement si révélateur ? Avant les pauvres étaient des vieux. Maintenant ce sont des jeunes qui sont venus s'additionner aux plus anciens.
Il y a une France, qui ne s’en sort pas, qui vit la précarité au quotidien, qui ne peut pas faire de projets d’avenir.
Je veux m’adresser à cette France qui souffre dont tout le monde parle mais à laquelle pourtant on ne parle pas.
Je veux m’adresser à ce jeune titulaire d’une licence qui enchaîne les stages et les petits boulots, à ce fils d’immigré qui malgré ses diplômes ne trouve pas à se faire embaucher, à ce débutant auquel on demande une expérience qu’il n’aura jamais si on ne lui donne pas sa première chance, à ce chômeur de 50 ans qui sait qu’il ne retrouvera pas d'emploi.
Je veux m’adresser à celui qui a quitté l’école sans aucune formation et qui n’en peut plus de dépendre de ses parents parce qu’il n’a pas les moyens de se loger, à ce chômeur de longue durée qui vit des minima sociaux, qui se sent humilié de ne pas pouvoir gagner sa vie du fruit de son travail et qui a la rage au cœur de ne pas avoir les moyens de payer des vacances à ses enfants.
Je veux parler à tous ces malheureux, mais je veux dire que la souffrance et la dureté de la vie ne se limitent pas à eux.
Je veux parler d'une autre souffrance, bien réelle, qui ne doit pas être sous-estimée : celle de la France qui n'est pas dans la précarité, qui se lève tôt, qui travaille dur, qui se donne du mal pour nourrir sa famille et élever ses enfants, qui elle aussi je l'affirme est à la peine, et qui entend qu'on le sache et qu'on réponde à son appel.
Sur fond de chômage de masse, de mondialisation, d’efforts acharnés de productivité et de prélèvements sur le travail sans cesse accrus pour régler la facture toujours plus lourde de la fracture sociale, depuis 25 ans la vérité est qu'on demande à cette France qui travaille toujours plus de sacrifices.
Je veux m’adresser à cette France qui n’en peut plus de faire des efforts et dont on ne parle que pour la culpabiliser.
En 25 ans le pouvoir d’achat des salaires n’a en moyenne presque pas augmenté alors que le niveau de qualification n’a pas cessé de s’élever ! Et tout le monde sait bien que la réalité est pire, et qu’en vingt cinq ans la France qui vit de son travail a subi une chute de son niveau de vie, qu’elle a plus de mal à joindre les deux bouts, plus de mal à se loger.
Pour habiter un logement de la même surface dans le même quartier les jeunes générations doivent travailler aujourd’hui deux fois plus longtemps que leurs parents pour le louer et trois fois plus pour l’acheter !
Je veux m’adresser à l’habitant de la commune rurale qui ne peut rien faire sans sa voiture car les transports en commun n'existent pas, à l’ouvrier qui doit aller travailler à 20 kilomètres de chez lui et qui dépense un quart de son salaire en transport, qui regardent avec inquiétude la hausse du prix de l’essence.
Je veux m’adresser au petit commerçant qui voit chuter la valeur de son fonds de commerce parce que les usines ferment et au paysan qui voit baisser le prix des terres agricoles parce que les cours s’effondrent et qui sont saisis d'angoisse quand ils se demandent comment ils vont pouvoir s’assurer une retraite décente.
Je veux m’adresser à cette mère de famille qui élève seule ses enfants en cumulant plusieurs emplois à temps partiel et qui malgré toute sa volonté ne s’en sort pas.
Il y a en France 3 millions et demi de travailleurs qui gagnent moins que le SMIC et qui ne demandent pour la plupart qu’à travailler plus. Il y a en France plus de travailleurs pauvres que de RMIstes.
Il y a en France 1 million six cent mille parents qui élèvent seuls leurs enfants avec un seul salaire et qui sont confrontés à des problèmes quotidiens souvent insolubles.
Il y a en France un million de salariés qui sont obligés de jongler avec plusieurs employeurs en même temps pour gagner parfois à peine de quoi vivre.
Il y a une France qui voudrait travailler pour gagner sa vie et qui ne trouve pas de travail. Et il y a une France qui travaille de plus en plus dur et qui ne se sent pas payée de retour.
Mais je veux m’adresser aussi à ce salarié qui veut travailler plus pour gagner plus parce qu’il vient d’avoir un enfant et qui se heurte au mur des 35 heures.
Je veux m’adresser à ce cadre qui sert de variable d’ajustement dans la valse incessante des restructurations, dont le statut professionnel a tendance à se diluer dans les nouvelles formes d’organisation du travail, à cet ingénieur qui n’est plus à l’abri du licenciement économique et qui a peur, s’il venait à être au chômage, d’avoir à affronter le regard des autres, de sa famille, de ses enfants.
