12.03.2007

Discours de Nicolas SARKOZY lors de la journée UMP sur la Défense...

medium_MAM-c.jpgMesdames, messieurs,
Mes chers amis,

Vous me permettrez tout d’abord de vous faire part de ma satisfaction que cette journée, consacrée par notre famille politique aux questions de défense, -journée, je le sais, très attendue- ait pu se tenir. Satisfaction de vous voir réunis si nombreux pour participer aux débats. Satisfaction devant la qualité et la densité des travaux sur une matière qui mérite mieux qu’une pensée convenue. Il n’y avait aucune raison qu’en ce domaine nous ne fassions pas preuve d’un aussi important travail de réflexion que dans les autres domaines.
Qu’il me soit permis à cette occasion de rendre un hommage plus particulier à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, pour la part qu’elle prend à cette réflexion et à la campagne présidentielle, à François Fillon, à Pierre Lellouche, qui a fait un travail tout à fait remarquable, à Guy Teissier, le président de la Commission et à Gérard Longuet.
À ces remerciements, je voudrais associer tout particulièrement les personnalités qui nous ont fait l’honneur et l’amitié d’être parmi nous aujourd’hui, avec un clin d’œil affectueux à Dora.

Votre présence montre, s’il en était besoin, que la défense est un sujet passionnant qui doit faire débat, tout simplement pour informer les Français. C’est un sujet qui doit faire débat parce que l’essentiel est en jeu. C’est un sujet qui engage l’avenir de la France et avec lui, sans doute, celui de l’Europe.
Le Général de Gaulle à Bayeux disait : «  La défense ! C’est la première raison d’être de l’Etat. Il n’y peut manquer sans se détruire lui-même ».
Autant dire que nous sommes là au cœur des missions régaliennes de l’Etat. J’ajouterai que cette défense devra de plus en plus s’affirmer demain comme une des premières missions de l’Europe. Chacun voit bien combien il serait étrange de vouloir construire une puissance économique dont on ne se préoccuperait pas de sa sécurité.

Trois raisons placent la défense au premier rang des préoccupations de cette élection présidentielle, décisive entre toutes.
D'abord le chef de l'Etat est le chef des Armées. Et cette fonction régalienne constitue une part éminente de ses responsabilités.
Ensuite la France, au-delà de l'impératif d'assurer comme tous les pays sa propre sécurité, doit assumer les obligations qui découlent de son statut de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU. Et qu’il me soit permis de dire à tous les pays à travers le monde qui souhaiteraient avoir le même statut que la France, qu’ils en voient généralement les droits, peut-être les avantages, mais qu’ils n’en perçoivent pas toujours les devoirs et les obligations, au premier rang desquelles celui d’être prêt à payer le prix du sang au service de la paix dans le monde ! Que ceux qui demandent les mêmes droits que la France soient prêts à en assumer les mêmes devoirs.
Enfin, ce début de XXIème siècle est placé sous le signe d'une multiplication des menaces et des risques, André Glucksmann l’a dit avec beaucoup de brio ce matin. Qui peut concevoir que du consensus de l’analyse qui voit se multiplier risques et menaces, nous devrions en tirer la conclusion qu’il faille baisser la garde ? Cela n’aurait pas de sens.

Voilà pourquoi la défense doit  faire l’objet d’un engagement fort de la part d’un candidat à la Présidence de la République. Voilà pourquoi ma présence parmi vous atteste de mon engagement à faire de la modernisation de la doctrine et de l'outil de défense un axe majeur, fondamental, du quinquennat qui s’annonce.

J’appartiens à une génération, et je n’ai nullement envie de le cacher, qui n’a pas été directement confrontée à la guerre. Cela, je le dois à nos aînés qui ont combattu, parfois jusqu’au sacrifice ultime, pour notre liberté, celle de la France et de chacun d’entre nous. Je sais la dette que nous avons à leur égard. Mais, la génération qui n’a pas connu la guerre n’a pas moins de responsabilités que celle qui l’a connue, elle en a davantage. 
Je n’oublie pas non plus les quelque 12.000 soldats français actuellement engagés dans des opérations extérieures pour défendre nos valeurs, préserver une paix fragile et garantir des engagements internationaux. Certains d’entre eux l’ont récemment payé de leur vie. Je veux bien sûr, en votre nom à tous, leur rendre hommage, en assurant leur famille et leurs frères d’armes de  notre admiration, de notre gratitude et de notre solidarité. Les soldats morts en faisant leur devoir ont fait honneur à la République française et à la France.

Grosso modo, depuis deux générations, c’est-à-dire depuis la fin des conflits de la décolonisation, notre pays connaît pour l'essentiel la paix. Elle a permis la liberté politique, le développement économique et le progrès social. Et, pour la première fois de son histoire, la France ne semble plus exposée à des menaces militaires directes venant d'Etats ou d'empires hostiles.
La guerre n’a pourtant jamais disparu de notre horizon. Elle a toujours été en arrière-plan durant la guerre froide, avec la menace soviétique.  La chute du mur de Berlin a brutalement mis un terme à ce monde qui offrait une fragile stabilité en contrepartie de l'oppression et du sous-développement d'une majorité des peuples et des nations.
C’est la raison pour laquelle je ne me reconnais pas dans l’objectif d’une politique étrangère qui n’aurait pour seul objectif que la stabilité. Jeune, j’ai trop entendu qu’il fallait garantir la stabilité issue de Yalta. C’était la stabilité de la cruauté et de l’injustice et nos frères européens ont payé à cause d’elle. Ce n’est pas ma conception de la politique étrangère consistant à garder les dictatures pour ne rien changer.

L’Europe centrale et orientale s'est libérée sans violence : ce fut une période magnifique et extrêmement émouvante. Des hommes de paix et de foi ont joué un rôle considérable. Notamment un grand Polonais que personne n’a oublié, je ne parle pas simplement de Lech Walesa, mais aussi de l’autre… Ils se sont libérés par eux-mêmes et vingt plus tard, force est de reconnaître que certaines illusions apparues alors, depuis les « dividendes de la paix » de M. Fabius, jusqu’à « la fin de l’histoire » de M. Fukuyama, se sont complètement dissipées. Je demande à Monsieur Fukuyama de ne pas m’en vouloir de cette association qui n’est pas de la même importance, j’en conviens. Car, en termes d’illusion, il y a une hiérarchie… 

À la fin de l’histoire, l’on aperçoit que rien n’est fini. Si l’étau qui enserrait l’Europe a disparu, d’autres menaces et d’autres tensions ont surgi. Depuis la fin de la guerre froide d’ailleurs, nos interventions n’ont cessé de se multiplier. Nos forces sont toujours présentes en Afrique, au nom du maintien de la paix, même s’il faut s’interroger sur ces accords, naturellement. Mais elles ont aussi été engagées dans la première guerre du Golfe, dans des actions de force contre certains belligérants de l'ex-Yougoslavie et même en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001.


1 - Nous vivons donc désormais, c’est un truisme, dans un monde instable et incertain, caractérisé par la multiplication des risques et surtout la dissémination de la violence.

Depuis 1989, innombrables sont les crises qui ont dégénéré en conflits armés, en majorité asymétriques et de basse ou moyenne intensité. Mais l’on y meurt aussi. La rupture avec la période de la confrontation Est-Ouest, qui reposait sur la permanence d’un adversaire bien identifié et la préparation à une guerre totale qui ne s’est jamais produite, est donc totale. La menace d'une confrontation de haute intensité s'est fortement réduite sans disparaître totalement. D'autres sont apparues, certaines à nos portes, avec les guerres accompagnant la dislocation de l’ex-Yougoslavie. Elles ont montré tragiquement que l’Europe n’était pas à l’abri d’un déchaînement de violence et d'un retour en force de la barbarie.
Quand j’entends dire que nous n’aurions plus besoin de l’Union européenne, je demande que l’on regarde tranquillement ce qui se passe à nos portes, dans les pays d’ex-Yougoslavie, pour voir combien, au contraire, nous en avons besoin.

Par ailleurs, et encore plus préoccupant, la prolifération balistique et nucléaire est en passe de franchir un seuil particulièrement inquiétant, avec la Corée du Nord et surtout l’Iran ; la dissémination des armes bactériologiques et chimiques n'a jamais cessé ; l’hyper terrorisme, qui a frappé notamment New-York, Madrid et Londres, excusez du peu, peut sévir à nouveau dans n’importe quel pays, y compris le nôtre.

Et les facteurs de crises continuent de s’accumuler.
Certains proviennent des Etats. États forts animés d’une volonté de puissance qui met à l’épreuve les règles de la communauté internationale. D’autres viennent d’Etats affaiblis ou effondrés qui font le lit des organisations criminelles et terroristes. Certains découlent de la compétition pour le contrôle des ressources énergétiques, des matières premières, voire l'accès à l'eau dans certaines régions. Certains naissent des déséquilibres écologiques, démographiques et économiques qui exacerbent les pressions migratoires. À ceux-là s’ajoutent les antagonismes religieux ou culturels que certains fanatiques rêvent de transformer en choc des civilisations. Et la liste n’est pas close. Voilà le scénario…

Si elles ne font pas l’objet d’un traitement adapté par la communauté des nations, ces lignes de fracture peuvent déboucher sur des conflits de grande ampleur. Il faut d'autant plus les craindre que la suprématie technologique de l’Occident est contournée par des techniques de guérilla efficaces notamment en milieu urbain. Je voudrais dire combien sont préoccupants les succès militaires du Hezbollah face à l’armée israélienne, acteur pourtant non étatique, et les difficultés de l’armée américaine en Irak. Deux exemples particulièrement révélateurs de la nécessité de relativiser notre supériorité technologique.

La France n’est pas à l’abri de ces menaces qui peuvent se concrétiser sur son sol comme porter atteinte à ses intérêts au-delà de ses frontières. Qu’il s’agisse de la protection de nos ressortissants, de la sécurisation de nos approvisionnements énergétiques ou du respect des engagements internationaux.


2 - Dans ces conditions, je veux affirmer que sont irresponsables tous ceux qui proposent ou proposeraient de réduire notre effort de défense.
 
Si le mort irresponsable a un sens, c’est bien celui-ci. Si je suis élu Président de la République, je m’engage à maintenir notre effort de défense au moins à son niveau actuel, soit de l’ordre de 2% du PIB. Ce n’est pas une lubie mais un seuil incompressible pour disposer de forces armées bien entraînées, bien équipées, aptes à assurer la protection de notre territoire et la sécurité des Français. J’ajoute qu’il est quand même curieux de dire aux Français « choisissez : soit l’éducation, soit lé sécurité ». C’est un raisonnement étrange qui doit certainement correspondre à une logique, peut-être même à une cohérence, mais je ne les ai pas encore trouvées…
Les Français ont le droit à la sécurité et à l’éducation, elles sont même liées.

Le budget de la Défense ne constituera pas la variable d’ajustement des finances publiques dans les années à venir. J’ai d’ailleurs le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire. De 1997 à 2002, le gouvernement Jospin a supprimé une annuité complète d’équipement, 15 milliards d’euros, dilapidée dans le financement de réformes dont la France aurait été bien inspirée de  se passer, comme les 35 heures. Voilà leur cohérence, je l’ai trouvée ! C’était les 35 heures ou la sécurité de la France. Maintenant, c’est l’éducation ou la sécurité. Rien n’a donc changé ! 

Cette imprévoyance contraste avec le redressement opéré en 2002 sous l’impulsion personnelle de Jacques  Chirac, avec le concours de Michèle Alliot-Marie.
L’incurie des gouvernements socialistes a consisté à financer en cours d’année des dépenses civiles non budgétées par des redéploiements de crédits prélevés sur la Défense. Je le dis clairement : ce ne sera pas ma ligne de conduite car elle aboutit à une impasse.
Je ne financerai pas les universités ou les lycées en annulant des programmes militaires indispensables à notre sécurité. Il est absurde d’opposer des politiques tout aussi essentielles pour la Nation que la Défense, la Recherche ou l’Education.

