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16.09.2006

Lu pour Vous: " Nicolas Sarkozy et La coalition des mécontents"

medium_Ely1.jpgLe Monde -15.09.2006:

Jean-Louis Debré a beau dire que rien n'est "plié" pour le choix du candidat de l'UMP à l'élection présidentielle, la possibilité de voir Nicolas Sarkozy écarté de cette candidature est quasi nulle.

Oui, bien sûr, Nicolas Sarkozy peut "tomber" sur une affaire dont on n'a pas la moindre idée à l'heure actuelle. Un événement imprévisible peut l'empêcher de se porter candidat. Mais aucune stratégie crédible ne peut avoir pour objectif, aujourd'hui, de lui contester l'investiture du principal parti de la majorité en janvier.

A défaut de lui disputer le parti, un candidat de la même famille politique pourrait-il entrer en concurrence avec lui devant les électeurs ? A l'évidence, Dominique de Villepin ne l'exclut pas. Du moins fait-il tout ce qu'il peut pour donner l'impression qu'il s'y prépare.

Sur trois sujets majeurs du débat présidentiel qui a démarré en force dès la fin des vacances d'été, le premier ministre s'est démarqué du ministre de l'intérieur et président de l'UMP. Il s'est prononcé contre l'abolition de la carte scolaire, qu'il préfère "aménager" ; il a pris position contre l'idée d'un service civil obligatoire, estimant que le volontariat correspond davantage aux souhaits des jeunes ; enfin, il a critiqué vertement la proposition de mettre en cause les régimes spéciaux de retraite. Dans les trois cas, Dominique de Villepin s'inscrit en faux contre la problématique de la "rupture", adoptée par le chef de l'UMP comme axe de son entreprise de conquête du pouvoir.

Le premier ministre ne peut pourtant pas rivaliser avec le ministre de l'intérieur en tant que "présidentiable". Mettre à profit sa nomination à la tête du gouvernement, en juin 2005, afin de se transformer en candidat possible à l'élection présidentielle était, de toute façon, une gageure pour un homme qui n'a jamais, de sa vie, rencontré un électeur. Mais ce pari difficile, presque impossible, a échoué dans la bataille du contrat première embauche, suivi par l'affaire Clearstream.

Dominique de Villepin se maintient donc dans la course, non pas pour la gagner, mais pour être en position de négocier avec Nicolas Sarkozy. Qu'a-t-il à lui offrir ? De renoncer à faire usage de sa capacité de nuisance. Le premier ministre fait partie, en effet, de ces personnalités de droite qui n'ont pas les moyens de surclasser le président de l'UMP, mais qui peuvent tenter de le faire échouer.

Certains n'ont pas ou craignent de ne pas avoir une place à leur mesure dans la répartition des postes après une éventuelle victoire. D'autres se disent que si Nicolas Sarkozy n'était pas élu président de la République, un avenir chatoyant s'ouvrirait ou se rouvrirait pour eux. Des noms ? Michèle Alliot-Marie, par exemple, peut se figurer que, si le président de l'UMP manque l'Elysée, elle fera partie des recours pour l'élection suivante. Des chiraquiens comme Jean-Louis Debré ou Philippe Douste-Blazy, qui combattent ouvertement le ministre de l'intérieur, ne peuvent guère espérer des lendemains qui chantent s'il devient président de la République.

Ainsi, de même qu'il y eut des mitterrandistes pour Jacques Chirac, en 1995, il pourrait y avoir, en 2007, des chiraquiens pour Ségolène Royal, si elle est désignée comme candidate par les adhérents du PS, ou pour un autre, si la présidente du conseil régional Poitou-Charentes perdait finalement la course à l'investiture socialiste.

La question qui pose est de savoir si Nicolas Sarkozy va pouvoir neutraliser ceux qui, dans son camp, ont intérêt à ce qu'il échoue en mai 2007. Il doit disputer une sorte de primaire négative, qui ne le met pas aux prises avec des concurrents pour la candidature, comme Ségolène Royal, mais avec une coalition des mécontents. Cette partie-là ne peut pas être arbitrée par le vote des adhérents du parti.

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