Mais je veux m’adresser aussi à ce jeune diplômé encore célibataire qui n’a peur de rien, qui travaille sans compter son temps, qui n’aspire qu’à travailler encore plus et à prendre davantage de responsabilités et qui a le sentiment que tout est fait pour l’empêcher d’avancer, à cet entrepreneur qui a créé sa petite entreprise et qu’on écarte systématiquement des appels d’offre parce qu’il n’a pas de référence et qu’on ne lui donne jamais l’occasion de faire ses preuves.
Je veux m’adresser à ce fonctionnaire qui vit mal la paupérisation de l’Etat et la dégradation de son statut social et qui sait que malgré ses efforts, il ne sera pas récompensé puisque tout le monde s'en moque.
Toutes ces France en vérité n’en forment qu’une. En chacun d’entre nous, dans chacune de nos familles, à différents moments de notre vie, dans nos aspirations contradictoires, nous appartenons à la France qui perd et à celle qui gagne, à la France qui travaille beaucoup et à celle qui ne travaille pas assez. A celle des propriétaires et à celle des travailleurs. Nos destins, nos souffrances, nos réussites sont entremêlés.
Quand, au cours des dix dernières années, pas loin d’un Français sur trois a connu le chômage, quand au cours des deux dernières années un ménage sur quatre en âge de travailler a fait au moins une fois l’expérience du chômage, plus personne ne se sent à l’abri. Même le fonctionnaire qui a peur pour ses enfants.
Quand la France qui travaille va mal, la France du chômage et de l’exclusion s’enfonce un peu plus. Quand la France du chômage et de l’exclusion s’étend, la France du travail paye plus de charges et se sent davantage hantée par la peur d’être touchée à son tour. Quand l’ouvrier s’inquiète de la délocalisation des usines, les salariés du tertiaire savent bien que l’administration, la conception, la recherche et les services aux entreprises finiront par suivre. Et quand la rémunération du travail s’effondre pendant que la rémunération de la propriété explose c’est une forme d’euthanasie sociale qui se met en route dans laquelle la propriété finira par tout perdre.
A l’angoisse de l’exclusion qui étreint la classe populaire répond l’angoisse du déclassement qui hante la classe moyenne.
La fracture sociale s’est transformée en désintégration sociale.
Comment s’étonner que toute la société se raidisse, que chacun soit tenté de se replier sur lui-même ? Comment s’étonner que les solidarités ethniques et religieuses s’engouffrent dans le vide laissé par le délitement du lien social ?
Comment s’étonner que ce qui peut apparaître comme l'échec de l’idéal républicain ouvre la voie à des valeurs qui sont tout le contraire des valeurs de la République ?
Comment s’étonner de ce front du refus qui unit désormais les classes moyennes aux classes populaires ? C’est l’expression, de la part d’un nombre de plus en plus grand de Français, d’une liberté dont ils ont le sentiment qu’elle ne peut plus se manifester qu’en disant « non ».
Comment s’étonner que tant de jeunes soient tentés par l'expatriation ou rêvent à haute voix de devenir fonctionnaires ? C’est l’expression de l’angoisse d’une jeunesse qui ne demande qu’à espérer et qui a le sentiment qu’on lui vole son avenir.
Il faut dire que depuis 25 ans tout est fait pour déprécier l’effort, pour dénigrer le mérite.
Depuis 25 ans, une gauche qui n’a plus rien à voir avec celle de Jaurès et de Blum qui connaissait la valeur du travail, et une droite qui a fini par avoir honte de ne pas être la gauche, dévaluent économiquement et moralement le travail.
Depuis 25 ans on met en accusation la France qui travaille, on veut la culpabiliser, la rendre responsable de la pauvreté, de l’exclusion, du chômage.
On s’obstine à opposer les inclus aux exclus, ceux qui ont un emploi à ceux qui sont au chômage, ceux qui sont protégés par un statut à ceux qui vivent dans l’insécurité du travail. On oppose l’ancienne économie à la nouvelle, on oppose le territoire au territoire, le quartier au quartier, le citoyen au citoyen.
Au fond, depuis 25 ans, on fait une politique qui se résume tout entière à prendre aux uns pour donner aux autres, à pénaliser les uns pour favoriser les autres, à déshabiller Pierre pour habiller Paul.
On ponctionne les classes moyennes soi-disant pour aider les pauvres.
On freine les salaires soi-disant pour aider les chômeurs à retrouver un emploi.
On invente les 35 heures soi-disant pour partager le travail plus équitablement.
On taxe le travail soi-disant parce que c’est plus juste que de taxer la consommation.
On incite les vieux à sortir du marché du travail soi-disant pour favoriser l’emploi des jeunes.
On crée des ZEP soi-disant pour réduire les inégalités.
On met en œuvre des politiques de monnaie forte et de surévaluation du change qui profitent à la rente et pénalisent l’activité, au motif de la protection du pouvoir d’achat.
Depuis 25 ans on se contente de gérer le sous emploi et d’essayer à grands frais de rendre supportables des inégalités qu’on a renoncé à combattre.
On s'enferme dans la logique exclusive du traitement social du chômage, de l’emploi aidé et de l’assistance.