Parmi les préjugés les plus tenaces figure celui qui voudrait que la dépense de défense fut par nature improductive. C'est faux, car elle irrigue un secteur industriel qui compte plus de 180 000 emplois. Elle apporte une contribution déterminante à l’effort de recherche et participe à nos exportations, avec plus de 5 milliards d'euros de commandes en 2006.
Moi qui suis si souvent accusé d’être intéressé par le modèle américain, s’il y a bien un domaine où il ne faut pas hésiter à s’en inspirer, c’est leur effort de recherche en défense mis au service de l’économie américaine.
De surcroît, cela permet face à l’OMC, qui regarde de très près ce qui se passe en Europe et d’un peu moins près ce qui se passe outre-atlantique, de lui dire que nous pouvons le faire puisque les Américains le font. Ce qui après tout est une règle assez loyale.

Le projet qui est le mien pour la Défense n’est donc pas dissociable du projet d’ensemble que je propose aux Français. Je le dis d’autant plus volontiers qu’à mes yeux, les militaires, les civils, les industriels qui travaillent dans le secteur de la défense sont d’abord des citoyens comme les autres. Leurs attentes dépassent largement leur seul secteur d’activité professionnelle. Ce serait se tromper et leur manquer de respect que de croire que les militaires se prononcent uniquement en fonction du niveau des budgets de défense annoncés par les candidats. Remarquez, si vous voulez le faire, ne vous gênez pas, nous ne craignons pas la comparaison… Mais c’est manquer de respect à des gens qui ont l’habitude de réfléchir et qui sont des citoyens comme les autres, en tout cas dans leur réflexion.


3 – Notre politique de défense ne saurait se limiter à la seule question des moyens. Nous devons nous interroger plus régulièrement sur ses finalités, son adéquation avec nos besoins de sécurité et l’efficacité de sa mise en oeuvre.


Dans ce domaine, comme dans d’autres, je voudrais que nous procédions avec ordre et méthode. Décliner la vision en orientations, en objectifs, en priorités et dans un agenda tendu vers l'action.

Quelles conclusions doit-on tirer des évolutions de notre environnement international et stratégique ? Quels sont les objectifs prioritaires qui en découlent ?  Que veut-on et que doit-on assumer seuls ? Que veut-on et que doit-on partager avec nos alliés ? Quelles missions et quels contrats opérationnels assigne-t-on à nos armées ?
Autant de questions qu’il est de notre devoir de poser et dont les réponses permettront de hiérarchiser nos choix capacitaires et de rendre des arbitrages cohérents.

Cet exercice de réévaluation devra être engagé dès le lendemain de  l’élection présidentielle et sans doute intervenir à intervalles réguliers. Le dernier Livre Blanc remonte à 1994 et bien des événements ont considérablement modifié l’environnement géopolitique dans lequel nous nous inscrivons désormais.
Sans être exhaustif, je citerais les attentats du 11 septembre 2001 et la stupéfaction du monde devant cette barbarie ; l’intervention américaine en Irak ; la crise nucléaire iranienne ; la déstabilisation du Liban et de certaines régions d’Afrique centrale et de l’Ouest ; ou encore la montée en puissance de la question énergétique dans les impératifs de sécurité.
Les Livres Blancs, pour être pertinents, doivent être régulièrement actualisés comme le font nos grands alliés, sauf à figer la pensée et l’action, alors même que nous devons être plus réactifs, dans un environnement dont la seule constante, pour au moins les deux ou trois décennies à venir, sera l’instabilité.
On ne peut pas dire que le monde est instable, avoir fait un livre en 1994 et dire « circulez, y a rien à voir »… Il est normal de s’interroger, quelle que soit la qualité du livre blanc en question.

Dans le cadre des travaux préparatoires de la prochaine loi de programmation militaire, car il en faut une, cette réflexion devra aller de pair avec le réexamen et l’audit systématique des principaux  programmes d’armement en cours ou en projet.

Cette démarche conduira fatalement à une révision du modèle d’armée 2015.
Parce que, construit autour des conclusions du Livre Blanc de 1994, ce modèle d’armée n’a été que partiellement financé par les lois de programmation exécutées depuis, notamment en raison du retard pris pendant la législature socialiste. Ce n’est pas remettre en cause ce modèle, mais tout le monde sait, y compris en respectant les lois de programmation à la lettre, comme Michèle l’a fait depuis 2002, qu’il n’est pas financé.
Nous ne pouvons donc pas ériger un livre blanc de 1994 et un projet non financé en référence intangible des lois de programmation.

D’ores et déjà, qu’il me soit permis de vous faire part d’un certain nombre de convictions et de grandes orientations qui touchent aux institutions et à la doctrine de défense.

Les institutions

Je propose une idée qui peut faire débat, mais je vais essayer de m’en expliquer. La politique de défense est une chose trop sérieuse pour continuer à être enfermée dans un domaine réservé, au sens où l’on ne pourrait en parler. C’est un mauvais service à rendre aux militaires et au lien terrorisme que de considérer que le débat sur la défense ne doit pas avoir lieu.

J'entends renforcer les pouvoirs du Parlement en matière de contrôle des services de renseignement ; d’approbation de la présence et des modalités d’intervention de nos forces armées à l’étranger, au bout d’un certain délai à discuter ; de lancement des grands programmes d’armement ou encore de ratification des accords de défense.
Après ce que j’ai dit sur les impératifs de sécurité, je voudrais rappeler que nous sommes une démocratie. Et dans une démocratie, les choses essentielles doivent être débattues. Bien sûr, il y a la responsabilité de l’exécutif, du président de la République et du ministre de la Défense, mais il y a aussi l’expression de la souveraineté nationale au Parlement.

Je souhaite d’ailleurs que le président de la République puisse venir devant la représentation nationale pour présenter et expliquer ses grandes orientations de défense.  Dans une démocratie moderne, il ne peut pas y avoir de domaines dont nous ne puissions pas parler.

Nous devons également tirer toutes les conséquences des interactions croissantes entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure, illustrées notamment par l’exportation de la menace terroriste sur notre territoire. Plus que jamais, nous devons avoir une approche globale des enjeux de notre sécurité et des réponses que nous y apportons. Sécurité intérieure, politique extérieure, défense militaire et civile ; toutes ces dimensions sont de plus en plus imbriquées et interagissent entre elles. 

C’est pourquoi je souhaite la création, auprès du président de la République, d’un Conseil de sécurité nationale qui deviendra l’instance centrale d’analyse, de débat et de réflexion en matière de sécurité et de défense, en période normale comme en période de crise.
Cette instance aura vocation à se substituer, dans des configurations adaptées, selon les sujets et les circonstances, aux actuels Conseil de sécurité intérieure et Conseil de défense. Ce Conseil sera adossé à un secrétariat permanent qui en préparera les réunions et sera chargé du suivi des décisions prises.

Pour avoir participé pendant de nombreuses années à ces deux Conseils, en tant que ministre du Budget, des Finances ou de l’Intérieur, je veux qu’il s’agisse d’un lieu d’échanges entre responsables gouvernementaux, grands subordonnés et experts, et non pas d’une chambre d’enregistrement d’arbitrages préparés, avant la réunion, par un cercle restreint.
Cela me paraît essentiel pour que le président de la République soit assuré de disposer des différents éléments d’expertise et de contre-expertise indispensables à la préparation de la décision.
 
Il nous faudra également porter une attention accrue à la défense civile. Cela implique que nous mobilisions davantage nos concitoyens, renforcions nos capacités à prévenir et, le cas échéant, à surmonter des crises liées à la réalisation sur notre territoire de la menace terroriste.
Je propose la création d’une agence de défense civile chargée d’animer l’esprit de défense et de coordonner l’action des diverses composantes de notre société ainsi que des pouvoirs publics. Cette agence pourrait être rattachée au ministre de l’Intérieur, voire au Premier ministre, et s’appuyer sur le service civique pour étoffer les moyens d’intervention mobilisables en cas de besoin. 


Les grandes fonctions de notre outil de défense : dissuasion, prévention, projection et protection

La dissuasion reste un impératif absolu. C’est l’assurance-vie de la Nation, la garantie qu’un autre Etat devra réfléchir avant de s’en prendre à la France sauf à s’exposer à une sanction immédiate et hors de proportion avec les avantages recherchés.
Cette garantie pourra bénéficier à nos voisins européens, dans des conditions qui, s’ils le souhaitent, pourraient être définies avec eux. Il ne s’agit en aucun cas d’imposer quoi que ce soit. Il s’agit simplement de réfléchir au fait que les intérêts vitaux de la France ne se réduisent pas à la seule dimension de l’hexagone. C’est un sujet important, nous en débattrons et nous verrons. Mais je crois qu’il faut être capable d’ouvrir les bras et de dire que la France, puissance nucléaire, qui fait un tel effort pour sa défense, est également le cœur de la défense européenne.

Si je suis élu président de la République, je prends l’engagement de garantir la crédibilité politique et technique de nos systèmes d’armes, dans le respect du principe de stricte suffisance des moyens déployés. Les programmes de modernisation qui se révèleront nécessaires seront poursuivis et soumis aux mêmes exigences d’optimisation.

Un accent particulier doit être mis cependant sur la prévention, grâce à une meilleure coordination des activités des services de renseignement, mais aussi à travers le renforcement des moyens d’acquisition de l’information, tant humains que technologiques. Chacun doit mesurer que le spatial joue aujourd'hui en matière stratégique le même rôle clé qui revint au nucléaire durant la seconde moitié du XXème siècle.

Les efforts entrepris depuis dix ans pour développer nos moyens de projection de forces et de frappe dans la profondeur doivent être accélérés. L'objectif consiste à parachever l'évolution vers une armée d'emploi, apte à assurer une défense de l'avant. À l’heure de la mondialisation et de la prolifération, la sécurité de notre territoire et de notre population peut se jouer loin de notre territoire.

La réalisation du second porte-avions se situe pour moi dans cette perspective. Là encore, c’est une question de cohérence. Soit nous ne construisons pas de porte-avions, et c’est un choix, soit nous en faisons deux. Parce qu’il est curieux de faire un porte-avions, sans se poser la question de la permanence à la mer de notre groupe aéronaval, compte tenu des impératifs sur notre premier porte-avions. Il semble curieux de dire qu’il est capital d’avoir un porte-avions, mais peu importe de n’en avoir aucun pendant dix-huit mois…
C’est la raison pour laquelle pour moi c’est soit zéro, soit deux. J’ai pris le second choix parce que c’est la condition de la permanence en mer.

Il serait d’ailleurs parfaitement incohérent de plaider comme je le fais pour que la France assume sa responsabilité de puissance méditerranéenne, où tout se joue, le meilleur comme le pire, et d’en tirer la conséquence que nous n’avons pas besoin d’un porte-avions en Méditerranée pour garantir sa stabilité et sa stabilité.

La production de ce grand équipement s’inscrit dans une dimension européenne puisqu’elle donne lieu à une coopération industrielle avec les Britanniques. Il ne m’apparaît pas en revanche réaliste, du moins à moyen terme, de miser sur l’européanisation de l’emploi d’un tel équipement.

Après avoir été accusée de tous les maux, l’Europe devient la solution à tous les faux-fuyants, disant qu’elle va s’en occuper. Je voudrais rappeler que les caractéristiques de l’aviation embarquée varient d’un pays à l’autre, malheureusement. Ce qui est quand même ennuyeux pour un porte-avions.
Ensuite, je n’ai pas vraiment saisi si la Grande-Bretagne était d’ores et déjà une puissance méditerranéenne… Je ne suis pas persuadé qu’elle ait absolument et tout de suite les mêmes priorités que nous.
Enfin, il n’y a pas et il n’y aura pas avant longtemps d’entité politique européenne légitime pour décider et répondre de l’engagement d’un tel équipement. Nous avons déjà vu les problèmes occasionnés en commençant avec la monnaie avant le gouvernement économique, il me paraîtrait curieux d’européaniser l’utilisation du second porte-avions sans se poser la question de l’autorité politique et de sa légitimité qui pourrait en décider.

Dans le même ordre d’idées, une attention spécifique sera accordée aux autres programmes de projection de puissance. Je pense par exemple au SCALP naval mais aussi au renforcement des capacités de frappe de précision existantes, aux sous-marins nucléaires d’attaque de la génération « Barracuda », au renouvellement de nos frégates ou au transport stratégique aérien et maritime.

La protection de notre territoire continuera à s’appuyer sur des moyens militaires et civils qui seront mieux intégrés dans une approche globale de notre sécurité. La protection de la population est depuis trop longtemps un angle mort de notre politique de défense. Et ce reproche vaut aussi au plan européen, alors même qu'il existe une demande très forte des citoyens en la matière, qu'il s'agisse de la protection des infrastructures essentielles, de la surveillance des frontières, de la stabilisation de la périphérie de l'Union.

La protection doit naturellement couvrir nos soldats déployés en opérations extérieures. Cela intéresse plus particulièrement les forces terrestres projetées sur des théâtres sensibles, souvent en milieu urbain, au contact direct de populations hostiles. La protection de nos armées sera donc systématiquement renforcée, notamment contre les risques nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique. Les programmes portant sur la défense anti-missile de théâtre seront soutenus et développés.  Tout sera mis en œuvre pour garantir l'efficacité et la protection des troupes déployées au sol : numérisation du champ de bataille, équipements individuels, blindage des véhicules, médecine de l’avant, aéromobilité…
À cet égard, je considère le programme d’hélicoptères NH90 comme un programme qui devrait être remis en tête des équipements prioritaires pour l’armée de terre. Les hélicoptères actuels, Superpumas et Frelons, ont rendu de grands services, ce n’est pas leur faire injure de dire qu’ils ont quelque peu vieilli.

Nous devrons aussi réfléchir à une meilleure prise en compte du facteur humain. La sollicitation excessive des troupes, la polyvalence des hommes et l’espacement des périodes de remise en condition et d'entraînement épuisent les unités, parfois au détriment de leur sécurité. Cela renvoie directement à la réflexion que nous devrons avoir sur le dimensionnement de notre présence militaire en France et à l’étranger, et sur l’étendue, dans l’espace et dans le temps, des missions confiées à nos militaires en opérations extérieures.
Sans doute faudra-t-il un jour se demander s’il ne faut pas hiérarchiser nos interventions et considérer que certaines sont prioritaires et plus légitimes que d’autres. À force, on finit par prendre tous les risques sans en avoir tous les avantages.


4 – La réalisation de ces différents objectifs devra s’inscrire dans une volonté constante d’amélioration de la réactivité et de l’efficacité de notre outil de défense.

 
L’effort remarquable mené depuis 2002 pour redresser la disponibilité opérationnelle des équipements sera poursuivi et amplifié, tant sur le plan financier que sur le plan opérationnel.

Les budgets d’équipement ne sont toutefois pas suffisamment maîtrisés, comme le montrent des dépassements calendaires et financiers encore trop fréquents et trop importants. La gestion des fonctions de base et de soutien n’a pas été suffisamment modernisée même si l’interarmisation a fait des progrès substantiels.

L’externalisation de certaines fonctions de soutien, sans lien direct avec l’activité opérationnelle des forces, devra être recherchée, dans la continuité de certaines réalisations récentes, comme l’externalisation de la gestion des véhicules de la gamme commerciale ou de la formation des pilotes d’aéronefs. De même, il conviendra de confier davantage de tâches administratives aux civils car le statut de militaire doit être réservé au cœur de métier, sous peine de confusion des genres et de mauvaise affectation des ressources. Réciproquement, les militaires n’ont pas vocation pour moi à être mobilisés pour des missions qui ne sont pas les leurs ou pour compenser les lacunes d’autres politiques publiques et d’autres administrations. Les sujétions des militaires sont déjà suffisamment lourdes comme cela, pour qu’on évite de les considérer comme les supplétifs de la République. Aller chercher les militaires quand la République est défaillante n’est pas ma conception de la fonction.

Nous devons certainement amplifier les réformes visant à rationaliser et à dynamiser les procédures d’acquisition et de maintien en condition opérationnelle. Cela passe par la rénovation de la fonction achat, avec une profonde réforme de la DGA ; avec une responsabilisation effective des industriels, comme des pouvoirs publics, sur des objectifs précis de délais et  de coûts sur la totalité de la vie des équipements, en particulier les opérations de maintenance dont les coûts ont explosé au cours des dernières années.

Le recours à des modes de financement innovants pourrait être plus systématiquement recherché pour les programmes d’armement. Les partenariats public-privé sont par exemple parfaitement adaptés pour l’acquisition de capacités, comme les satellites de télécommunication, susceptibles de faire l’objet d’un partage avec d’autres utilisateurs, civils ou militaires. Nous restons encore timides dans ce domaine, en comparaison de nos amis britanniques, alors que nombre d'études démontrent que la qualité du service rendu par les PPP est supérieure à celle de la gestion directe.

Dans cette perspective, je crois essentiel, Cher Guy Teissier, que le Parlement soit plus étroitement associé au lancement et au suivi des grands programmes. Une information publique pourrait être assurée sur leur déroulement et sur les causes des éventuels dépassements constatés, à l’instar du rapport annuel du National Audit Office britannique.

Pourquoi en outre ne pas réfléchir à une modification de la présentation des lois de programmation militaire, en mettant en avant les capacités attendues, plutôt que la liste des équipements déjà arrêtées pour les satisfaire ? Cela aurait plus de sens, obligerait à exprimer plus clairement les objectifs capacitaires et offrirait davantage de souplesse tout en obligeant à étudier tout le spectre des solutions industrielles et financières possibles. Le recours à des modes de financement innovants ou à des coopérations européennes pourrait ainsi être plus systématiquement recherché.


5 - Ces nécessaires efforts de rationalisation ne nous permettront pas de tout faire seul, alors que l’Europe doit rester pour la France un horizon central . C’est toute la question de la construction de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD).

L’Europe a des intérêts de sécurité qui lui sont propres et sa politique de défense doit aussi être celle de sa géographie, d’autant plus qu’elle ne semble pas être au centre des préoccupations stratégiques de nos amis américains. Même si l’alliance avec ces derniers reste fondamentale, l’Europe doit s’organiser pour être en mesure de faire prévaloir ses intérêts et ses valeurs, assumer ses responsabilités internationales et garantir de façon plus autonome la protection de son territoire et de ses citoyens.
C’est dans cette optique que se situe le projet d’union  de la Méditerranéenne que j’ai proposé. 

Le bilan de la politique européenne de sécurité et de défense est loin d’être négligeable : des institutions utiles ont été mises en place, comme l’Agence européenne de défense et l’Etat-major militaire ; une quinzaine d’opérations ont été menées à bien, souvent de basses intensités mais toujours complexes.  Le processus a été lancé, il faut le faire vivre et le conforter. Comment faire ?

Avec la mutualisation des équipements lorsque cela est possible. J’ai dit mes réserves sur le second porte-avions, en revanche, a constitution d’un pool d’avions de transport A 400 M, commandés par la plupart des pays européens, constituerait un premier pas intéressant. Et ce d'autant plus que c’est un moyen de soutenir l'activité d'EADS, premier pôle technologique de l'Europe et qui en a bien besoin.

Mais d’autres initiatives sont envisageables. Est-il raisonnable que les membres de l’Union européenne alignent encore ensemble 10 000 chars et 3000 avions de combat sans développer une approche industrielle concertée ? Ne pourrait-on pas par ailleurs accomplir des progrès plus rapides dans la mise en commun de forces et de moyens de sécurité civile, mobilisables en cas de crise grave, dépassant les capacités d’intervention d’un Etat ?
Michel Barnier avait fait des propositions très utiles en la matière.

La défense européenne sera en outre d’autant plus crédible que sa base industrielle sera dynamisée, grâce à des regroupements et des alliances, en particulier dans les domaines terrestre et naval. Combien de programmes de coopération ont subi les contraintes artificielles du partage industriel sur des bases plus diplomatiques que rationnelles, conduisant à agréger compétences et incompétences ?

De ce point de vue, Airbus doit être gérée comme une société industrielle à part entière et non pas comme une organisation diplomatique pour lesquelles j’ai le plus grand respect. Mais, pour construire des avions, il faut les meilleures compétences au meilleur endroit. Ce n’est pas simplement une question de partage entre les uns et les autres.

Je suis convaincu, qu’au-delà de la nécessaire préservation des compétences et des technologies clefs, la constitution de champions industriels européens véritablement intégrés est la condition primordiale d’une meilleure coordination des efforts de défense et d’équipement des armées à l’échelle de notre continent.

L’Europe de la défense se matérialisera aussi dans la conduite de grands projets. Le système de navigation Galileo en est un. Pourquoi ne pas le consolider en travaillant ensemble sur des systèmes de surveillance de l’espace ou d’alerte avancée ?
Il est préoccupant de ne pas réfléchir à un  positionnement collectif des Européens vis-à-vis du système de défense anti-missile que les Etats-Unis sont en train de mettre en place. Je ne vois pas comment on peut dire que c’est simplement le problème de la Tchéquie ou de la Pologne et que ce n’est pas du tout celui de l’Europe, sauf à renoncer à toute ambition d’une politique européenne de la défense.

Mais il ne pourra pas y avoir d’Europe de la défense si nous abandonnons le projet d’une Europe politique intégrée. Si je suis favorable à une Europe avec des frontières et chacun connaît mes réserves sur l’entrée de la Turquie au sein de l’Union européenne, c’est parce que je considère qu’à force d’élargir l’Europe à des pays qui n’en sont pas, nous allons finir par tuer le projet de l’Europe politique. Or, nous, ici, sommes attachés à une Europe politique.

J’en profite d’ailleurs pour dire à nos amis polonais que j’ai beaucoup plaidé pour faire le G6 avec la Pologne. La question de leur intégration ne se pose pas, les Polonais sont européens. Mais, c’est tout de même une drôle d’idée d’avoir élargi l’Europe sans en modifier les institutions. J’aimerais maintenant que nous réfléchissions à l’endroit et que nous annoncions la suspension de toute nouvelle adhésion à leur modification. Il n’est pas anormal, avant de continuer à s’élargir, d’essayer de conforter ce qui existe.

Par ailleurs, l’Europe de la défense ne peut pas exister si seulement trois ou quatre membres de l’Union européenne sur vingt-sept consentent à un effort de défense digne de ce nom. La sécurité de l’Europe ne peut pas reposer sur les seules épaules de 3 ou 4 pays.
Je rappelle que le Royaume-Uni et la France représentent à eux seuls plus de 40 % des budgets européens de défense et que le cumul de ces derniers est deux fois et demi moins élevé que le budget du Pentagone. Nous devrons donc faire preuve de pédagogie et de pragmatisme pour convaincre nos partenaires de faire davantage.

Je veux bien que l’on nous dise que nous avons les mêmes impératifs de réduction des déficits que les autres, mais il est très difficile d’être à 3% quand, en plus, vous faites un effort de sécurité et de défense pour tous les autres. Un peu comme si un pays avait un budget en équilibre mais en sortant toutes ses dépenses de sécurité. Ce n’est pas cela l’Europe. L’Europe, c’est que tous ensemble, pour la part qui est la nôtre, naturellement, nous prenions ne charge le coût de la défense. Ou alors, que l’on dise aux pays européens qui paient que ces dépenses ne rentrent pas dans les critères de bonne gestion.
Je ne vois pas comment avoir une Europe de la défense crédible avec 24 pays considérant que la sécurité est une compétence annexe.

Ce serait enfin une erreur d’opposer la politique européenne de défense à l’Alliance Atlantique, alors même que l’Union européenne et l’OTAN sont  deux organisations plus complémentaires que concurrentes. En revanche, nous devons veiller avec nos partenaires européens à ce que l’OTAN n’évolue pas, comme sembleraient le souhaiter les Etats-Unis, vers une organisation mondiale effectuant des missions aux confins de l’humanitaire, du militaire et des activités de police internationale. L’OTAN n’a pas vocation à se substituer à l’ONU. Elle doit conserver un ancrage géopolitique clair en Europe et une vocation strictement militaire. Et, dans le prolongement des Accords dits de Berlin Plus, l’Union européenne doit pouvoir, en tant que de besoin, s’appuyer sur les moyens, notamment de commandement et de planification, que l’Alliance met en œuvre. Ce sont à mes yeux trois conditions du maintien à son niveau actuel de la contribution importante de notre pays à l’OTAN.


6 – Dix ans après la professionnalisation de notre armée, il nous faut veiller plus que jamais à conforter le lien terrorisme et la place des militaires dans la société.