On se contente d’accompagner les conséquences sans chercher à agir sur les causes.
Depuis 25 ans on décourage les Français qui travaillent sans améliorer le sort des autres.
Et au bout du compte : toujours plus de pauvres, toujours plus de chômeurs, toujours plus d’exclus, toujours plus de déficits, toujours moins de pouvoir d’achat et des inégalités face à l’école et à l’emploi qui n’ont jamais été aussi fortes !
Les socialistes proposent de continuer.
Je propose d’arrêter !
Ils proposent de changer l’indice des prix.
Je propose de changer de politique !
Le mal français ne vient pas de notre histoire, qui est celle d’une grande nation dont nous avons tout lieu d’être fiers.
Il ne vient pas de notre culture qui est celle de la liberté de l’esprit et de la diversité des identités.
Il ne vient pas de nos valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui sont celles de la dignité humaine.
Il ne vient pas de l’élitisme républicain dont nous payons en vérité l’affaiblissement. Les soixante-huitards de gauche qui ont confondu la démocratisation avec la baisse du niveau des examens portent une responsabilité considérable dans la panne de l’ascenseur social. Il faut dire que ce sont les mêmes qui jadis voulaient supprimer les notes pour ne pas traumatiser les mauvais élèves ! On n'a jamais rien inventé de plus sot.
Au fil du temps nous avons dénaturé la République en l’enfermant dans l’égalitarisme, le nivellement et l'assistanat.
Je refuse ces valeurs.
Je vous propose de construire ensemble une France nouvelle qui redonne vie aux vraies valeurs, celles du mérite, de l'effort, du travail, de la récompense, du respect, de l'autorité, et pourquoi pas le dire de la fermeté.
Nous avons réduit la nation à n’être plus que le cadre de la redistribution.
Je vous propose d’en refaire une communauté de destin et l’expression d’une ambition et d’une fierté collectives qui tire chacun vers le haut et qui tourne le dos au misérabilisme.
Je vous propose de construire ensemble une société qui donne à chacun les moyens d’être libre, de gagner sa vie par son travail, de se faire sa place dans la société, de réaliser ses aspirations, de vivre debout, dignement, du fruit de son activité.
Je propose de construire une société d’égalité qui donne à chacun ce qui lui est nécessaire pour développer ses talents et vivre son rêve.
Je propose de rétablir l’égalité devant l’impôt en laissant à celui qui a travaillé dur le produit de son travail.
Je propose de rétablir l’égalité devant le service public, devant l’école, devant la santé, en ramenant l'Etat dans les quartiers que cela plaise ou non aux bandes et aux voyous.
Je propose de rétablir l’égalité des devoirs et des droits en mettant sous tutelle les allocations familiales de celui qui laisse son enfant pratiquer l'absentéisme scolaire.
Je propose de rétablir l’égalité devant la loi en supprimant l'amnistie et en transférant à une instance collégiale le droit de grâce.
Je propose de construire une société fraternelle. La fraternité ce n’est pas la charité.
La fraternité c’est la France qui travaille solidaire de la France des chômeurs qui ne demandent qu’à travailler, c’est la France bien portante solidaire de la France des malades, des handicapés, des personnes âgées.
La fraternité c’est la compréhension et le respect.
L'heure est venue de savoir ce que nous voulons collectivement
L'alternative est simple.
Ou bien nous ne changeons rien et nous continuons, ou bien nous changeons tout dans notre façon de concevoir la politique et nous construisons réellement une France nouvelle.
Ou bien nous voulons véritablement refaire une société, refaire une communauté de destin, refaire une Nation, bref, construire l'avenir, ou bien nous nous contentons d’accompagner la désintégration sociale.
Si nous voulons véritablement construire une ambition collective pour relever le grand défi de la mondialisation, si nous ne voulons pas nous contenter de gérer le déclin économique et politique d’une France écartelée par les conflits d’intérêts et paralysée par les peurs. Alors, il nous faut changer nos méthodes et nos priorités.
Et le premier des impératifs, c'est de donner la priorité au travail parce que c’est le travail qui crée le travail. Comme c'est la richesse qui crée la richesse.
Ce n’est pas parce que l’on fait moins travailler les uns qu’il y a davantage d’emplois pour les autres. C’est tout le contraire !
Ce n’est pas parce que les vieux ne travaillent pas que les jeunes ont du travail. C’est tout le contraire !
La réhabilitation du travail, elle passe d’abord par une certaine morale.
La politique pour les socialistes c’est faire la morale à tout le monde.
Moi je veux faire une politique respectueuse de la morale !
L’adolescent voit l’impunité du petit trafiquant, le petit trafiquant voit la fortune du patron voyou et l’infortune de son père qui travaille à la chaîne. Le chômeur finit par se demander pourquoi il reprendrait un emploi qui lui rapportera moins que le RMI. L’ouvrier n’en peut plus des parachutes en or et des retraites chapeau et y perd l'envie de se dévouer à une entreprise.