La professionnalisation était nécessaire pour des raisons opérationnelles, comme l'a démontré la première guerre du Golfe en 1991. j’ai conscience que cette professionnalisation a considérablement modifié les structures et les habitudes de travail de nos armées. Il n’y a pas un corps de l’Etat qui a su se remettre en cause de cette manière et avec cette rapidité comme l’ont fait nos armées.
On parle beaucoup de la rigidité des armées et parfois des militaires, s’agissant de la professionnalisation, ils ont fait un travail exceptionnel que peu d’administrations, par ailleurs, auraient été capables de faire, avec un tel résultat. Il est juste de le dire et de leur rendre hommage.

Il nous faut maintenant réfléchir pour que la communauté militaire puisse continuer à disposer d’un environnement favorable à l’exercice du métier des armes, dont on mesure  les grandeurs, souvent, les servitudes, moins souvent, au sein d’une société qui privilégie les valeurs d’épanouissement personnel et même d’hédonisme plutôt que celles du sacrifice ou de l’abnégation.
Cela vaut aussi bien sûr pour la gendarmerie dont je confirme qu’elle doit à mes yeux conserver son statut militaire.

Je crois à la nécessité en la matière et même à l’obligation de rester vigilants sur la qualité et la diversité du recrutement dans nos armées. On ne soulignera jamais assez la contribution des armées à la cohésion sociale et nationale. Finalement, ce sont les seules administrations à recruter de l’ordre de 30 000 personnes par an, dont beaucoup sont des jeunes peu ou pas diplômés. Leur rôle d’ascenseur social et d’intégration est sans équivalent et doit être absolument préservé, de même que leur politique traditionnelle de promotion interne et de valorisation des acquis de l’expérience, même si j’ai noté ce matin qu’il y avait des progrès à faire.

Je souhaiterais par ailleurs dissiper un malentendu: la proposition que je fais d’expérimenter un service civique obligatoire pour l’ensemble des jeunes gens ne doit pas être interprétée comme le rétablissement du service militaire. Ce dispositif ne sera pas mis à la charge exclusive, ni même principale, des armées. Il y aura simplement un volet militaire et de sécurité qui pourra utilement contribuer à renforcer nos capacités de réaction face à des événements exceptionnels, nécessitant le déclenchement d’opérations importantes de protection et de secours aux populations.
Ce volet faciliterait la constitution d’une réserve pleinement opérationnelle, affectée en priorité à la protection du territoire et de la population.

Nous devons ensuite veiller à ce que les militaires ne décrochent pas du reste de la société. Ce serait un comble.
Ce n’est pas parce que l’abnégation et l’esprit de sacrifice demeurent les valeurs de la communauté militaire que nous ne devrions pas considérer le fait qu’ils décrochent comme un problème. Ce n’est pas parce qu’ils sont les derniers à avoir des valeurs bien utiles à la société française, que nous devrions les en récompenser en leur disant que puisqu’ils ont l’esprit de sacrifice, ce n’est pas grave de décrocher…

Les conditions d’exercice de leur métier, qui sont très contraignantes pour la vie personnelle et familiale, ne doivent pas les isoler, encore moins les marginaliser.
Je soutiendrai toutes les mesures facilitant la conciliation de leur vie professionnelle et de leur vie familiale, comme un meilleur accompagnement de la mobilité géographique tout au long de leur carrière. Ces déménagements fréquents nuisent à la scolarité des enfants, au taux d’emploi des conjoints et compliquent l’accès à la propriété ou la vie de couple. J’ajoute que les militaires doivent néanmoins s’adapter à la réalité du travail féminin. Il y a quarante ou cinquante, la mère de famille suivait son mari. Aujourd’hui, quand les deux travaillent dans le couple, qui peut considérer que ce que décide l’un, l’autre doive s’y adapter ? C’est beaucoup plus difficile.
J’observe par ailleurs que la rétribution des services rendus par les militaires n’est pas toujours à la hauteur de la reconnaissance que leur doit la nation, notamment en début de carrière. C’est pourquoi je poserai la question de la revalorisation de leurs traitements indemnitaires, à commencer par l’indemnité pour charges militaires.

Il faudra également prendre davantage en compte la féminisation de nos armées, actuellement de 14% mais qui pourrait encore s’élever.
Comment ne pas relever, à la veille de la journée internationale de la femme –qui en dit long quand même sur la réalité de la parité…- que cette féminisation rapide a insensiblement modifié les comportements et a beaucoup apporté à nos armées ? Les femmes, naguère essentiellement cantonnées au service de santé des armées, ont aujourd’hui accès à la quasi-totalité des fonctions et c’est une bonne chose. Nous devons nous adapter à cette nouvelle donne et faciliter leur vie familiale.

Conforter le lien terrorisme, c’est aussi renforcer la visibilité des débats autour de notre politique de défense, aujourd’hui confinée dans des cénacles trop étroits. Nos concitoyens doivent entendre parler de nos armées et de leurs missions et pas simplement à l’occasion du défilé du 14 juillet. Cette visibilité accrue passera par des réformes institutionnelles que j’ai évoqué mais également par une place plus affirmée de la politique de défense dans les débats du Parlement.


Mesdames et Messieurs,
La défense ne se distingue pas de l'Etat, qui reste la colonne vertébrale de la France. Voici pourquoi en 1958, la rénovation des institutions républicaines, le rétablissement de l'autorité de l'Etat et la modernisation de l'armée sont allés de pair.
Cette armée, dotée des équipements nécessaires à son engagement opérationnel, reconnue pour les compétences de ses soldats, est par nature une armée d'emploi. Une armée d'emploi au service de la France, mais aussi de l'Europe.
Il ne s'agit pas seulement pour la France d'assurer sa pérennité et son développement en tant que nation. Il s'agit au fond et avant tout de continuer à faire vivre une certaine idée de la liberté et, partant, de la dignité des hommes.

Le discours que je viens de prononcer devant vous vaut pour moi engagement. Je sais devant qui j’ai parlé, je sais à qui je m’adresse, à des femmes et des hommes qui ont fait don de leur vie à leur idéal.
Et, justement, parce que ce don est total, mon engagement politique à leur service et peut-être demain à leur tête se doit d’être à la hauteur, c’est-à-dire complet.

13.02.2007

Discours de Nicolas SARKOZY en présence de ses comités de soutien à la Mutualité...

medium_DSC01963.JPGMes chers amis,

Le 14 janvier à la Porte de Versailles, je me suis adressé à tous mes amis qui m’avaient accompagné jusque-là, à tous les militants dévoués et fidèles avec lesquels j’avais partagé tant de combats et je leur ai demandé, comme une nouvelle preuve de leur amitié, de me laisser libre, de me laisser libre d’aller vers les autres, vers celui qui n’avait jamais été mon ami, qui n’avait jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique, qui parfois même nous avait combattu.
Je leur ai demandé à tous de faire cet effort de comprendre que je ne devais pas être le candidat de la seule UMP, qu’à partir du moment même où ils m’avaient choisi je devais me tourner vers tous les Français, quels que soient leurs parcours, quelles que soient leurs origines, quelles que soient leurs sensibilités politiques, parce je dois parler à tous les Français, parce que je dois les rassembler tous. Parce que nul ne doit se sentir exclu de la politique de renouveau que je veux impulser.
Mes valeurs sont celles de la droite républicaine. Ce sont des valeurs d'équité, d’ordre, de mérite, de travail, de liberté, de responsabilité. Je les assume. Mais dans les valeurs auxquelles je crois, il y a aussi le mouvement. Je ne suis pas un conservateur. Je ne veux pas d’une France immobile. Je veux l’innovation, la création, la lutte contre les injustices. J’ai voulu faire entrer ces idées dans le patrimoine de la droite républicaine alors même que la gauche les délaissait.
C’est parce que je suis sûr de mes convictions, sûr de mes valeurs, sûr de mon projet, que je crois à la nécessité de l’ouverture aux autres, que je n’ai aucune réticence à affronter des idées différentes, des opinions différentes, que cet échange peut être fécond, enrichissant.
C’est l’absence de véritables convictions qui rend sectaire. C’est celui qui a peur de confronter ses idées à celles des autres parce qu’il se sent fragile qui pratique le plus facilement l’anathème, le rejet, l’exclusion.

J’ai voulu aussi que la politique cesse de chercher dans l’idéologie les réponses toutes faites aux questions que lui posent les Français. J’ai voulu qu’elle soit ouverte au débat, aux idées neuves, qu’elle soit ouverte sur le monde, sur les expériences étrangères.

Je suis heureux de pouvoir m'adresser pour cette première réunion des comités de soutien à ma candidature, à tant de gens venus d’horizons si divers.
Je suis heureux et fier que vous tous différents par vos histoires, par vos engagements, vous vous soyez reconnus dans notre projet, dans les valeurs que je défends.
Je suis heureux et fier que vous y ayez reconnu les valeurs de la France, que vous ayez pu y trouver des raisons de penser que ce que nous avons en commun est finalement plus important que ce qui nous sépare.
Je suis heureux et fier que chacun d’entre vous, sans renoncer à ce qu’il est, c'est capital à mes yeux, sans se renier, ait pu remonter à travers ce que j’ai dit depuis le début de cette campagne à ce qui nous unit, à ce qui fait de nous les enfants d’une même nation, les héritiers d’une même culture et d’une même histoire. Que vous y ayez trouvé assez de force pour oublier les figures imposées de notre vie politique, les vieux clivages si difficiles à dépasser, les vieux réflexes conditionnés par l’éducation et par une longue habitude. Que cela ait pu être possible est pour moi une joie et une raison d’espérer dans l’avenir de notre démocratie.
Que l’on me comprenne bien : je ne cherche à débaucher personne. L’idée du débauchage est contraire à ma démarche et à mon état d’esprit. Il ne s’agit pas de compter les ralliements venus de l’autre camp, il ne s’agit pas de faire quelques opérations superficielles ou quelques combinaisons partisanes. Il ne s’agit pas de faire monter je ne sais quelles enchères pour attirer quelques personnalités emblématiques qu’on aurait attendues ailleurs.
Il s’agit plus simplement dans cette campagne de ne plus se poser la question des étiquettes, mais de parler seulement des convictions de chacun. De faire ce constat que sur certains sujets, dans certaines circonstances, les citoyens d’un même pays aimant profondément leur patrie peuvent avoir des choses à se dire, peuvent se sentir en accord, peuvent échanger, travailler, construire ensemble au nom des mêmes principes, des mêmes convictions pour lesquels ils ont pu se battre tout au long de leur vie.
Quand des hommes de gauche me parlent de la justice sociale, je veux les écouter.
Quand des syndicalistes me parlent de la condition ouvrière, je veux les entendre.
Quand un électeur du Front National m’explique les peurs, les angoisses, les révoltes qui l’ont conduit à ce choix, je veux prendre le temps de comprendre.
Quand un instituteur qui n’a jamais voté à droite m’explique la grande misère du métier d’enseignant, je veux lui donner l'attention qu'il mérite.
Quand André Glucksmann me parle de la tragédie tchétchène, je veux reprendre ce combat à mon compte.
Quand Alain Finkielkraut me parle de la faillite de la culture, je dois l'assurer que je réagirai.
Quand Max Gallo me parle de la nation et de la République, je veux qu'il sache que j'ai compris.
Quand Enrico Macias vient me voir avec tout son cœur, toute sa générosité, pour me parler de la détresse de certaines situations d'enfants de sans-papiers, je veux agir.
Quand la famille d'Ingrid Betancourt vient me dire sa douleur, je dois l'assurer que si je suis élu, je ferai de sa libération une priorité absolue. Parce que c'est une française qui est dans le malheur, parce que c'est une famille français qui est dans peine, parce que c'est une femme qui souffre depuis 5 ans.
Si l’on n’est pas capable de cet effort,
Si l’on n’a pas envie de faire cet effort,
Si l’on est convaincu que le but de l’élection présidentielle c’est de faire gagner un parti,
Si le sectarisme est la seule ligne de conduite,
Si l’on ne supporte pas que l’autre puisse se reconnaître lui aussi dans ce que l’on considère comme faisant partie de sa propre histoire, alors il ne faut pas être candidat à la présidence de la République.
Car lorsqu’il s’agit de l’élection présidentielle, il s’agit de la France.
Et lorsqu’il s’agit de la France, il n’y a plus de camp.
Lorsqu’il s’agit de la France il n’y a plus de parti.
La France c’est le bien commun de tous les Français.
C’est le fondement de notre fraternité et de notre solidarité.
C’est le cadre de notre démocratie.
C’est le socle de notre République.
C’est le nom que nous donnons à notre volonté de vivre ensemble, à nos valeurs partagées, à l’idée de l’homme qui nous réunit.
Je me fais une haute idée de la France, de ce qu’elle incarne aux yeux du monde, de son intelligence, de sa culture, de sa vocation universelle.
J’ai fait mienne son histoire. Pour moi il n’y a pas une histoire de France de gauche et une histoire de France de droite. Il n’y en a qu’une parce qu’il n’y a qu’une seule France.
J’assume tout, je prends tout en partage et j’en suis fier. Je suis fier d’être un enfant de la patrie de Saint Louis, de Voltaire, de Victor Hugo, de Jaurès, de Blum, du Général de Gaulle, de Schuman, de Monnet.
Quand Jaurès parle du travail dont la gauche ne parle plus, quand il propose une politique de l’éducation qui est le contraire de ce que la gauche prône depuis 40 ans, je me sens proche de Jaurès.
Quand je cite Léon Blum, ce visionnaire qui avait compris dès le début des années 20 que le communisme mènerait au stalinisme, je n’ai pas le sentiment de trahir mes valeurs.
Quand je dis que mes valeurs sont celles de la droite républicaine je ne me sens pas l’héritier des antidreyfusards ni des partisans de la collaboration avec les nazis. Quand je parle de l’histoire de France je ne dis pas que toutes les erreurs sont imputables à des hommes qui se réclamaient de la gauche et tous les succès à des hommes qui se réclamaient de la droite, contrairement à ceux qui font semblant de croire que tous les antidreyfusards étaient de droite et tous les résistants de gauche.

Je suis fier d’être l’enfant d’un pays où les hommes sont libres, où la conscience est libre, où l’intelligence est libre, où la parole est libre.
Je suis fier d’être l’enfant d’un pays qui a tant donné à la civilisation, à l’art, à la pensée.

Je me fais une haute idée de la fonction présidentielle, de ce qu’elle représente, des responsabilités qui lui incombent, des devoirs qu’elle implique.
Le Président de la République n’a de devoirs qu’envers la France. Il l’incarne. Il incarne sa souveraineté, son idéal. Il en est la voix, le visage.
Le Président de la République n’a de responsabilité que vis-à-vis du peuple. Il porte ses aspirations, sa volonté.
Le Président de la République représente l’Etat. Il en garantit l’impartialité, l’autorité, la continuité.
Il est l’homme de la nation, de la nation tout entière.
Si je suis élu, je serai un Président pour tous les Français y compris celui qui ne m'aura pas choisi.
Je ne serai pas là pour moi-même, je n’agirai pas pour moi-même et ne parlerai pas pour moi-même.
Je serai là pour la France, je n’agirai que pour elle, je ne parlerai que pour elle.
Je ne parlerai pas en mon nom mais au nom de tous les Français.
Je serai leur porte-voix, leur porte-parole, et d’abord de ceux que l’on n’entend jamais, de ceux dont la voix est trop faible, des plus humbles, des plus vulnérables.
Je ne serai pas le Président d’une France contre une autre. Je ne serai pas le Président d’une faction. Je ne serai pas le Président d’un clan.
Pour moi la fonction présidentielle, c’est d’abord une grande exigence.
Je veux être à la hauteur de cette exigence.
J’ai voté pour l’Union Européenne. J’ai proposé l’Union Méditerranéenne. Je ferai l’union de la nation. Je mettrai toute mon énergie à dénouer les conflits, à réparer les injustices, à éviter les tragédies, à empêcher que naissent des haines inexpiables.
L’union de l’Europe, l’union de la Méditerranée, l’union de tous les Français, telle sera l’exigence de ma politique si les Français me font confiance. Je veux être le Président de l’union de tous les Français.
Je veux être le Président de la réconciliation.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec la France.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec la République.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec le monde, avec l’Europe, avec la Méditerranée.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec leur Etat.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec leur école et avec leur université.
Je veux être le Président qui réconcilie la France de la fonction publique avec la France du privé.
Je veux être le Président qui réconcilie les croyants avec la laïcité et les laïcs avec les croyants.
Je veux être le Président qui réconcilie la France qui souffre avec la France qui réussit.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français entre eux, quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau, leur religion.
Je veux être le Président d’une France qui donne sa chance à chacun, qui redécouvre le vrai sens du mot « fraternité ».
Pour pouvoir être demain le Président de tous et pas seulement de quelques-uns, il me faut aller tout au long de cette campagne à la rencontre de l’ensemble des Français, il me faut leur parler à tous, il me faut les entendre tous.
L’exigence qu’un Président de la République doit s’imposer à lui-même, je veux me l’imposer dès maintenant.
Je veux aller voir ceux que l’on ne va jamais voir. Voici pourquoi je vais dans les usines.
Je veux rencontrer que l’on ne rencontre jamais. Voici pourquoi j'ai été à la prison pour femmes de Rennes.
Je veux rencontrer les paysans que l’on oublie.
Je veux rencontrer ceux qui travaillent dans les services et dont on oubli trop souvent les servitudes et les faibles revenus, les ouvriers que l’on avait passés par pertes et profits depuis que certains s’étaient mis à rêver d’une France sans usine.
Je veux aller dans les usines, dans les ateliers, où la droite n’allait jamais, où la gauche n’allait plus.
Je veux aller à la rencontre des femmes dont la situation dans notre société est si peu enviable.
Je veux aller parler à ceux qui se sentent abandonnés, à ceux qui se sentent victime de discrimination.
Je veux aller voir, écouter, parler à ceux auxquels on ne parle jamais parce qu’on a depuis longtemps renoncé à chercher des solutions à leurs problèmes, ceux dont on ne parle jamais parce qu’ils ne font pas parler d’eux, parce qu’ils ne se plaignent pas, parce qu’ils ont trop de fierté pour demander de l’aide, parce qu’ils ont trop de dignité pour accepter de devoir quelque chose à d’autres qu’à eux-mêmes.
Je veux être le candidat de la France qui travaille dure et qui pourtant n'arrive pas à s'en sortir.
Je veux rencontrer ceux qui ne sont pas d'accord avec moi et qui peut-être ne voteront jamais pour moi.
Je veux écouter leur point de vue, leurs arguments, leurs raisons.
Parce que eux aussi ils sont la France. Parce que eux aussi ils ont quelque chose à m’apprendre. Parce que si je suis élu, je parlerai aussi en leur nom. Parce que pour être Président de la République il faut assumer toute la diversité française. Parce qu’il faut que dans la politique de la France, chaque Français puisse retrouver une part de lui-même.
Dans l’idée que je me fais de la fonction présidentielle, le Président de la République, sans rien renier de sa propre histoire, de ses valeurs, de ses engagements, doit être en mesure de prendre en compte toutes les opinions, tous les sentiments, toutes les souffrances, tous les refus, toutes les aspirations.
C'est justement parce qu'il est sûr de ses convictions qu'il doit être l’homme de bonne volonté dans lequel tous les hommes de bonne volonté savent qu’ils peuvent trouver une attention, une écoute, une compréhension, un respect.
Quand on est sûr de son identité on n'a pas besoin de la rigidité qui n'est que l'instrument des faibles.
Il doit être l’homme capable de faire autant pour celui qui partage ses opinions et pour celui qui ne les partage pas.
Dans l’idée que je m’en fais, la fonction présidentielle exige de dépasser ses préventions, ses a priori, d’ouvrir son esprit et de le rendre accueillant à des idées différentes.
Dans l’idée que je m’en fais, la fonction présidentielle exige plus qu’une forme de dévouement. Elle exige une forme d’ascèse.
Je veux être un Président qui fera ce qu'il a dit qui montre la voie et qui gouverne, et en même temps un Président qui rassemble.
Je veux être un Président qui prend ses responsabilités au grand jour et qui en même temps reste un ultime recours.