Je veux dire à celui qui travaille dur pour gagner sa vie et qui est démoralisé de voir que l’assistance paye mieux que le travail, que je veux construire avec lui une société où il n’y aura plus d’assistance sans contrepartie, où il sera demandé à celui qui vit avec les minima sociaux d’accomplir un travail d’utilité sociale. C'est cela aussi la solidarité. Elle n'est pas à sens unique. Dans les valeurs que je porte, on ne peut réclamer des droits sans être prêt à assumer des devoirs.
Je veux dire au salarié qui a économisé sou à sou pour acheter la voiture dont il a besoin pour aller travailler et qui est écœuré de découvrir au petit matin qu’elle a été brûlée pour se distraire par des individus désœuvrés, que je veux construire avec lui une société où l’on ne cherchera plus des excuses aux voyous, qu'ils seront punis, parce que dans mes valeurs, la victime compte davantage que le délinquant.
Je veux dire à l’ouvrier qui se demande ce qu’il va bien pouvoir dire à ses enfants pour les convaincre de travailler à l’école quand il lit dans le journal qu’un adolescent de 14 ans gagne 700 € par semaine en faisant le guet pour les revendeurs de drogue du quartier, que je veux construire avec lui une société qui pratiquera le principe de la tolérance zéro avec tous les trafiquants.
Je veux dire au petit patron qui paye toutes ses charges et qui n’en peut plus de la concurrence déloyale que je veux construire avec lui une société où il n’y aura plus aucune indulgence ni aucune tolérance pour le travail au noir et pour la contrefaçon.
Je veux dire au patron voyou qui déménage son usine la nuit, ou qui vide la caisse pour n’avoir à payer ni les salaires ni les indemnités de licenciement que pour lui ce sera la tolérance double zéro. Quand on a plus de chances dans la vie on a également plus de devoirs.
Je veux dire au grand patron qui gagne beaucoup d’argent qu’il est sain de gagner de l’argent quand on l’a mérité parce qu’on a contribué à créer beaucoup d’emplois et beaucoup de valeur. Mais je veux lui dire aussi que l’outrance en la matière est une insulte à tous ceux qui travaillent dur pour gagner péniblement leur vie.
Je veux dire à ce grand patron dont la gestion est un échec et qui négocie une prime d’éviction en forme de parachute en or qu’il est légitime que la réussite paye mais qu’il est scandaleux que l’échec enrichisse et que son parachute en or n’est rien d’autre qu’une forme d’abus de bien social.
La moindre des choses c’est que les dirigeants des grands groupes cotés assument leur rémunération devant leurs salariés, leurs actionnaires, et que, par conséquent la rémunération de chaque dirigeant ne soit pas secrètement fixée dans le huis-clos du conseil d’administration mais publiquement approuvée pour chacun d’entre eux par l’assemblée générale des actionnaires, et bien sûr publiée nominativement dans le rapport annuel. Je propose qu’il en soit de même pour toutes les primes exceptionnelles, les parachutes et les retraites chapeau.
Je comprends que les stocks options soient considérées comme un bon instrument de motivation. Mais ce qui est bon pour les uns doit être bon pour tous.
Je propose donc qu’aucun programme de stocks options ne puisse être réservé aux seuls dirigeants mais qu’il soit étendu à tous les salariés de l’entreprise de sorte que chacun soit partie prenante au succès de tous.
Revaloriser le travail c’est faire en sorte que le revenu dépende davantage de l’activité, qu’il soit plus en rapport avec le travail. Mais c’est aussi – je le dis avec force - faire en sorte que le travail paye. Il faut briser la spirale suicidaire du revenu de la propriété qui explose et de la rémunération du travail qui s’effondre.
Les socialistes proposent la généralisation des 35 heures.
Je propose l’augmentation du pouvoir d’achat !
Voici le véritable clivage de la prochaine élection présidentielle. Je ne veux pas d'une réduction obligatoire et uniforme du temps de travail. Je veux que tous ceux, dans le public comme dans le privé, qui veulent travailler plus pour gagner plus puissent le faire.
A l’ouvrier d’Alstom, à l’infirmière, à l’instituteur qui sont fiers de leurs métiers mais pas de leurs salaires, à tous ceux qui travaillent dur, qui se donnent du mal, qui depuis 25 ans subissent l’austérité salariale, à tous ceux, cadres, professions intermédiaires, ouvriers qualifiés dont la charge de travail s’est alourdie sans compensation salariale, je propose de rendre du pouvoir d’achat. Plus de pouvoir d’achat c’est plus de motivation, plus de productivité, plus de consommation, et au bout du compte plus de travail et plus d’emplois.
Les socialistes veulent construire le progrès social contre l’économie.
Je veux construire le progrès social grâce à l’économie !
Ils disent : augmentons le SMIC, l’entreprise paiera !
Mais si elle ne peut pas payer, elle licenciera ou elle ira produire ailleurs ou elle se rattrapera sur tous les autres salaires.