J’ai une très haute opinion de la fonction présidentielle parce que j’ai une très haute opinion de la France.
Derrière l’abaissement de la fonction présidentielle il y a très souvent l’abaissement de la France.
L’abaissement de la fonction présidentielle c’est l’Etat sans direction, abandonnant tout le pouvoir à la bureaucratie. Ne cédons pas à la facilité de reprocher aux fonctionnaires d'assumer un pouvoir que tant de politiques ont renoncé à exercer.
C’est l’Etat soumis aux groupes de pression, aux corporatismes et aux clientèles.
C’est l’Etat laissant le champ libre aux féodalités.
C’est le risque plus grand de l’impuissance publique.
C’est la responsabilité diluée.
C’est l’abaissement de la République.
Derrière la dévalorisation de la fonction présidentielle il y a la méfiance envers le peuple.
Il y a cette conviction - qui est une trahison de la démocratie - qu’il est souhaitable de tenir la politique à l’abri de ce qu'on appelle avec mépris "les passions populaires". Il y a cette idée, qui est inacceptable, qui est scandaleuse, que le peuple est trop déraisonnable, trop aveuglé par ses pulsions, trop influençable pour que l’on puisse lui faire confiance.
Il y a cette conviction que le peuple est dangereux, parce que le peuple seront toujours à la recherche de l’homme providentiel, toujours prêt au plébiscite.
Je ne partage pas cet opinion. Je crois en la démocratie. J'ai confiance dans la lucidité de notre peuple.
C’est la vieille histoire des élites qui ont peur du peuple. C’est la vieille histoire des oligarchies qui confisquent le pouvoir.
Mais que reste-t-il de la démocratie si l’on a peur du peuple ? Si l’on se méfie de la politique quand elle exprime la souveraineté du peuple ? Si l’on retire au peuple le droit de décider lui-même de son avenir pour le confier à des experts, à toutes sortes de gens qui n’ont de comptes à rendre à personne, qui s’autojustifient, qui s’autoévaluent, qui s’autosatisfont ?
L’élection du Président de la République au suffrage universel n’affaiblit pas la démocratie. Elle l'a renforcé.
Parce qu’elle dispose de la légitimité populaire, parce que nul ne peut y être élu en restant enfermé dans son camp, dans son parti, parce qu’elle lui impose une obligation de rassemblement au-delà des clivages, la fonction présidentielle ne doit pas être abaissée.
Elle ne doit pas être abaissée par des comportements sectaires, intolérants ou claniques.
Le Président de la République n'a pas le droit d'être l'homme d'un intérêt puisqu'il doit être celui de l'intérêt national.
Elle ne doit pas être abaissée par des comportements qui ne seraient pas dignes ou par des abus de pouvoir.
Ce n’est pas dans la réforme de la Constitution que se trouve la réponse au risque d’une excessive concentration des pouvoirs. Ce n’est pas par le changement de Constitution que sera écarté le risque d’un déséquilibre des pouvoirs au profit du pouvoir exécutif.
C’est dans les comportements et la pratique que se trouve la réponse.
Les porteurs de pancartes qui en 1958 criaient : « Le fascisme ne passera pas ! » en ont été pour leurs frais. Le Général de Gaulle n’a pas mis la République en danger, il l’a sauvée.
Et depuis un demi-siècle que la Ve République existe, ni la démocratie ni les libertés individuelles n’ont été mises en danger par quiconque.
Je veux être un Président qui gouverne mais je veux être un Président qui gouverne dans un esprit d’ouverture.
Je veux être un Président qui donne au Parlement des moyens de contrôle supplémentaires parce qu'en vérité, il ne peut y avoir de pouvoirs républicains sans un équilibre des pouvoirs. C'est tout particulièrement vrai en ce qui concerne les nominations à certains postes à hautes responsabilités. Je souhaite que les candidats soient entendus par des commissions parlementaires, que leur nomination soit ratifiée par un vote. Je souhaite que ce vote soit à la majorité qualifiée pour que l’opposition ait son mot à dire.
Je veux une démocratie irréprochable où le critère de la compétence l’emporte sur celui des amitiés et des connivences.
Je veux une démocratie irréprochable qui utilise toutes les compétences sans en exclure aucune pour des raisons politiques.
Je veux une démocratie irréprochable qui soit capable d’utiliser tous les talents, toutes les énergies, toutes les capacités.
Je veux une démocratie irréprochable où les garanties apportées aux libertés individuelles soient renforcées par l’adoption d’un habeas corpus à la française.
Je veux une démocratie irréprochable fondée sur le principe de l’équilibre des pouvoirs. Mais je ne souhaite pas que l’Etat soit paralysé par un jeu de contre-pouvoirs dont le seul but serait de se contrecarrer les uns les autres. Je ne souhaite pas que par démagogie l’on revienne à ces situations qui jadis ont rendu l’Etat impuissant, affaibli la République et fait le malheur de la France.
Après y avoir longuement réfléchi, je suis convaincu que la France n’a pas besoin d’un bouleversement institutionnel mais d’un nouveau rapport au pouvoir et à la politique fait de davantage de sincérité, de tolérance et de respect, d'honnêteté.
On n’affaiblit jamais la démocratie en donnant la parole au peuple. On affaiblit la démocratie quand on tient le peuple à l’écart. Quand on reste indifférent à ses attentes, quand on reste sourd à ses cris, quand on traite par le mépris ses peurs, ses angoisses, ses frustrations, quand on ne cherche même plus à lui donner des raisons d’espérer.
Ce ne sont pas les institutions de la Ve République qui menacent la démocratie et la république, mais l’attitude de ceux qui prétenderaient tout savoir et qui veulent faire la leçon à tous les autres alors qu’ils n’ont cessé d’échouer à résoudre les problèmes des Français.
Ce ne sont pas les institutions de la Ve République qui poussent un nombre toujours plus grand de Français à se réfugier dans l’abstention ou dans le vote extrême, mais le sentiment de plus en plus fort chez la plupart d’entre eux de ne pas avoir d’autre moyen pour se faire entendre.
Ce ne sont pas les institutions de la Ve République qui ont rendu la France du non majoritaire, mais la conviction de beaucoup de Français que la seule possibilité qu’il leur restait pour reprendre la maîtrise de leur destin était de dire non.
Notre démocratie, notre République ne souffrent pas d’une crise institutionnelle mais d’une crise morale.
Elles ne souffrent pas de trop de politique mais de pas assez de politique.
Elles ne souffrent pas d’un trop-plein de projets politiques mais d’un manque de projets politiques.
Elles ne souffrent pas d’un abus de volonté politique mais d’un affaiblissement de la volonté politique.
Elles ne souffrent pas d’un excès d’action mais d’un déficit d’ambition.
On a trop proclamé l’impuissance publique pour servir d’alibi à tous les abandons.
On a trop proclamé la fin de la politique pour servir d’excuse au fait de ne plus croire dans la politique.
On a trop dilué les responsabilités pour ne plus avoir à les assumer.
On a trop accusé l’économie, la mondialisation, les marchés financiers, l’Europe, quand c’étaient nos propres choix collectifs qui étaient responsables, quand c’était notre manque de volonté, notre manque de rigueur, notre manque de courage, notre manque de clairvoyance qui étaient en cause.
Comment s’étonner qu’à force de répondre « je n’y peux rien » à chaque fois que le peuple demande des comptes, la défiance se soit installée ?
Qui ne voit que dès lors que l’on prend le problème de la délinquance à bras-le-corps au lieu de le nier, les résultats sont au rendez-vous et la confiance revient ?
Qui ne voit que dès lors que l’on décide de s’attaquer vraiment au problème de la sécurité routière, le nombre d’accident diminue très vite et la confiance revient ?
Qui ne se souvient qu’en 1958 la crise politique, morale, financière qui paraissait inextricable s’est trouvée résolue en quelques mois et que la confiance est aussitôt revenue parce que le Général De Gaulle avait voulu ce que le personnel politique de la IVe République, empêtré dans le régime des partis, n’arrivait plus à vouloir ?
Qui ne comprend, au regard de l’histoire et de l’expérience, que la politique ne peut rien surtout quand elle ne veut rien ?
On dit qu’il est impossible d’apprendre à lire, à écrire et à compter correctement à tous les enfants de notre pays. Mais nos aïeux y parvenaient quand dans les campagnes la plupart des parents ne parlaient pas le Français. Quels moyens avaient-ils que nous n’avons pas ?
On me dit qu’il est impossible d’atteindre le plein emploi. Mais les autres y parviennent. Pourquoi pas nous ?
On me dit qu’il est impossible d’augmenter le pouvoir d’achat des Français. Mais depuis 25 ans les salaires ont augmenté plus vite ailleurs. Pourquoi pas en France ?
On me dit qu’il est impossible de maîtriser le libre-échange. Mais l’Amérique le fait. Pourquoi pas l’Europe ?
On me dit qu’il est impossible de permettre à toutes les mères de faire garder leurs enfants pour pouvoir travailler. Mais le Danemark le fait. Pourquoi pas la France ?
On me dit qu’il est impossible de rendre effectif le droit opposable au logement. Mais l’Ecosse y arrive. Pourquoi pas la France ?
On me dit que cela coûte cher de garder les enfants en étude surveillés pour qu’ils fassent leurs devoirs au lieu d’être livrés à eux-mêmes à une heure où les parents travaillent, on me dit que cela coûte cher de construire des internants d’excellence pour les enfants de milieux modestes qui ne peuvent pas étudier chez eux, on me dit que c’est cher de créer des écoles de la deuxième chance dans tous les départements. Mais cela coûte beaucoup plus cher de ne pas le faire car alors on laisse nos enfants à la loi de la rue. Qui osera un jour dire le gâchis que cela représente.
On me dit que le service civique obligatoire c’est trop cher. Mais la désocialisation de la jeunesse, cela coûte beaucoup plus cher.
On me dit que la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche va coûter cher. Mais laisser notre université et notre recherche dans l’état où elles sont nous coûte beaucoup plus cher si on veut bien considérer l'avenir en regardant ce que font nos concurrents
On me dit que cela coûte cher d’exonérer les heures supplémentaires d’impôts et de charges sociales. Mais c’est le travail qui crée le travail. Ceux qui travailleront plus pour gagner plus dépenseront plus, en dépensant plus ils créeront de l’activité et cette activité supplémentaire fera entrer des recettes dans les caisses de l’Etat.
Crois-t-on qu'on gagnera plus de croissance en restant les bras croisés à travailler moins alors que le monde ne cesse de travailler plus.
On me dit qu’une allocation familiale dès le premier enfant c’est cher et que ce n’est pas incitatif pour la natalité. Mais avant d’avoir un troisième enfant il faut d’abord en avoir un, et il ne suffit pas d’avoir des enfants, il faut aussi avoir les moyens de les élever correctement. Pour les jeunes ménages c’est souvent le premier enfant qui représente l’effort financier le plus important. Et cet enfant, c’est notre avenir à tous.
Et quand il s'agit d'avenir, il faut avoir de l'ambition.
On me dit que le droit à la formation tout au long de la vie, cela coûte cher. Mais ne pas l’instaurer quand le monde entre dans l’économie de la connaissance, cela ravagera les Français qui ne sauront exercer que les métiers qui n'existaient plus.
On me dit que les finances publiques ne laissent aujourd’hui aucune marge de manœuvre. Mais c’est en travaillant plus que la France remboursera sa dette publique et paiera ses retraites, pas en mettant en œuvre le énième plan d’austérité.
Il manque à la France un point de croissance par an. Elle ne résoudra aucun de ses problèmes si elle ne retrouve pas ce surcroît de croissance.
Pour avoir plus de croissance la France doit investir.
Alléger la fiscalité sur le travail, c’est un investissement.
Réformer l’Etat c’est un investissement.
Réformer l’enseignement supérieur et la recherche, c’est un investissement.
Donner aux parents les moyens de mieux élever leurs enfants, c’est un investissement.
Créer des écoles de la deuxième chance, c’est un investissement.
Donner un droit à la formation tout au long de la vie, c’est un investissement.
Apprendre à lire, écrire et compter à tous les enfants, c’est un investissement.
On a trop confondu le courage politique avec la politique des sacrifices.
On a trop cherché le salut collectif dans la vertu du sacrifice.
Les sacrifices sont parfois nécessaires. Mais dans ce cas tout le monde doit en faire. Je trouve que la morale de la politique c’est d’abord de ne pas imposer aux autres des sacrifices que l’on est incapable de s’imposer à soi-même.
Cela fait 25 ans que les Français font des sacrifices. Je veux proposer aux Français non une politique de sacrifice, mais une politique d’effort.
Le sacrifice c’est moins pour tout le monde.
L’effort c’est la récompense du mérite. Donc davantage pour ceux qui veulent s'en sortir.
Le sacrifice c’est travailler plus pour gagner moins. L’effort c’est travailler plus pour gagner plus.
Le sacrifice c’est la flexibilité sans contrepartie.
L’effort c’est moins protéger l’emploi et davantage protéger les personnes.
Le sacrifice c’est la baisse des allocations chômage.
L’effort c’est d’être obligé de reprendre un travail qui correspond à ses qualifications et bénéficier en même temps d’une assurance salaire.

Je crois à la politique, je crois à la capacité de la politique à changer les choses.
Je crois que lorsqu’il n’y a plus de politique, l’homme se trouve livré à des déterminismes sur lesquels il n’a aucune prise.
La fin de la politique c’est l’homme soumis à des forces qu’il ne peut pas contrôler, c’est la loi du plus fort et la sélection naturelle.
La politique c’est l’union qui fait la force et c’est le projet collectif. La politique c’est ce qui rend possible la civilisation. C’est ce qui donne la parole aux hommes, qui leur donne un droit de regard sur leur destinée, pour le meilleur ou pour le pire.
Je crois à la politique comme l’expression d’une volonté humaine face à la nature des choses.
C’est bien pour cela que je suis candidat. Pour changer les choses. Pour dresser une volonté humaine contre la fatalité. Pour combattre la tentation du renoncement. Je ne comprends pas que l’on puisse être candidat seulement pour accompagner le mouvement sans vouloir à aucun moment l’infléchir. Je ne comprends pas que l’on puisse être candidat en ayant chevillée au corps l’idée que la politique ne peut plus rien et en ayant comme idéal la démocratie d’opinion, parce que la démocratie d’opinion c’est l’ultime renoncement de la politique.
Pour moi la politique c’est de la volonté. C’est aussi des valeurs. Car la volonté en politique ne va pas au hasard. Le choix politique est d’abord un choix de valeurs. La crise actuelle est d’abord une crise des valeurs.
C’est une crise morale.
Je veux faire campagne sur les valeurs, sur la morale.
Je veux mettre la morale au cœur de mon projet politique.
Je veux réunir les Français sur des valeurs.
Je veux remettre à l’honneur des valeurs dont on ne parlait plus, des valeurs qui avaient disparu du débat politique mais dont je suis convaincu qu'elles demeurent bien vivantes dans le cœur des Français.

Je veux parler de la liberté.
La liberté de l’homme, on n’a pas cessé de la réduire en décidant de plus en plus à sa place comme s’il n’était plus capable de décider pour lui-même, de choisir son destin, d’assumer ses risques. On l’a privé de la liberté de choisir son rythme de travail. On lui a interdit de travailler plus quand il avait besoin de gagner davantage. On lui a interdit de travailler plus longtemps quand il n’avait pas envie de prendre sa retraite. On lui a interdit de choisir l’école de ses enfants. On lui a interdit de transmettre librement à ses enfants le fruit de son travail.
On l’a privé des moyens d’être libre. Car l’on n’est pas libre quand l’impôt prend plus de la moitié du revenu.
On n’est pas libre quand on ne peut pas loger décemment sa famille en travaillant.
On n’est pas libre quand on se lève tôt, quand on travaille dur et qu’on ne peut même pas offrir des vacances à ses enfants.
On n’est pas libre quand on ne peut pas mener de pair sa vie professionnelle et l’éducation de ses enfants. On n’est pas libre quand on n’a pas les moyens de faire garder ses enfants. On n’est pas libre quand il n’y a pas d’étude surveillée pour que les devoirs soient faits à l’école pendant que la mère travaille.
On n’est pas libre quand on n’a pas le droit d’emprunter lorsqu’on a été malade.
On n’est pas libre quand on ne peut pas financer ses projets parce que l’on n’a pas des parents assez riches pour apporter des garanties ou parce que l’on n’a pas de relations.
On n’est pas libre quand on a un diplôme qui ne vaut rien parce qu’on l’a dévalorisé pour pouvoir le donner à tout le monde.
On n’est pas libre quand l’école ne transmet plus les savoirs, ne donne plus accès à la culture et aux grandes œuvres de l’esprit, parce que l’ignorant n’est pas libre.
On n’est pas libre quand on est soumis au chantage des délocalisations, quand on vit dans l’angoisse de l’exclusion ou du déclassement, quand on vit avec au ventre la peur de la précarité.
On n’est pas libre quand on a 50 ans et qu’on est exclu du marché du travail.
On n’est pas libre quand, quoi que l’on fasse, on ne peut plus progresser.
On n’est pas libre quand on est privé des moyens d’accomplir ses rêves.

Je veux parler de la responsabilité.
L’homme n’est pas libre s’il n’est pas responsable de ses actes.
La responsabilité c’est la dignité.
La responsabilité c’est la condition de l’estime de soi.
L’égalitarisme c’est le contraire de la responsabilité parce qu’avec l’égalitarisme il n’y a plus de rapport entre les actes et les résultats.
L’assistanat c’est le contraire de la responsabilité parce qu’avec l’assistanat l’homme subit au lieu de vouloir.
L’égalitarisme et l’assistanat sont dégradants pour la personne humaine. Ils empêchent ceux qui veulent réussir de réussir. Ils démoralisent ceux qui se donnent du mal. Ils rendent toujours plus dépendants et plus vulnérables ceux qui en bénéficient. Ils tirent tout le monde vers le minimum au lieu de tirer chacun vers le maximum.

Je veux être le Président d’une France dans laquelle l’Etat aide ceux qui en ont besoin, ceux que les accidents de la vie ont abîmés au point qu’ils n’arrivent plus à se tenir debout tout seuls. Ma France, c’est celle où l’Etat ne laisse personne dans la détresse, où l’Etat tend la main à l’enfant pauvre, au malade, au handicapé, à la personne âgée qui est dépendante, où l’Etat accompagne ceux qui veulent s’en sortir, ceux qui sont prêts à faire un effort sur eux-mêmes, où l’Etat donne à ceux qui n’ont plus la force de vouloir, l’énergie de vouloir de nouveau.
Car vouloir pour soi-même, c’est espérer encore. Et toute la grandeur de l’homme est dans cette espérance qui le pousse à se dépasser, qui fait de sa vie une aventure dans laquelle rien n’est écrit par avance, qui le fait acteur et non spectateur de sa propre histoire.
Je veux être le Président d’une France où la politique aura pour but que brûle toujours dans le cœur de chacun la flamme de l’espérance qui indique à l’homme qu’il est maître de sa destinée.
Si je souhaite qu’il n’y ait plus aucun revenu d’assistance sans une activité d’intérêt général qui en soit la contrepartie, c’est parce que je veux que celui qui est secouru retrouve l’estime de lui-même dans la reconnaissance de son utilité sociale.

Je veux parler de l’ordre.
L’ordre, c’est le principe selon lequel tout ne se vaut pas. C’est le contraire de ce système de pensée et de valeurs dans lequel l’élève est l’égal du professeur, dans lequel le délinquant compte autant que la victime, dans lequel celui qui ne se donne aucun mal est autant considéré que celui qui s’en donne beaucoup.
L’ordre, c’est l’échelle des valeurs qui est reconnue, les devoirs qui sont inséparables des droits.
C’est l’honnêteté. C’est le civisme. C’est la confiance. C’est l’Etat de droit. C’est quand chacun sait ce qu’il a à faire et ce qu’il peut raisonnablement attendre des autres.
L’ordre, c’est quand l’autorité du maître est respectée, c’est quand l’école apprend à l’enfant à faire la différence entre le bien et le mal, à distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, à apprécier ce qui est beau et ce qui est grand.
L’ordre, c’est quand la loi est la même pour tous, quand le crime est puni et le mérite récompensé.
L’ordre, c’est quand la victime compte plus que le délinquant. C’est quand le travail paye plus que l’inactivité, quand on cesse de s’appauvrir en travaillant et de s’enrichir en spéculant.
L’ordre, c’est quand le capitalisme est régulé, quand la concurrence est loyale, c’est quand l’entrepreneur est davantage valorisé que le prédateur, c’est quand les gains sont équitablement répartis entre le capital et le travail, c’est quand le dialogue prévaut sur la violence, c’est quand personne n’est obligé de descendre dans la rue pour faire valoir son point de vue, c’est quand les usagers ne sont pas pris en otages par les grévistes, c’est quand chacun peut circuler sans craindre de se faire agresser.

Je veux parler du mouvement.
Le mouvement, c’est l’audace, c’est l’innovation, c’est le progrès, c’est l’appel de la justice. C’est la conviction que l’intelligence et le travail des hommes peuvent améliorer le sort des générations futures. C’est l’optimisme des Lumières. C’est Condorcet poursuivi par les agents de la Terreur qui veulent l’assassiner et qui trouve encore en lui la force d’écrire : « La contemplation de l’espèce humaine marchant dans la route de la vérité, de la vertu et du bonheur est un asile pour le philosophe où le souvenir de ses persécuteurs ne peut le poursuivre ». Le mouvement c’est la liberté de l’esprit. C’est la raison critique dressée contre la folie des hommes. C’est la foi dans la science et dans l’éducation.

Je veux parler de la vie.
Cette vie qui est devenue plus dure, plus lourde parce qu’on est plus isolé que jadis, parce que les solidarités se sont distendues, parce qu’il y a moins de solidarité familiale, moins de solidarité de voisinage, moins de solidarité de métier. Jadis le niveau de vie était moins élevé mais l’homme n’était pas seul, il était entouré, il était pris en charge, il était protégé. Il était moins libre, mais il pouvait partager les fardeaux de l’existence. Il pouvait s'appuyer sur une trame de relations humaines et sociales parfois étouffante mais qui lui permettait d'échapper à l’angoisse de la solitude. Cette solitude paradoxale qui fait nos villes surpeuplées et tant de ceux qui y vivent des êtres isolés les uns des autres.
Aujourd’hui le voilà seul ou presque dans un monde de stress, d’incertitude, confronté à la peur de perdre son emploi, à la dégradation de ses conditions de travail, à la pression de la concurrence, à l’exigence de compétitivité, de performance. Les grandes maladies du siècle s’appellent aussi le mal de vivre, le malaise existentiel de la jeunesse, le suicide. On n’en parle jamais. On en a honte. Je veux parler de cela aussi. A côté de la misère, de la pauvreté, je veux parler de la maladie, de la dépression, de ce qui atteint la personne au plus profond de son être, du regard que la société porte sur ces fléaux, sur cette souffrance qui n’est pas matérielle mais qui est humaine, qui est physique, qui est morale. La vie est devenue si lourde pour certains de nos compatriotes. Je veux engager puissamment la recherche médicale Française vers le soulagement de ce mal dont on parle si peu mais qui est si présent pour les jeunes comme les moins jeunes et qui n'est rien d'autre que le mal de vivre.

L’histoire de France avance non par un impossible consensus ou une médiocre politique du juste milieu mais par la synthèse qui dépasse les contradictions.
C’est le miracle de la France de conjuguer une identité si forte avec une aspiration si grande à l’universalisme.
C’est le miracle de la France d’être une grande patrie faite d’une multitude de petites patries unies par une formidable volonté de vivre ensemble, de partager une langue, une histoire, une façon d’être et de penser, où chacun se reconnaît dans un idéal et un destin communs sans que soient effacés les histoires personnelles et les destins particuliers.
C’est le miracle de la France d’avoir forgé de l’unité sans jamais fabriquer de l’uniformité.
C’est le miracle de la France de combiner une aussi haute idée de l’Etat avec une passion aussi grande de la liberté.
C’est le miracle de la France d’être aussi fortement attachée à l’idée de nation et en même temps aussi ouverte sur le monde.
C’est le miracle de la France d’aimer d’une même passion l’égalité et le mérite, le sentiment et la raison.
Notre pays qui a construit son identité sur la synthèse entre l’Ancien Régime et la Révolution, son Etat sur la synthèse entre l’Etat capétien et l’Etat républicain qui a permis à ceux qui croient au Ciel de cohabiter avec ceux qui n’y croient pas grâce à la synthèse laïque ; notre pays qui n’en aura jamais fini avec les Girondins et les Jacobins, mais qui entre le drapeau rouge et le drapeau blanc a choisi le drapeau tricolore et l’a couvert de gloire, notre pays attend une nouvelle synthèse pour épouser ce siècle et se réconcilier avec lui-même. Et pour espérer de nouveau.
C’est cette nouvelle synthèse que je veux proposer à tous les Français entre la liberté et la responsabilité, entre l’ordre et le mouvement, entre l’Etat et le marché, entre la République et la démocratie, entre la nation et l’Europe, entre la France et la Méditerranée.

Rien n’est encore joué. Je me sens l'esprit d'un challenger. Il appartient aux Français de décider. Je connais la difficulté de ma tâche. Je sais qu'il convient d'être humble face aux jugements des Français. Cette campagne ne fait que commencer. Je m’en tiendrai à la ligne de conduite que je me suis fixée : présenter mon projet, mes idées, mes propositions, ma vision de la France, ma conception de la République, l’idée que je me fais de la fonction présidentielle.
Je sais que les Français écoutent. Je veux qu'ils m'entendant. Tout peut devenir possible si j'arrive à construire ce rassemblement dont la France a tant besoin.
Rassembler autour de ce projet le plus grand nombre de Français qui, sans renoncer à ce qu’ils sont, y reconnaîtront une conception de l’homme qui est aussi la leur, des valeurs qui sont aussi les leurs et y trouveront le socle d’une ambition commune capable de redonner à la France l’énergie, l’enthousiasme, la force qui lui permettront de nouveau d’étonner le monde.

Ceux qui ne disent rien me reprochent d’en dire trop !
Je continuerai.
Je continuerai à dire ce que je ferai si je suis élu.
Je continuerai à dire sur quoi je m’engage.
Je ne mentirai pas, je ne tricherai pas.
Je prendrai le risque de la vérité parce qu'on le doit à la France.
J’assumerai tous mes choix.
J'ai dit dés le début de la campagne que je voulais bâtir avec tous les Français un nouveau pacte républicain fondé sur la confiance et sur le respect.
Ce pacte, c'est mon engagement. Si je suis élu, il sera ma règle, mon exigence.
C'est sur ce pacte que je demande à être jugé.
Les Français décideront.
Les Français diront quel débat ils veulent au second tour.
Que chacun dise ce qu’il veut. Ce que sont ses valeurs.
Que le débat prenne de la hauteur. Qu’il contribue à réconcilier les Français avec la politique, avec la démocratie.

J'ai confiance dans la sagesse de notre peuple.

Vive la République !
Vive la France !

14.01.2007

Discours du Congrés UMP du 14 Janvier 2007...