Ils disent : faisons payer le capital ! Mais si le capital paye trop, il s’en ira.
Je propose l’augmentation des salaires nets et la diminution des charges qui pénalisent le travail. Je veux tout mettre sur la table sans tabou : l’impôt sur le revenu, la taxe professionnelle, la taxe sur les salaires, les charges sociales. Comment pourrait-on espérer revaloriser le travail si en le surtaxant on pousse les entreprises à l’économiser et à freiner les salaires ? Et comment peut-on sérieusement proclamer qu’on veut donner la priorité à l’emploi si l’on taxe l’entreprise sur le nombre des salariés qu’elle emploie et sur les salaires qu’elle leur verse plutôt que sur qu’elle produit et sur ce qu’elle vend ? Qu’elle logique y a t- il à ce que le consommateur contribue à financer sa sécurité sociale quand il achète un produit français et pas quand il achète un produit étranger ? Comment atténuer cette contradiction qui pousse le salarié en manque de pouvoir d’achat à détruire son emploi et sa protection sociale en achetant les produits bon marché des pays à bas salaires ? Comment enrichir le contenu en emploi de la croissance sans détruire la compétitivité des activités à forte valeur ajoutée ? Comment financer la protection sociale sans faire fuir ni les capitaux ni le travail ? Je veux que nous examinions toutes les pistes sans tabous. Allez donc demander à l’industriel, à l’ouvrier du textile, à l’agriculteur s'ils pensent que ce n'est pas une bonne idée de faire contribuer les importations au financement de la protection sociale et d’en exonérer les exportations ! Je propose que l’option de la TVA sociale soit étudiée, débattue, sans a priori idéologique et au-delà des cénacles où se forge habituellement cette pensée unique dans laquelle nous sommes englués .
Je propose que toutes les heures supplémentaires soient totalement exonérées d’impôts et de charges sociales. Aujourd'hui on décourage le travail supplémentaire, je veux le décupler.
Je propose que chacun puisse transmettre à ses enfants sans aucun droit de succession le patrimoine constitué tout au long d’une vie de travail. Ce n'est pas un crime d'avoir un patrimoine et de vouloir le transmettre à ses enfants.
Je propose la participation, l’intéressement et les stocks options pour tous, car la détention du capital ce doit être d'affaire de tous les salariés !
Pour tous ceux qui gagnent souvent moins que le SMIC et à tous ceux pour lesquels l’arrivée d’un enfant représente une baisse sensible du niveau de vie, je propose une forte revalorisation des allocations familiales dès le premier enfant. C'est un investissement pour l'avenir que de permettre aux familles de mieux vivre. Et c'est le pouvoir d'achat qui soutiendra la croissance française.
Au fonctionnaire auquel on demande des gains de productivité pour assainir les finances publiques je propose le partage systématique des gains de productivité et une part de rémunération au mérite.
Au patron de PME qui à la moindre difficulté risque d’être lâché par son banquier ou mis en faillite par l’URSSAF, je propose comme aux Etats-Unis une politique de discrimination positive en faveur des PME, en leur réservant des parts dans la commande publique.
Les socialistes proposent de partager l’emploi.
Je propose de libérer le travail !
Voici le deuxième clivage de la prochaine présidentielle.
Au chef d’entreprise qui hésite à embaucher parce qu’il a peur de ne pas pouvoir licencier et qui se perd entre les quelque 36 formules de contrats de travail possibles, je propose un contrat unique à durée indéterminée, plus souple, avec une consolidation des droits du salarié au cours du temps. Au salarié qui a peur de la précarité je propose de créer une sécurité sociale professionnelle pour sécuriser l'ensemble de son parcours professionnel plutôt que seulement son emploi du moment. Je lui propose la liberté du choix syndical en mettant fin au monopole de la représentativité fondé sur un critère historique qui n’a plus lieu d’être.
A celui qui veut changer de métier je propose le droit à la formation tout au long de la vie.
A la femme qui a du mal à concilier sa vie familiale et sa vie professionnelle, je propose un investissement massif dans le développement et la diversification des modes de garde, ainsi qu'une journée scolaire qui se termine par des études surveillées qui permettront de ne pas laisser les enfants livrés à eux-mêmes, qui garantiront que les devoirs seront faits, qui offriront aux enseignants qui le souhaiteront la possibilité d’augmenter leur pouvoir d’achat.
Les socialistes veulent la réduction du temps de travail pour tous comme projet de société !
Je veux aider chacun à construire son projet de vie grâce au temps choisi !
Je veux la liberté du choix vis-à-vis du travail. Je veux que chacun soit libre de rester aux 35 heures ou d’en sortir. Et cela vaut pour les salariés de la fonction publique comme pour ceux du secteur privé.