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      Mes chers amis,

   Dans ce moment que chacun devine si important pour la France, si important pour l'avenir de chacune de vos familles, si important pour moi, plus que n'importe quel autre sentiment, ce qui m'étreint surtout c'est une émotion profonde. Cette émotion, j'aurais pu essayer de la qualifier, j'aurais pu l'exprimer dans un mot, j'aurais pu vous dire merci mais ce merci n'aurait pas été à la hauteur de ce que j'éprouve en cet instant. Il y a des sentiments qui sont si forts qu'il n'y a pas de mot assez grand pour les dire. Il y a des sentiments qui se ressentent tellement qu'on n'a pas besoin de les nommer.
Cette émotion qui me submerge au moment où je vous parle, je vous demande de la recevoir simplement comme un témoignage de ma sincérité, de ma vérité, de mon amitié.
A l'orée de cette campagne où pendant des semaines je vais beaucoup donner, beaucoup recevoir et, peut-être, beaucoup payer- je veux que chacun d'entre vous soit convaincu de la farouche détermination, de l'énergie infinie que j'irai puiser dans la part la plus profonde de moi-même pour faire triompher la cause qui nous unit tous. Je le sais aujourd'hui, je n'ai pas le droit de vous décevoir, pas le droit d'hésiter, tout simplement pas le droit d'échouer !
Toute ma vie j'ai rêvé d'être utile à la France, à mon pays, à ma patrie. Aujourd'hui vous venez de réaliser la première étape de ce rêve. Seule compte à cet instant l'espérance de la foule immense que vous formez, tendue vers un seul but : la victoire de la France. Seul compte l'enthousiasme de cette grande famille qui est la tienne Cher Alain JUPPE. Sans toi et sans la victoire de Jacques CHIRAC en 2002 elle n'aurait jamais existé.
Oui, mes chers amis, tous ensemble réunis, unis, solidaires, tout devient possible.
A cet instant où pour moi tout change, je ne peux m'empêcher de penser à ceux qui m'ont fait rêver d'une autre destinée, d'une vie plus grande, d'un avenir plus passionnant. Ils ont été pour moi une source de réflexion, d'espérance, et même parfois de confiance.
Eux, ce sont les héros de la Résistance et de la France Libre, ces hommes avec lesquels j'ai fait mes premiers pas en politique, ces hommes qui venaient d'une époque où la politique s'était confondue avec le patriotisme et l'épopée. Ils avaient maintenu l'honneur de la France. Ils l'avaient reconstruite, ils l'avaient réconciliée avec l'Allemagne. Ils avaient fait l'Europe, fondé la Vème République. Ils avaient toujours été en avance sur leur temps.
Il m'ont appris, parce qu'ils le savaient mieux que quiconque, ce qu'était le gaullisme : non une doctrine que le Général de Gaulle n'avait jamais voulu mais une exigence morale, l'exercice du pouvoir comme un don de soi, la conviction que la France n'est forte que lorsqu'elle est rassemblée, la certitude que rien n'est jamais perdu tant que la flamme de la résistance continue de brûler dans le cœur d'un seul homme, le refus du renoncement, la rupture avec les idées reçues et l'ordre établi quand ils entraînent la France vers le déclin.
Ces hommes furent grands dans la guerre comme dans la paix. Ils avaient toujours fait ce qu'ils devaient faire.
Je veux rendre hommage à Jacques Chaban-Delmas, général de la résistance à 29 ans, au rêve si beau, si prémonitoire, de la Nouvelle Société. Son dernier grand combat politique fut pour moi le premier. J'avais 17 ans et l'impression de partir à la guerre. C'était la fin d'une époque, celle où le gaullisme ne pouvait plus appartenir à un parti.
Je veux rendre hommage à Achille Peretti, grand résistant, qui me confia mon premier mandat de conseiller municipal. Comme je veux dire mon amitié à Edouard Balladur qui m'a fait confiance en me donnant mes premières responsabilités ministérielles alors que j'étais si jeune encore. Je veux dire mon respect à Jacques CHIRAC qui en 1975 à Nice m'a offert mon premier discours.
Ils m'ont enseigné, à moi petit Français au sang mêlé, l'amour de la France et la fierté d'être français. Cet amour n'a jamais faibli et cette fierté ne m'a jamais quittée. Longtemps ce sont des choses que j'ai tues. Longtemps ce sont des sentiments que j'ai gardés pour moi, comme un trésor caché au fond de mon cœur que je n'éprouvais le besoin de partager avec personne. Je pensais que la politique n'avait rien à voir avec mes émotions personnelles. J'imaginais qu'un homme fort se devait de dissimuler ses émotions. J'ai depuis compris qu'est fort celui qui apparaît dans sa vérité. J'ai compris que l'humanité est une force pas une faiblesse.
J'ai changé. J'ai changé parce qu'à l'instant même où vous m'avez désigné j'ai cessé d'être l'homme d'un seul parti, fût-il le premier de France. J'ai changé parce que l'élection présidentielle est une épreuve de vérité à laquelle nul ne peut se soustraire. Parce que cette vérité je vous la dois. Parce que cette vérité je la dois aux Français.
J'ai changé parce que les épreuves de la vie m'ont changé. Je veux le dire avec pudeur mais je veux le dire parce que c'est la vérité et parce qu'on ne peut pas comprendre la peine de l'autre si on ne l'a pas éprouvée soi-même.
On ne peut pas partager la souffrance de celui qui connaît un échec professionnel ou une déchirure personnelle si on n'a pas souffert soi-même. J'ai connu l'échec, et j'ai dû le surmonter.
On ne peut pas tendre la main à celui qui a perdu tout espoir si l'on n'a jamais douté. Il m'est arrivé de douter. N'est pas courageux celui qui n'a jamais eu peur. Car le courage c'est de surmonter sa peur.
Cette part d'humanité, je l'ai enfouie en moi parce que j'ai longtemps pensé que pour être fort il ne fallait pas montrer ses faiblesses. Aujourd'hui j'ai compris que ce sont les faiblesses, les peines, les échecs qui rendent plus fort. Qu'ils sont les compagnons de celui qui veut aller loin.
J'ai changé parce que le pouvoir m'a changé. Parce qu'il m'a fait ressentir l'écrasante responsabilité morale de la politique. Le mot "morale" ne me fait pas peur.
J'ai changé parce que nul ne peut rester le même devant le visage accablé des parents d'une jeune fille brûlée vive. Parce que nul ne peut rester le même devant la douleur qu'éprouve le mari d'une jeune femme tuée par un multirécidiviste condamné dix fois pour violences et déjà une fois pour meurtre. Dans son regard on lit l'incompréhension de celui qui ne comprend pas comment l'indicible a pu être possible. Je suis révolté par l'injustice et c'en est une lorsque la société ignore les victimes. Je veux parler pour elles, agir pour elles et même, même s'il le faut crier en leurs noms.
J'ai changé parce qu'on change forcément quand on est confronté à l'angoisse de l'ouvrier qui a peur que son usine ferme.
J'ai changé quand j'ai visité le mémorial de Yad Vashem dédié aux victimes de la Shoah. Je me souviens, au bout d'un long couloir, d'une grande pièce avec des milliers de petites lumières et des prénoms d'enfants de 2 ans, de 4 ans, de 5 ans prononcés à voix basse de façon ininterrompue. C'était le murmure des âmes innocentes. Je me suis dit alors que c'était cela la politique : faire barrage à la folie des hommes en refusant de se laisser emporter par elle.
J'ai changé quand j'ai lu à Tibhirine le testament bouleversant de frère Christian, enlevé puis égorgé par des fanatiques avec six autres moines de son monastère. Le GIA avait prévenu : « nous égorgerons ». On retrouva les sept têtes des moines suppliciés sans leurs corps.
Deux ans auparavant, cet homme de charité avait par avance pardonné à son assassin : « s'il m'arrivait un jour d'être victime du terrorisme, (…). Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui les enfants de l'Islam tels qu'il les voit (…). Et toi aussi l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. Oui pour toi aussi je le veux, ce Merci, cet « A-Dieu » (…). Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis s'il plaît à Dieu notre Père à tous deux ! » Par son humanité immense, par sa volonté de rassembler les hommes le frère Christian fait honneur à la France laïque et républicaine.
A Tibhirine, j'ai compris ce qu'est la force invincible de l'amour et le sens véritable du mot « tolérance ».
A Tibhirine, le frère Christian m'a enseigné, par-delà la mort, que ce que les grandes religions peuvent engendrer de meilleur est plus grand ce qu'elles peuvent engendrer de pire, que les extrémismes et les intégrismes ne doivent jamais être confondus avec le sentiment religieux qui porte une part de l'espérance humaine.
Opposer ce sentiment religieux à la morale laïque serait absurde. Nous sommes les héritiers de deux mille ans de chrétienté et d'un patrimoine de valeurs spirituelles que la morale laïque a incorporé. La laïcité à laquelle je crois, ce n'est pas le combat contre la religion. C'est le respect de toutes les religions.
J'ai changé quand j'ai rencontré Mandel, ce grand Français. J'avais voulu écrire sa vie pour réparer une injustice, pour changer le regard des autres sur cette destinée tragique. C'est mon regard sur la politique qui s'en est trouvé transformé. Georges Mandel avait la passion de la politique. En mars 1940, il est ministre de l'Intérieur.
Au milieu de la débâcle, il est l'un de ceux qui plaident pour la Résistance. Il est arrêté. Le 7 juillet 1944, des miliciens le tirent de sa prison et le font monter dans une voiture. Arrivé dans la forêt de Fontainebleau ils l'abattent d'une rafale de mitraillette.
Le 24 juillet, sa fille écrit à Pierre Laval : « Je suis encore bien petite et bien faible à côté de vous (…). Je veux vous dire M. Laval que je plains beaucoup votre fille. Vous allez lui laisser un nom qui marquera dans l'histoire. Le mien aussi. Seulement le mien sera celui d'un martyr."
Ce jour-là, la France s'appelle Claude Mandel. Elle a 14 ans, son père vient d'être assassiné non par l'occupant mais par des Français ennemis de la France.
La France, elle a 17 ans le visage de Guy Môquet quand il est fusillé : « 17 ans et demi… Ma vie a été courte ! Je n'ai aucun regret si ce n'est de vous quitter tous. »
La France, elle a 19 ans et le visage lumineux d'une fille de Lorraine quand Jeanne comparaît devant ses juges.

Elle a 32 ans et le visage d'un émigré italien naturalisé français, quand Gambetta quitte en ballon Paris assiégé pour organiser la résistance aux Prussiens.
La France, elle a 44 ans, le visage ensanglanté de Moulin quand il meurt sous la torture « sans avoir livré aucun secret, lui qui les savait tous. »
Elle a 50 ans et la voix du Général de Gaulle le 18 juin 1940.
Elle a 56 ans, le visage noir d'un petit-fils d'esclave devenu gouverneur du Tchad et premier résistant de la France d'Outre-Mer. Elle s'appelle Félix Eboué.
Elle a 58 ans et le visage de Zola quand il signe "J'accuse" pour défendre Dreyfus et la Justice.
Elle a 60 ans, le visage d'un proscrit qui s'appelle Victor Hugo lorsqu'au commencement des Misérables il écrit : « Tant qu'il y aura sur la Terre ignorance et misère des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles ».
Elle a 77 ans et la force du Tigre quand Clemenceau déclare en mars 1918 : « Je continue à faire la guerre et je continuerai jusqu'au dernier quart d'heure car c'est nous qui aurons le dernier quart d'heure ! »
Elle a la voix, la figure, la dignité d'une femme, d'une mère, rescapée des camps de la mort qui s'écrie à la tribune de l'Assemblée : "nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année mutilent les femmes de ce pays". Ce jour là, elle s'appelle Simone Veil.
Elle a la voix d'un jeune prêtre français, l'abbé Pierre, qui à la radio un jour de l'hiver 54 lance aux hommes son appel pathétique : « Mes amis au secours. Une femme vient de mourir gelée cette nuit, à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol (…). Devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre les hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure (…).
Elle a le visage, l'âge de Georges Pompidou quand il évite le pire en mai 68.
La France, elle a le visage, l'âge, la voix de tous ceux qui ont cru en elle, qui se sont battus pour elle, pour son idéal, pour ses valeurs, pour sa liberté.
Elle a le visage, l'âge, la voix de tous les Français qui ont au fond de leur cœur la conviction que la France n'est pas finie. Car elle n'est pas finie la France. Parce que dans mon cœur comme dans mon esprit, la France ne veut pas, ne doit pas, ne peut pas mourir.
A chaque fois qu'on l'a crue finie, elle a étonné le monde. A chaque fois elle s'est relevée. A chaque fois elle a su trouver en elle la force de ressusciter.
Ma France, c'est le pays qui a fait la synthèse entre l'Ancien Régime et la Révolution, entre l'Etat capétien et l'Etat républicain, qui a inventé la laïcité pour faire vivre ensemble ceux qui croient au Ciel et ceux qui n'y croient pas.
Ma France, c'est le pays qui, entre le drapeau blanc et le drapeau rouge a choisi le drapeau tricolore, en a fait le drapeau de la liberté et l'a couvert de gloire.
Ma France, c'est celle de tous les Français sans exception. C'est la France de Saint-Louis et celle de Carnot, celle des croisades et de Valmy. Celle de Pascal et de Voltaire. Celles des cathédrales et de l'Encyclopédie. Celle d'Henri IV et de l'Edit de Nantes. Celle des droits de l'homme et de la liberté de conscience.
Ma France, c'est celle des Français qui votent pour les extrêmes non parce qu'ils croient à leurs idées mais parce qu'ils désespèrent de se faire entendre. Je veux leur tendre la main.
Ma France, c'est celle des travailleurs qui ont cru à la gauche de Jaurès et de Blum et qui ne se reconnaissent pas dans la gauche immobile qui ne respecte plus le travail. Je veux leur tendre la main.
Ma France, c'est celle de tous ceux qui ne croient plus à la politique parce qu'elle leur a si souvent menti. Je veux leur dire : ai