A celui qui vient d’avoir un enfant et qui a besoin de gagner plus je propose la liberté de travailler plus. A celui qui souhaite avoir davantage de temps je propose la liberté de travailler moins. A celui qui préfère travailler le dimanche je propose la liberté de le faire. Je veux que chacun soit libre de choisir son rythme de travail en fonction de ses besoins et de ses aspirations et d’organiser sa vie comme il le souhaite. Et à celui qui est contre la grève obligatoire imposée par une minorité je propose la démocratie par l’organisation obligatoire d’un vote à bulletin secret dans les 8 jours qui suivront tout déclenchement de mouvement social.
Les socialistes veulent l’assistance pour tous.
Je veux que l'on reconnaisse l'utilité sociale de chacun !
Aux Français qui sont happés par le chômage et par la pauvreté et qui ne sont plus capables de s’en sortir tout seuls, à ceux que les services sociaux passent plus de temps à chercher de quel dispositif ils relèvent qu’à les aider à retrouver leur place dans la société, je propose de concentrer tous les efforts sur les parcours d’insertion et de donner la priorité au traitement des familles et des individus plutôt que de se reposer entièrement sur le traitement global des territoires et des quartiers.
Je propose une aide dans l’éducation des enfants dès le plus jeune âge qui est le plus décisif. Je propose que les enfants lorsqu’ils sont doués pour les études bénéficient de bourses plus substantielles et puissent être accueillis dans des internats d’excellence.
Dans les quartiers où s’accumulent tous les problèmes de l’exclusion et du chômage, je propose de créer des classes de 15 élèves dans les collèges et les lycées. Aux familles qui sont tentées de déménager pour pouvoir inscrire leurs enfant dans des établissements scolaires qui obtiennent de meilleurs résultats je propose d’assouplir la carte scolaire parce que c’est une meilleure façon de lutter contre la ségrégation urbaine que de créer autoritairement des enclaves de pauvres au milieu des enclaves de riches.
A celui qui veut se donner du mal pour sortir de l’assistance, à celui qui veut se donner du mal pour sortir du chômage, je propose qu’on l’aide à trouver un emploi parce que cette aide sera toujours moins coûteuse que le chômage.
Les socialistes lui proposent la survie sociale par l’allocation. Je lui propose la dignité par le travail !
Je lui dis : « Tu veux trouver du travail ? On t’accompagnera. Tu es prêt à prendre un emploi loin de son domicile ? Tu bénéficieras d’une prise en charge de tes frais de transport. Tu veux devenir entrepreneur ? Tu pourras aller dans une école de projets et tu pourras bénéficier d’une aide aux chômeurs créateurs d’entreprise. Tu as quitté l’école sans aucune qualification et tu veux t’en sortir ? Tu pourras aller dans une école de la deuxième chance. Tu n’as pas ton bac et tu veux reprendre tes études ? Tu disposeras d’un crédit formation tout au long de ta vie et tu trouveras dans toutes les disciplines des passerelles sur le modèle de la capacité en droit qui permet d’accéder à l’université sans le bac. Tu veux créer ton propre emploi ? Tu auras accès au micro-crédit. »
Mais je lui dis aussi : "La société ne pourra rien pour toi si tu n'es pas décidé au préalable à produire le minimum d'efforts pour t'en sortir par toi-même. L’Etat ne peut rien pour toi si tu ne veux rien pour toi ! »
Et à ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu’eux-mêmes doivent rien à personne, ceux qui veulent tout tout de suite sans rien faire, ceux qui au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu’à leurs yeux elle n’aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et par le travail, ceux qui n’aiment pas la France, ceux qui exigent tout d’elle sans rien vouloir lui donner je leur dis qu’ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national.
Nous avons une dette que nous n’avons pas réglée envers ceux qui, ayant versé leur sang pour la France, ont été chassés de leur pays et ont tout perdu. A tous les autres nous ne devons que ce que nous devons à tout citoyen : l’égalité des devoirs et des droits.
Mais nous ne parviendrons à faire tout ceci que si le chômage de masse cesse de tirer toute la société vers le bas ?
Un chômage faible n’élimine pas automatiquement la pauvreté et l’exclusion mais il donne les moyens de les combattre et il ouvre une issue. Comment espérer insérer quand l’emploi manque ? Comment espérer que l’entreprise fasse un effort de rémunération, de formation, de promotion et qu’elle se laisse moins aller à la discrimination quand elle n’a que l’embarras du choix pour embaucher ? Comment redonner au travailleur un pouvoir de négociation et des perspectives d’avenir ? Comment, sinon par le plein emploi qui corrige naturellement le rapport de force entre l’employeur et l’employé, entre le capital et le travail, entre l’actionnaire et le salarié ? Comment réduire les déficits publics et les prélèvements ? Comment ralentir l’immense pompe aspirante de la redistribution ? Comment faire, sinon par le plein emploi ?
On a tout essayé disait Mitterrand !
Eh bien non, contre le chômage on n’a pas tout essayé ! Nous avons obtenu des premiers résultats mais il faut aller plus loin.
La France n’est pas condamnée au déclin ! Elle ne doit pas être à la remorque du monde.
Le mal français ne vient pas des Français qui ne sont ni frileux, ni conservateurs, ni incapables de voir le monde tel qu’il est, qui sont créatifs, imaginatifs, qui sont travailleurs.
Depuis un demi-siècle la France n’a pas cessé de s’adapter grâce à l’effort et aux sacrifices du plus grand nombre.
Dans ses profondeurs la France n’est pas saisie par le renoncement. Elle ne manque ni de courage, ni d’audace, ni d’imagination.
La France n’est pas condamnée éternellement à ne pas pouvoir offrir du travail à tous ceux qui veulent travailler : il se crée chaque année dans le monde des millions d’emplois. La fin du travail est un mythe. La fin de l’Histoire en est un autre.
Il suffit de regarder autour de nous pour s’en convaincre: on peut conduire une politique économique qui tende au plein emploi, qui rende l'espoir.
Et il n’y a aucune raison pour que la zone Euro soit la variable d’ajustement des déséquilibres économiques du monde.
Avons-nous déjà oublié le Franc fort à tout prix qui nous a coûté cher en emplois, en pouvoir d’achat, en déficits et en endettement public pour que nous nous sentions obligés de recommencer alors même que nous n’avons plus à gérer la réunification allemande et la marche vers l’Euro ?
N’avons-nous pas encore compris combien il est risqué pour l’emploi de pousser à la réévaluation de l’Euro quand tous les autres pays du monde mènent une stratégie monétaire offensive, et quand le dumping monétaire amplifie les effets dévastateurs du dumping social ? Demandez donc au patron de la petite entreprise industrielle et à ses ouvriers qui ont vu en quelques mois la baisse du dollar ruiner des années d’effort de productivité !
Je me souviens de Lionel Jospin déclarant pendant la campagne pour l’élection présidentielle : « Un homme politique responsable ne parle pas de la monnaie ». Pour moi c'est dire cela qui est irresponsable ! Il n’y a pas un pays au monde où la monnaie ne soit pas un instrument de politique économique. Regardez les Etats-Unis, le Japon ou la Chine. Et demandez-vous pourquoi les pays européens qui enregistrent les meilleures performances en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et de croissance comme le Danemark, la Suède ou l’Angleterre sont en dehors de l’Euro ?
J'ai voté pour la création de l'Euro. Je ne le regrette pas.
Nous avons fait l’Euro au prix de beaucoup de sacrifices mais nous l'avons fait pour agir pas pour subir !
Nous avons fait l’Euro pour mettre le travail européen en mesure de relever le défi de la mondialisation, non pour l’étrangler.
J’ai toujours dit oui à l’Europe. J’ai voté oui à l’Acte unique, oui à l’Euro – et il n'est pas question de le remettre en cause. J'ai voté oui à la constitution européenne !
Mais on ne peut pas être un Européen conséquent et se satisfaire de la situation actuelle qui affaiblit l’Europe. Etre un européen conséquent c’est dire à la Banque Centrale Européenne qu'il y a des risques à poursuivre une politique de resserrement monétaire alors que l’activité stagne. Il est urgent que soit créé un véritable gouvernement économique de la zone Euro et que soient rediscutés le statut et les objectifs de la BCE. Dire la vérité aux Français, c'est reconnaître que l'introduction de l'Euro a brouillé les repères monétaires et qu'il s’est bel et bien accompagné d’une forte hausse du coût de la vie et d’une chute du pouvoir d’achat. Cela ne s’est peut être pas vu dans les statistiques de la Banque Centrale mais cela s’est senti dans les porte-monnaie de tous les Français. Je suis un homme politique qui veut parler de la vie réelle des français pas de la vie virtuelle.
Etre un Européen conséquent c’est accepter une discipline budgétaire commune comme contrepartie de la monnaie unique, c’est chercher à réduire les déficits quand la conjoncture est bonne, mais c’est aussi refuser une logique absurde qui conduit à augmenter les impôts, à couper dans les investissements publics, et à tailler dans les dépenses sociales quand la croissance ralentit et le chômage augmente. C’est s’en tenir à cette simple vérité que ce n’est pas le déficit qui crée le chômage mais le chômage qui creuse le déficit.
C’est poser comme principe que si la dette publique doit être remboursée, ce ne peut être que par la croissance et certainement pas par la diminution du pouvoir d’achat. C’est refuser la dictature du court terme en inscrivant la stratégie budgétaire dans la durée. C’est privilégier la logique économique sur la logique comptable. C'est se donner des marges pour l'investissement et l'innovation.
Regardez ce que font les autres, les Etats-Unis ou le Japon, regardez comment l’Angleterre, la Suède ou le Danemark ont réussit à financer leurs réformes! Faire semblant de croire que l’on peut réformer quand l’économie stagne et quand tous les leviers de la politique économique sont bloqués c’est se condamner à ne jamais réformer.
Oui, une nouvelle fois, je veux le dire : Nous avons fait l’Europe pour agir pas pour subir !
Etre un Européen conséquent c’est admettre les grands principes de la concurrence comme fondements du marché unique, mais c’est refuser que le droit européen de la concurrence laisse les entreprises européennes à la merci des prédateurs du monde entier. C’est refuser que l’Europe sanctionne la présomption d’abus de position dominante quand les Etats-Unis se contentent de sanctionner l’abus avéré de position dominante. C’est refuser que l’Europe rejette toute forme de préférence communautaire et empêche toute politique industrielle quand le monde entier fait le contraire. C’est refuser que certains pays membres puissent financer la baisse de leur impôt sur les sociétés et faire ainsi du dumping fiscal à notre détriment avec l’argent de nos impôts !
Etre un Européen conséquent, être un homme politique responsable c’est refuser que l’Europe serve d’alibi à tous les renoncements !
C’est refuser que le marché unique serve de paravent à tous les dumpings sociaux, fiscaux ou écologiques !
Etre un Européen conséquent et un homme politique responsable c’est ne pas faire après le « non » français à la constitution européenne comme s’il ne s’était rien passé !
Etre un Européen conséquent et un homme politique responsable c’est appeler à une révision de la politique économique européenne afin que dans tous les pays d’Europe les gouvernements ne soient pas condamnés à répondre toujours aux citoyens qui leur demandent des comptes sur le chômage, le pouvoir d’achat ou la croissance : « Nous n’y pouvons rien ! »
Nous avons fait l’Europe pour agir pas pour subir !
Mes cher amis, la France a besoin de construire des politiques qui permettent de saisir l'avenir à bras le corps. Elle a besoin de rénover en profondeur son système éducatif, ses universités, sa recherche. Elle a besoin d'un dialogue social renouvelé, d'un droit du travail modernisé dans la concertation. Elle a besoin d’une politique de relance par le travail et par l’augmentation du pouvoir d’achat. Elle a aussi besoin de maîtriser sa dépense publique.
Mais nous ne construirons rien si d’abord nous ne redonnons pas à la France du travail sa dignité et sa fierté.
Dans cette région où depuis que le dernier chasseur-cueilleur de Sauveterre s’est mis à cultiver la terre il a fallu 7 à 8 mille ans d’efforts ininterrompus pour fabriquer un des plus beaux paysages du monde et le plus grand jardin de France ;
Dans cette région où les fils des immigrés italiens et espagnols des années 30 se sont si bien intégrés par l’effort et le travail, poussés par le seul désir d’éprouver un jour la fierté d’être devenus des citoyens comme les autres ;
Dans cette région où les rapatriés d’Afrique du Nord qui n’avaient plus rien ont reconstruit courageusement leur vie après avoir laissé derrière eux le fruit du travail de trois générations et qui pour la plupart n’avaient jamais exploité personne d’autre qu’eux-mêmes ;
Dans cette région on sait la valeur du travail des hommes. Sans travail, il n'y a pas de richesse. Les Américains, les Anglais ont un niveau de bien supérieur au nôtre – on le sait bien du reste dans cette région où de plus en plus les Anglais achètent nos maisons. Ce n'est pas qu'ils soient plus talentueux. C'est tout simplement qu'ils travaillent davantage.
Sans l’amour du travail bien fait, sans la fierté de l’œuvre accomplie il n’y a pas de civilisation. Les paysans qui ont façonné le visage de la France, les bâtisseurs de cathédrales qui cherchaient le salut dans la perfection de leur œuvre, les artisans qui n’ont d’autre fierté que celle qu’ils mettent dans la maîtrise de leur art, les ingénieurs qui ont conçu le viaduc de Millau, les savants dans leurs laboratoires, les ouvriers dans leurs ateliers, les employés dans leurs bureaux, les médecins au chevet de leurs malades ne nous lèguent pas qu’un immense héritage de savoir-faire, de technique et de culture. Ils nous enseignent depuis des millénaires une immense leçon de savoir-vivre ensemble à travers une division du travail social où chacun travaillant pour les autres reçoit de tous davantage qu’il ne donne. Ils trouvent dans leur talent et dans son expression une part de leur raison d'être et d'intenses satisfactions.
C’est ce réapprentissage de la valeur du travail qu’il va nous falloir opposer à la désintégration sociale.
Il faudra beaucoup d’efforts pour remonter le courant qui nous entraîne si loin de nos idéaux ; si loin de ce modèle de société qu’ont rêvé pour nous nos parents et nos grands-parents, la vieille dame de Marmande et celle d’Agen, et tous ceux avant eux qui ont construit le plus beau pays du monde avec la fierté de ne devoir qu’à eux-mêmes d’être des femmes et des hommes libres et solidaires.
Mais au bout de ces efforts nous redonnerons vie et réalité aux idéaux qui ont toujours animé notre peuple, nous rendrons l'espérance à nos enfants, nous retrouverons notre fierté d'être Français.
Mes chers amis, c'est cette France nouvelle que je vous invite à construire, à construire ensemble.
Vive la France. Vive la République.
17:26 Publié dans Discours | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Discours, sarkozy, ump, politique

